lundi 14 avril 2014

Ukraine: le conseil de sécurité de l'ONU se réunit en urgence, Ianoukovitch parle de "guerre civile"


AFP La Libre


LE PRÉSIDENT DÉCHU UKRAINIEN ESTIME QUE LE PAYS EST ENTRÉ DANS LA GUERRE CIVILE

Le président déchu ukrainien Viktor Ianoukovitch a estimé dimanche que l'Ukraine était entrée dans la guerre civile, ont rapporté les agences de presse russes.

"Le sang a été versé. Notre pays se trouve désormais dans une situation nouvelle : de fait, il a commencé à entrer dans la guerre civile", a-t-il déclaré.

Le président, qui a été renversé fin février à la suite de sanglantes manifestations à Kiev, la capitale ukrainienne, a accusé les Etats-Unis de participer directement aux troubles dans l'est de l'Ukraine.

"Je souhaite faire état de l'implication directe aux derniers événements des Etats-Unis, qui non seulement s'ingèrent dans ce qui se passe dans le pays, mais qui aussi indiquent comment et quoi faire" en Ukraine, a-t-ilajouté.

Le gouvernement ukrainien a déclenché dimanche une "opération antiterroriste" dans l'Est contre les insurgés armés pro-russes, Moscou répliquant immédiatement en sommant les autorités pro-européennes de Kiev de cesser "la guerre contre leur propre peuple".

UNE RÉUNION EN URGENCE

Le Conseil de sécurité des Nations unies se réunira en urgence dimanche soir à 20H00 locales (00H00 GMT lundi, 02h00 heure belge) à huis clos pour évoquer la situation dans l'Est de l'Ukraine, a annoncé l'ONU. Ces "consultations informelles" avaient été demandées un peu plus tôt par la Russie.

Moscou a sommé les autorités pro-européennes de Kiev de cesser "la guerre contre leur propre peuple" au moment où le gouvernement ukrainien déclenchait une "opération antiterroriste" contre les insurgés armés pro-russes.

Gérard Araud, le représentant permanent de la France auprès des Nations unies a confirmé la tenue de cette réunion.

LA RUSSIE DÉSIRAIT UNE "RÉUNION URGENTE"

La Russie veut une réunion "urgente" du Conseil de sécurité de l'ONU sur la crise dans l'Est de l'Ukraine, a annoncé dimanche le porte-parole de la diplomatie russe Alexandre Loukachevitch, selon des images diffusées par la télévision russe.

"La partie russe va porter la situation de crise dans le Sud-Est de l'Ukraine en urgence devant le Conseil de sécurité de l'ONU et auprès de l'OSCE", l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, a-t-ildéclaré.

LA RUSSIE "MÈNE UNE GUERRE CONTRE L'UKRAINE"

Le président ukrainien par intérim, Olexandre Tourtchinov, a accusé dimanche la Russie de "mener une guerre contre l'Ukraine", dans une adresse à la nation au lendemain d'une série d'attaques de groupes armés pro-russes dans l'est du pays.

"Le sang a été versé dans la guerre que la Russie mène contre l'Ukraine", a-t-il dit, ajoutant avoir lancé "une opération antiterroriste de grande envergure" pour mettre fin à ces troubles. "L'agresseur ne s'arrête pas et continue d'organiser des troubles dans l'est du pays", a-t-il ajouté. "Nous ne laisserons pas la Russie répéter le scénario de la Crimée dans les régions de l'Est", a martelé M. Tourtchinov, en référence au rattachement en mars de la péninsule ukrainienne de la mer Noire à la Russie.

"Tous ceux qui soutiennent les agresseurs et les occupants, qui mènent la lutte armée contre notre patrie, n'échapperont pas au châtiment et à leur responsabilité", a-t-il ajouté. Le président a toutefois réitéré son offre d'amnistie pour les assaillants qui déposeraient les armes "avant lundi matin".

LE CONSEIL DE L'EUROPE APPELLE "TOUTES LES PARTIES" À NE PAS RECOURIR À LA VIOLENCE

Le Conseil de l'Europe, dont sont membres la Russie et l'Ukraine, s'est dit dimanche "profondément préoccupé" par l'escalade des tensions en Ukraine, et a appelé "toutes les parties" à s'abstenir de toute violence.

"Je suis profondément préoccupé par les informations faisant état d'affrontements violents en Ukraine aujourd'hui (dimanche, ndlr)", a déclaré dans un communiqué le secrétaire général de l'organisation paneuropéenne, Thorbjorn Jagland.

"J'appelle toutes les parties en Ukraine à s'abstenir de toute violence et à engager des négociations politiques significatives concernant l'avenir de la nation", a-t-il ajouté.

"Les partenaires internationaux de l'Ukraine doivent soutenir le pays afin de trouver des solutions menant à la paix et à la stabilité", a conclu M. Jagland.

Le gouvernement ukrainien pro-européen, confronté à des insurrections armées pro-russes faisant craindre l'éclatement du pays, a lancé dimanche une opération "antiterroriste" de reconquête qui a fait "des morts et des blessés", selon un ministre.

 

 

L'ALLEMAGNE JUGE LA SITUATION EN UKRAINE "HAUTEMENT DANGEREUSE"

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, a jugé dimanche dans un entretien à la télévision que la situation en Ukraine était "hautement dangereuse" alors que Kiev a lancé une opération de reconquête dans l'est, et appelé une nouvelle fois la Russie à apaiser les tensions.

La situation est "hautement dangereuse", a estimé le chef de la diplomatie dans une interview qui doit être diffusée en soirée sur la chaîne publique ARD et dont le texte a été distribué en avance.

"J'attends que la Russie montre des signes clairs de désescalade", a-t-il ajouté dans cet entretien réalisé à Pékin où il est actuellement en visite. "Le retrait des forces armées des frontières en fait partie. C'est ce que nous avons toujours dit ces derniers jours", a-t-il ajouté.

"Un mot de prise de distance par rapport à ce qui se passe dans quelques villes de l'Est de l'Ukraine, serait bien maintenant", a-t-il poursuivi.

Le gouvernement ukrainien pro-européen, confronté à des insurrections armées pro-russes faisant craindre l'éclatement du pays, a lancé dimanche une opération "antiterroriste" de reconquête qui a fait "des morts et des blessés", selon un ministre.

M. Steinmeier a également mis en garde contre des attentes irréalistes concernant la réunion prévue jeudi à Genève entre la représentante de la diplomatie européenne Catherine Ashton, le secrétaire d'État américain John Kerry et les ministres des Affaires étrangères russe Serguei Lavrov et ukrainien Andriï Dechtchitsa.

"Il y a une chose que nous ne devrions pas faire: trop exiger de cette première rencontre quadripartite à Genève",a-t-il ainsi souligné. "Qu'elle ait été mise sur pied constitue déjà une petite percée".

"Je n'attends pas plus de cette rencontre que la mise en place d'un cadre commun, d'un plan de travail dans lequel les quatre (parties représentées) fassent des efforts communs pour empêcher que la situation en Ukraine ne dégénère, apportent des contributions en vue d'une désescalade et espérons-le à moyen terme participent à stabiliser l'Ukraine politiquement et économiquement", selon Frank-Walter Steinmeier.

TOUS LES "SIGNES D'UNE IMPLICATION DE MOSCOU" À L'EST

Les attaques de groupes armés pro-russes dans des villes de l'Est de l'Ukraine portent les "signes d'une implication de Moscou", a jugé dimanche l'ambassadrice américaine à l'ONU Samantha Power, menaçant de nouvelles sanctions si celles-ci continuaient. "Cela porte tous les signes de ce que nous avons vu en Crimée, c'est professionnel, c'est coordonné. Rien de local là-dedans. Dans chacune des six ou sept villes où elles sont actives, ces forces font exactement la même chose. Donc sans aucun doute, cela porte les signes d'une implication de Moscou", a affirmé Mme Power sur la chaîne ABC.

Les sanctions déjà mises en place par Washington à l'encontre de certaines sociétés et responsables russes, ont "amené le rouble à un plus bas historique", à une chute de la bourse russe "de 20%" et à une fuite des investisseurs, a-t-elle observé.

"On a vu que les sanctions peuvent faire mal. Et si ces actions continuent, nous verrons un durcissement de ces sanctions", a mis en garde l'ambassadrice.

Lors d'une conversation téléphonique samedi avec son homologue russe Sergueï Lavrov, le chef de la diplomatie américaine John Kerry avait déjà exprimé sa "profonde inquiétude" face aux attaques de militants armés, selon lui "orchestrées et synchronisées, de la même manière que les précédentes attaques dans l'Est de l'Ukraine et en Crimée", a rapporté le département d'Etat.

Tout au long de la journée de samedi, des militants pro-russes se sont emparés de bâtiments publics dans l'Est russophone, frontalier de la Russie.

Ces assaillants, bien équipés et organisés mais ne portant aucun insigne et présentés comme des milices locales, ont notamment pris le contrôle des bâtiments de la police et des services de sécurité de la ville de Slaviansk.

Dimanche, le gouvernement ukrainien a dit avoir lancé une opération "antiterroriste" dans la ville pour reprendre ces bâtiments, selon un ministre ukrainien, qui a fait état de "morts et blessés des deux côtés".

Moscou dément toute responsabilité dans les troubles et M. Lavrov a de nouveau affirmé samedi que son pays n'avait aucune intention de rattacher à la Russie les régions orientales de l'Ukraine.



UN PAS DE PLUS VERS LA GUERRE

COURRIER INTERNATIONAL

Depuis le 6 avril, les événements se précipitent dans l'est du pays. Suivant un scénario qui rappelle la Crimée, des inconnus masqués et armés s'emparent des édifices publics de plusieurs villes et proclament leur droit à l'autodétermination. Mais cette fois, le gouvernement de Kiev n'a pas le choix : il doit contre-attaquer.



AFP

L'Ukraine pourra-t-elle sortir indemne dans la crise qui ébranle ses régions orientales ? Dans la journée du 12 avril, le pays a assisté au retour des "petits hommes verts", surnom donné par les Ukrainiens aux "mystérieux" soldats sans insignes distinctifs ni marques de grade que l'on avait vus se répandre un peu partout en Crimée au mois de mars. Maintenant, c'est dans l'est qu'ils surgissent, pour prêter main forte aux séparatistes prorusses. 

Cagoulés, casqués, équipés de gilets pare-éclats et de fusils d'assaut AK-100 (qui ne sont en dotation que dans l'armée de la Fédération de Russie), ils opèrent avec des "titouchki", les gros bras qui avaient aidé l'ex-président Viktor Ianoukovitch à lutter contre les manifestants de Maïdan, et d'autres hommes armés. Ils dressent des barrages à l'entrée des villes, attaquent les commissariats, prennent le contrôle de bâtiments officiels dans plusieurs villes du Donbass.

"NOUS SOMMES POUR LA RUSSIE"

Mais cette fois, semble-t-il, Kiev estime que la coupe est pleine. Parfaitement conscient du danger d'une intervention russe, le gouvernement de transition ne peut cependant se laisser déposséder de tout l'est du pays sans réagir, sous peine d'être débordé par ses propres extrémistes. Aussi, depuis les premières heures de la matinée, il a lancé une "opération anti-terroriste, qui a commencé à Slaviansk [une ville où, la veille, ont eu lieu des échanges de tirs entre séparatistes et policiers]", d'après le quotidien en ligne Oukraïnska Pravda. Sur sa page Facebook, le ministre de l'Intérieur Arsen Avakov laisse libre cours à sa colère : "Qui sont les idiots qui envoient des gens à Kharkiv [...] ? Qui sont les marionnettistes qui agissent ainsi alors que nous devons nous concentrer sur le Donbass ? Qui êtes-vous, voyous et provocateurs ? [...] Pour qui travaillez-vous ?"

Pour l'hebdomadaire Oukraïnsky Tyjden, la réponse est évidente. Dans un article intitulé "Les séparatistes de Louhansk [une des premières villes touchées par le mouvement le 6 avril dernier] : qui sont-ils et à qui rendent-ils service ?", la rédaction cite un de ces inconnus cagoulés, qui déclare : "Qui nous a amenés ? Personne, nous sommes venus par nous-mêmes. Car nous sommes pour la Russie."

COMMANDOS D'ÉLITE RUSSES

Sur le terrain, la situation s'aggrave d'heure en heure. Sur le site de la chaîne de télévision espreso.tv, on peut suivre les événements au fil de leur déroulement. "A Slaviansk, les unités spéciales ont éliminé deux postes de contrôle séparatistes et se déploient à l'entrée de la ville." "Les séparatistes disent avoir des tués, d'après des communications interceptées par les forces antiterroristes."

Information confirmée par le site de l'hebdomadaire Dzerkalo Tyjnia,qui fait également état de "blessés". Dzerkalo Tyjnia affirme par ailleurs que "parmi ceux qui se sont emparés d'édifices du ministère de l'Intérieur à Slaviansk, des membres des forces spéciales de la Fédération de Russie ont été identifiés". Desspetsnaz, les commandos d'élite russes, participeraient donc à ce "soulèvement" séparatiste manifestement téléguidé.

ENGAGER LE COMBAT

Dans les régions du centre-est, beaucoup redoutent des tentatives de coup de main du même type. "Dans l'oblast de Dnipropetrovsk, les habitants ont dressé des barrages contre les séparatistes, explique ainsi l'agence de presse indépendante UNIAN. Depuis ce matin, à l'entrée de l'oblast de Dnipropetrovsk, neuf barrages mobiles ont été mis en place, à l'est, au nord et au sud. Youri Bereza, représentant régional du Conseil de la sécurité nationale, déclare que ces mesures sont liées aux événements qui ont lieu dans la région de Donetsk et à la pénétration probable de commandos russes sur le territoire de Dnipropetrovsk."

Pour l'heure, l'opération se poursuit. Le gouvernement ukrainien n'a désormais plus le choix, s'il ne veut pas perdre le contrôle de tout l'est, région moteur de l'économie du pays, il se doit d'engager le combat ouvertement avec les séparatistes et les "petits hommes verts". Sous la menace d'une véritable épée de Damoclès, incarnée par les 40 000 hommes et les 700 blindés russes positionnés à la frontière orientale, qui attendent peut-être ce prétexte idéal pour déferler.



SONT-ILS TOUS DEVENUS FOUS?

Jacques Attali Blog

Il m’arrive parfois de demander s’il est possible d’avoir raison contre tout le monde. Ou bien s’il faut se résigner à penser que l’unanimité vaut raison. Au vu du tour que prend l’affaire ukrainienne, je me sens cependant renforcé dans ma première intuition, exprimée ici : il est fou, pour l’Occident, de faire du problème de la Crimée l’occasion d’une confrontation avec la Russie.
Qu’on ne s’y trompe pas. On n’a jamais lu sous ma plume une approbation du régime actuel de la Russie. Ni de sa stratégie internationale. Et je ne parle ici que de l’intérêt de l’Occident, et plus précisément de l’Europe. Et, pour moi, l’intérêt de l’Europe n’est pas de se lancer dans un affrontement avec la Russie. Mais au contraire de tout faire pour intégrer notre grand voisin de l’Est à l’espace de droit européen.
Les historiens de l’avenir auront à mon sens beaucoup de mal à comprendre pourquoi nous nous sommes lancés dans une escalade aux conséquences potentiellement terrifiantes avec la Russie, pour s’opposer au vote majoritaire d’une province russophone, russe pendant des siècles, et rattachée en 1954 à une autre province de l’Union soviétique par le caprice du secrétaire général du parti communiste d’alors, Nicolaï Krutchev. Un rattachement jamais pleinement reconnu par la majorité des habitants de la Crimée, qui ont toujours voulu conserver leur autonomie à l’égard du gouvernement de Kiev, comme l’affirmait encore la première constitution ukrainienne de 1992.
Aujourd’hui, la Crimée, et la Russie ont choisi de profiter du chaos issu de l’arrivée à Kiev d’un gouvernement fortement antirusse pour se retrouver. En quoi cela nous gêne-t-il ? Pourquoi refuserait-on aux habitants de la Crimée de vouloir choisir leur destin, contre l’avis du pays dont ils sont membres, alors qu’on s’apprête à autoriser les Ecossais à voter sur le sujet, et que les Catalans ont bien l’intention d’en faire autant ? Protestera-t-on contre « l’amputation du territoire de la Grande-Bretagne » si les Ecossais choisissent l’indépendance ? Et que fera-t-on si la Moldavie, la Biélorussie, ou la partie russophone du Kazakhstan réclament leur rattachement à la Russie? Nous nous en mêlerons ? De quels droits ? Au nom de la stabilité de l’idée de nation ? Mais l’a-t-on imposé à la Tchécoslovaquie ? A la Yougoslavie ? Au Kurdistan irakien ? A Gaza ? S’y opposerait-on si le Québec décidait de son indépendance ? Et que ferait-on si la Wallonie demandait son rattachement à la France ?
Il est clair que lorsqu’une minorité ne se sent pas protégée contre les excès d’une majorité, elle a le droit de retrouver la maîtrise de son destin. Il appartient à la majorité d’y veiller.
Alors, pourquoi faisons-nous cela ? Qu’avons-nous à en craindre ? Que la Russie réclame l’annexion de la partie russophone des pays Baltes ? Allons ! Ces pays sont dans l’Union Européenne et dans l’OTAN ! Ils n’ont donc rien à craindre.
Tout cela renvoie en fait à des vieilles histoires. L’Occident pense en fait ne pas refaire la même erreur qu’avec les Sudètes annexés en 1938, par Adolf Hitler, sous le prétexte que cette région de la Tchécoslovaquie était en majorité de race allemande. Louable remords. Mais il est trop tard pour refaire l’Histoire, et la situation d’aujourd’hui ne ressemble pas à celle de 1938, mais à celle de 1919.
Et s’il y a un souvenir à avoir, c’est celui de ce à quoi a conduit la volonté d’humilier et d’isoler l’Allemagne après la première guerre mondiale : Isoler l’Allemagne de Weimar en 1919 avec le tragique Traité de Versailles a conduit à l’avènement d’Hitler.
Mis à part la création de la BERD en 1991, et du G8 en 1992, l’un et l’autre à l’initiative de la France, rien n’a été fait depuis l’effondrement de l’Union soviétique pour rapprocher la Russie de l’Europe. Pour la faire entrer dans un espace de droit commun. Si la Russie n’a jamais été candidate à entrer dans l’Union Européenne, il ne fallait pas être grand clerc pour comprendre que si on le lui avait proposé, ou au moins si on lui avait proposé d’adhérer à l’AELE ou ce qu’il en restait, elle aurait accepté, au grand bénéfice de l’Europe de l’Ouest.
La confrontation actuelle ne mènera nulle part. Sinon à donner du sens à ceux qui prédisent depuis longtemps que la situation d’aujourd’hui pourrait bientôt ressembler à celle de l’immédiate avant-première guerre mondiale, quand un engrenage local absurde conduisit à une guerre mondiale.
Il ne fallait donc pas annuler le sommet entre l’Union Européenne et la Russie. Il ne faut pas exclure la Russie du G8. Il ne faut pas répondre à des sanctions par des sanctions. Aujourd’hui dérisoires. Demain suicidaires.
Il faut tout au contraire faire comprendre aux Russes qu’ils ont tout à gagner à se rapprocher de l’Union Européenne. En leur proposant de construire un vaste espace commun de droit, où la question de la Crimée deviendrait dérisoire. . Et, pour commencer, le proposer à l’Ukraine, à condition qu’elle accepte de rester ce qu’elle est, un pont entre les deux Europe, celle du monde latin et celle du monde orthodoxe, pour le plus grand bénéfice des uns et des autres.

J@attali.com

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

ESCALADE

Difficile de se faire une opinion face au déferlement de propagande tant russe qu’américaine. Très enclin à partager l’analyse de Jacques Attali, il faut toutefois se rendre à l’évidence en lisant les dernières dépêches qu’une invasion de l’Est de l’Ukraine est bel et bien en cours. La guerre civile qui se déclenche risque de tourner bien vite à la guerre avec toutes les conséquences que cela entraîne. L’intérêt de l’Europe n’est pas de se lancer dans un affrontement avec la Russie. Mais au contraire de tout faire pour intégrer notre grand voisin de l’Est à l’espace de droit européen. La confrontation actuelle ne mènera nulle part.  « Il faut faire comprendre aux Russes qu’ils ont tout à gagner à se rapprocher de l’Union Européenne. En leur proposant de construire un vaste espace commun de droit, où la question de la Crimée deviendrait dérisoire.  Et, pour commencer, le proposer à l’Ukraine, à condition qu’elle accepte de rester ce qu’elle est, un pont entre les deux Europe, celle du monde latin et celle du monde orthodoxe, pour le plus grand bénéfice des uns et des autres. »

Visiblement l’Amérique de Kerry ne partage pas ce point de vue et semble rêver d’en découdre.  Un quotidien de Varsovie envisage quatre scénarios pour l'Ukraine

« SCÉNARIO 1, L'AGITATION SÉPARATISTE : PROBABILITÉ 40 %

On peut s'attendre à ce que la Russie tente à nouveau d'attiser l'agitation séparatiste dans la partie orientale et méridionale du pays. La première vague a déjà eu lieu la semaine dernière, et depuis le 6 avril, nous assistons à la deuxième vague de ce type, avec l'assaut des immeubles gouvernementaux à Kharkiv, Donetsk ou Louhansk. Pour le moment, les Russes ne peuvent espérer plus, car cette agitation - conçue pour empêcher l'élection présidentielle, prévue pour le 25 mai prochain - n'est pas très populaire dans la population locale. Selon une étude effectuée en mois de mars par l'institut Rating Group de Kiev, un habitant sur quatre dans l'est et un sur cinq dans le sud de l'Ukraine soutiendraient le projet de fédéralisation du pays [proposé par la Russie].

SCÉNARIO 2, RÉPÉTITION DU SCÉNARIO DE CRIMÉE : PROBABILITÉ 30 %

Selon plusieurs analystes, la Russie va intensifier les pressions sur l'Ukraine. Même si elle ne se fait pas d'illusions quant à sa capacité à interrompre la présidentielle, elle pourrait avoir besoin des régions du sud et de l'est pour assurer la livraison de l'électricité et du gaz dans la presqu'île, ou pour ouvrir un couloir vers sa zone d'influence en Transdniestrie. Selon les “fuites contrôlées” en provenance du ministère de la Défense polonais, ce scénario prévoit une occupation par les séparatistes de plusieurs passages à la frontière, par où pénétreraient sur le sol ukrainien les “soldats des forces d'autodéfense”. On n'exclue pas des attentats terroristes et même une invasion terrestre. Dans ce cas, il faut s'attendre à des batailles pour la reprise du contrôle des grandes villes.

SCÉNARIO 3, STABILISATION FORCÉE : PROBABILITÉ 20 %

Les autorités ukrainiennes ont tiré les leçons de la situation en Crimée et agissent à présent avec plus de détermination face aux séparatistes. A Kharkiv, les forces spéciales les ont délogés de l'immeuble gouvernemental. A Donetsk, l'oligarque Rinat Akhmetov en personne a tenté de désamorcer la situation. AMykolaïv, les habitants de la ville ont démonté les tentes des séparatistes, pendant que la foule scandait “Le fascisme ne passera pas !” et “Valise-gare-Russie” [“tu prends ta valise, tu vas à la gare et tu part pour la Russie”] et brisait la manifestation orchestrée par Oleg Tsariov, le plus prorusse des candidats à la présidence ukrainienne [en le rouant de coups au passage]. Si Kiev impose son autorité sur les régions, on ne peut pas exclure que la population réussisse à rétablir le calme par ses propres moyens.

SCÉNARIO 4, VICTOIRE DE LA DIPLOMATIE ET RETOUR À LA NORMALE, PROBABILITÉ 10 %

Comme vient de l'affirmer le département d'Etat américain, des pourparlers entre les représentants de la Russie, de l'Ukraine, de l'UE et des Etats-Unis pourraient démarrer d'ici une semaine ; les médias spéculent sur les promesses que l'administration Obama aurait faites à Poutine afin de garantir son influence en Ukraine. Les affirmations de ce genre sont prématurées, d'autant plus que Bruxelles et Washington multiplient les gestes de soutien à l'adresse de Kiev, et menacent d'élargir le périmètre des sanctions contre de la Russie, si cette dernière ne met pas un terme à ses tentatives de déstabilisation de l'Ukraine. Un sommet permettrait à tous les acteurs du conflit de trouver une issue honorable (si, toutefois, Moscou était intéressé). On pourrait, par exemple, accorder une place plus importante à la langue russe en Ukraine et renforcer la présence des représentants des régions dans les travaux sur la nouvelle Constitution. »


Tout ceci n’est guère rassurant. Au fil des heures, la situation prend une tournure de plus en plus préoccupante. Il est évident que Moscou fait volontairement monter la tension en préparation de la conférence à quatre de Genève jeudi (Ashton, Kerry, le ministre russe des affaire étrangères et son collègue ukrainien). A cette fin, Poutine réitère dans l’Est de l’Ukraine  les préludes qui ont conduit à l’annexion de la Crimée (soutien logistique aux séparatistes) provocant des victimes dans les deux camps selon certaines sourcesLa situation dans cette zone riche en minerais est hautement confuse et préoccupante selon Steinmeier, le ministre allemand des affaires étrangères.

Que veut Poutine ? Fournir la preuve que le gouvernement provisoire de Kiev est incapable de maintenir l’ordre et le calme dans l’Est du pays. Steinmeier exprime le souhait que Moscou annonce une volonté claire de désescalade  ("deutliche Zeichen der Deeskalation") en ordonnant le retrait des troupes russes massées aux frontières de l’Ukraine et qu’elle se distancie nettement de toute implication dans les villes de l’Est Ukrainien.

Ce qui est sûr, c’est que la guerre civile menace à tous moment d’éclater dans l’Est Ukrainien avec la possibilité d’un dérapage entraînant d’incalculables retombées

MG

 


AP/dpa

 

 

Aucun commentaire: