mardi 8 avril 2014

Un père jésuite abattu à Homs

 CH.LY.(AVEC AFP) La Libre



 

Des hommes armés ont abattu ce lundi le prêtre jésuite néerlandais Frans van der Lugt, 75 ans,installé depuis des décennies à Homs. “Ce lundi matin vers 8h, le Père Frans van der Lugt a été enlevé par des hommes armés qui l'ont battu puis exécuté par deux balles dans la tête, devant notre résidence à Homs”, indique le père Alex Bassili dans un court message parvenu à la rédaction de La Libre Belgique. Arrivé en Syrie en 1966, le prêtre avait choisi de rester dans la Vieille ville de Homs, assiégée et bombardée depuis deux ans par les forces du régime de Bachar al-Assad.

L'OSDH, qui confirme aussi l'information, n'était pas en mesure de préciser pourquoi il avait été abattu.

"LE PEUPLE SYRIEN M'A TANT DONNÉ"

"Le peuple syrien m'a tant donné, tant de gentillesse, tant d'inspiration, et tout ce que je possède. Maintenant qu'il souffre, je dois partager sa peine et ses difficultés", avait-il expliqué à l'AFP en février via internet."Je suis le seul prêtre et le seul étranger à être resté. Mais je ne me sens pas comme un étranger, mais comme un arabe parmi les arabes", avait-il dit un sourire aux lèvres.

"Nous avons très très peu à manger. Les gens dans la rue ont le visage fatigué et jaune (...). C'est la famine ici mais les gens ont également soif d'une vie normale. L'être humain n'est pas seulement un estomac, il a aussi un coeur, et les gens ont besoin de voir leurs proches", expliquait-il.

Quelques jours plus tard, 1.400 personnes avaient pu être évacuées de la Vieille ville de Homs, en vertu d'un accord négocié par l'Onu entre le régime et les rebelles, mais cet homme aux yeux vifs avait encore choisi de rester.

LE VATICAN DIT SON ÉMOTION

"Un homme de paix est mort", a réagi lundi le porte-parole du Vatican après l'annonce de l'exécution du père jésuite néerlandais Frans van der Lugt, 75 ans, installé depuis des décennies à Homs, dans le centre de la Syrie.

"C'est ainsi que meurt un homme de paix, qui, avec un grand courage, a voulu rester fidèle, dans une situation extrêmement risquée et difficile, à ce peuple syrien à qui il avait donné depuis longtemps savie et son assistance spirituelle", a-t-il poursuivi. "Où le peuple meurt, meurent aussi les plus fidèles pasteurs avec lui", a souligné le porte-parole jésuite du pape.

"Dans ce moment de grande douleur, nous exprimons aussi notre grande fierté et gratitude d'avoir eu un confère aussi proche des plus souffrants, dans le témoignage de l'amour de Jésus jusqu'à la fin",a-t-il ajouté.

 

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

"LAISSEZ PASSER L'HOMME LIBRE"

Répugnant ! Un internaute commente  « salue l'homme (et non le catholique) qui a eu le courage d'aller jusqu'au bout de sa mission personnelle et de ses convictions humanistes, malgré les dangers. "Des hommes armés". Rien ne dit qu'il s'agissait d'hommes de l'armée deBachar. Peut-être étaient-ils de ceux que cet homme aimait et protégeait..... » Comment ne pas penser à « des hommes et des dieux » chronique de l’assassinat annoncé des moines deTibéhirine, ce film bouleversant sur le même sujet. Eliminer celui ou celle qui pense autrement plutôt que  de se laisser interpeller par lui tout en l’interpellant.

Mais bien plus infâme encore que l’immonde assassin est celui qui a armé son bras après lui avoir lavé le cerveau.

MG

 

"DES HOMMES ET DES DIEUX"



,Des hommes et des dieux retrace le parcours des moines de Tibéhirine pendant les mois qui ont précédé leur assassinat en 1996, depuis le moment où ils sont devenus la cible des extrémistes du GIA jusqu'à celui où ils ont été enlevés, avant de disparaître dans des circonstances qui restent aujourd'hui encore à élucider. Leur cheminement spirituel est le sujet de ce long-métrage, le cinquième de Xavier Beauvois, à qui l'on doit Nord, un premier film d'une âpreté poignante..

D'abord plongés dans le chaos par la peur qu'a engendrée chez chacun la perspective de sa propre mort, et qui a d'abord fait chanceler la cohésion du groupe, ces sept hommes ont finalement pris collectivement la décision de ne pasplier devant la violence. Refusant de piétiner l'idéal de fraternité auquel ils ont voué leur vie, ils ont choisi de rester dans le monastère plutôt que de rentrer en Francecomme on les poussait à le faire, certains en ayant d'ailleurs eu la tentation. Ils n'ont pas davantage accepté la protection que leur proposait l'armée.

Les dieux étant nombreux, ce qui intéresse le cinéaste dans cette tragédie relève moins du martyre des moines, que de la conscience - éthique, politique - des hommes qu'ils sont, et des questions existentielles que pose leur confrontation avec cette force armée qui piétine tout ce en quoi ils croient. Comment éprouver la liberté ? Qu'est-ce qu'une communauté ? Peut-on être soi en niant l'existence d'autrui ?

On peut, on doit, même, envisager ce film comme une profession de foi. Mais c'est dans le cinéma que Beauvois a toujours placé la sienne, et qu'il la place ici plus que jamais.

MAESTRIA SOUFFLANTE

La prière, les chants à l'unisson, les réunions au cours desquelles se prennent, à l'issue d'un tour de parole et d'un vote, les décisions engageant la vie de la communauté, et qui témoignent ici de la réduction progressive des antagonismes vers une communion spirituelle, structurent le film. Mais la place est faite, aussi, aux moments partagés avec les villageois (travail de la terre, dispense de soins, fêtes familiales...), dans le respect de l'islam.

Ou encore à des tête-à-tête, comme celui dans lequel Frère Luc, le médecin (Michael Lonsdale, à son meilleur), explique à Frère Christian, le chef de la communauté (Lambert Wilson, qui révèle dans ce film un charisme totalement inédit), qu'il ne craint nullement la mort. Au moment de quitter la pièce, la voix étouffée dans un petit sourire malicieux, il a cette phrase merveilleuse qui est aussi bien le programme du film : "Laissez passer l'homme libre..."

 

Film français de Xavier Beauvois avec Lambert WilsonMichaelLonsdale,Olivier Rabourdin.

 

 

 

 

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