samedi 12 avril 2014

Wesphael: réalités judiciaires et fiction communautaire


MARC METDEPENNINGEN 

Le rapport des experts de la défense de Bernard Wesphael, soupçonné de l’assassinat de son épouse Véronique Pirotton, est un document prudent, équilibré qui n’innocente pas, comme des raccourcis hâtifs le laissent entendre, le député wallon. Ces experts, payés par la défense, marquent leur préférence pour la thèse de l’accident, tout en admettant ne pouvoir exclure un acte criminel. En décidant de rendre publiques ces conclusions, les avocats de Bernard Wesphael ont posé un geste courageux : ce rapport enrichit le débat judiciaire et laisse la porte ouverte à toutes les issues, à charge pour les jurés montois qui devraient être appelés à juger au terme de l’instruction, de dire ce que fut le huis clos tragique de la chambre 602 de l’hôtel Mundo d’Ostende.

Ce rapport peut être reçu comme un rappel à la seule dimension de cette affaire : la mort tragique et injuste d’une jeune femme à laquelle son mari, présent dans la chambre close où le drame se consomma, dit être étranger. Des partisans de Bernard Wesphael, accablés et aveuglés par l’incroyable, ont cru pouvoir professer que « l’incapable » d’un crime était forcément « non coupable ». Ils l’ont érigé en victime absolue, parvenant parfois à faire oublier que l’authentique victime demeurait Véronique Pirotton. Des progressistes qui dénoncent habituellement une justice de classes ont suggéré qu’une exceptionWesphael aux règles du droit commun devait s’appliquer. Mais surtout, d’aucuns ont voulu faire de ce dossier judiciaire une affaire aux relents communautaires, accusant la « justice flamande » de vouloir se « payer un député wallon », faisant quasiment de Wesphael la victime expiatoire d’un Nord se vengeant, pourquoi pas, de l’exécution en 1860 de Coucke et Goethals, ces deux Flamands guillotinés à Charleroi non pas parce qu’ils étaient flamands, comme les nationalistes le prétendirent, mais bien parce qu’ils étaient coupables d’un meurtre crapuleux.

La Flandre a été insultée. La justice, toujours fédérale, a été injuriée. Et en demandant des comptes lundi au procureur général de Gand après la confirmation du maintien en détention de Wesphael, le président du Parlement wallon, alerté par des rumeurs infondées faisant état d’une discrimination à raison de l’état de député de l’inculpé, a ajouté inutilement au malaise. Tout cela révèle, au-delà de cette affaire qui n’est que judiciaire, une défiance primale du Sud pour le Nord, une figuration diabolique de la Flandre.

Bernard Wesphael devrait voir confirmer son mandat d’arrêt mardi par la chambre des mises en accusation de Gand.

Parce qu’il est inculpé d’assassinat. Pas parce qu’il est wallon ou député.



COMMENTAIRE DE DAIVERCITY

DECONSTRUCTION

Dans l’inconscient collectif, la Belgique est déconstruite depuis belle lurette par les politiciens du Nord et du Sud. A force de se diaboliser mutuellement les De Wever, Magnette et autres Jean Marie De Decker qui donnent le ton, ont fini par donner vie et chair à des clichés fabriqués  à des desseins purement électoralistes.  « Tout cela révèle, au-delà de cette affaire qui n’est que judiciaire, une défiance primale du Sud pour le Nord, une figuration diabolique de la Flandre. »

Huntington parlait d’un choc des civilisations. Chez nous ce choc se présente comme une prophétie auto réalisatrice… Comment s’en étonner  quand il existe deux sphères médiatiques, scolaires, politiques voire sociales dans ce pays, pardon dans ces pays qui s’éloignent l’un de l’autre à la vitesse de la lumière. Vous avez dit confédéralisme ?  Tout effort visant à établir un nouveau dialogue interculturel (inter civilisationnel) entre Flamands et francophones paraît définitivement voué à l’échec.  Seuls les artistes et les créatifs voient les choses sous un autre angle.

MG

 

 

Aucun commentaire: