mercredi 21 mai 2014

« Alors, ira ou ira pas avec la N-VA ? »


Nicolas  Baygert 


Chercheur au LASCO (UCL), enseigne les sciences politiques et sociales à l'IHECS.


Mai 2014 au plus fort de cette « sale guerre » des tranchées particratique, deux modèles de société s’affrontent – d’un côté le camp du bien, défenseur de la veuve, de l’index et de l’orphelin, conscient d’avoir le « progrès » pour soi, de l’autre, les hordes nationales-libérales du nord, luttant contre le « danger communiste ».

Hormis la bonhomie du ministre bruxellois Guy Vanhengel, qui bien qu’Open VLD semble faire l’unanimité côté francophone, les libéraux demeurent les mal-aimés de ces élections. Les soupçons de félonie portant sur un éventuel axe MR-N-VA, allégués par une convergence des gauches requinquée, menacent d’expulser le MR du clan des justes. « Alors, ira ou ira pas avec la N-VA ? » – un tropisme coupable comme principal moteur de cette campagne. Ce terme, passé dans l’usage littéraire sous la plume d’André Gide (en 1914), désigne une force obscure, inconsciente, poussant à agir d’une certaine façon (il traduit avant tout le mouvement de certaines plantes qui se tournent et se détournent de la lumière) (1).

Les libéraux sont donc dépeints tels des loups dans la bergerie, menaçant des ovins déjà distraits par les petites formations et récemment solennellement rappelés à l’ordre : le berger faisant fonction au PS indiquant dans L’Avenir « pourquoi ne pas voter pour les autres ». De même, les éléments de langage sous vide mijotés par la cuisine du boulevard de l’Empereur et répétés en boucle par un Premier (inter pares) insistent sur le traumatisme des années Martens-Gol. Les jeunes électeurs comprendront.

Didier Reynders, naguère résolu à faire basculer le pays vers un ancrage socio-économique de centre-droit, s’est lui vu terrassé par sa propre pique radiophonique. Submergé par une vague d’indignation bien exploitée par l’association des surfeurs professionnels de l’olivier, le vice-Premier se confondit en excuses et effectua un bottom turn (virage en bas de la vague) refusant désormais toute alliance avec les nationalistes. D’une ronde dominicale à l’autre, les caciques francophones aux torses bombés martèlent leurs exclusives, s’apprêtant, selon toute vraisemblance, à bloquer le pays, peu importent les résultats en Flandre.

Ainsi, malgré la myriade de débats cathodiques, de « votomatons », de « crash tests » et autres micros-trottoirs améliorés, malgré la valse des tests électoraux en ligne – béquilles introspectives équivoques censées dévoiler aux lecteurs leur « Moi » politique ou sondant « la Voix des Belges » –, malgré l’invitation prudente – au compte-gouttes – de représentants de « petits partis » sur les plateaux, malgré les campagnes facétieuses contre l’abstention, les enjeux « du haut de l’affiche » présentés à l’électeur s’annoncent plus que binaires.

Les discussions autour du survol de Bruxelles, ce néo-BHV in the making, ou la saga du collège Saint-Michel (bien qu’émoustillant quelque blogueur sous pseudonyme) qui, fort heureusement, ne s’est pas (encore) érigée en « tournante » de la campagne, ne purent réellement faire décoller cette séquence électorale, dont, au final, personne côté francophone ne voulait vraiment.

Restent les procès en hérésie (en « infréquentabilité » dira-t-on aujourd’hui), susceptibles d’infléchir la formation des majorités d’après-scrutins. Mais sur cette séquence, le citoyen ne se prononcera pas.

(1) Les Caves du Vatican, par André Gide, NRF.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

MR HORS JEU ?

La stratégie du PS qui consiste à reléguer le MR dans le camp des infréquentables a parfaitement réussi. Par manque d’expérience et sans doute detalent, Charles Michel, qui n’a pas le charisme de son père et est desservi par un physique ingrat, s’est laisser enfermer dans la posture du vilain coco qui lorgne vers la N-VA. Les gaffes médiatiques de Reynders ne l’ont pas aidé, mettant à mal deux ans de travail intense et de zèle assidu au ministère des affaires étrangères. Il n’est jamais bon de marquer des buts dans son propre filet.

C’est tout bénéfice pour Olivier Maingain qui ne manque ni d‘entregent ni d’expérience : le FDF est assuré d’ores et déjà de faire partie du prochain gouvernement bruxellois. Bien joué ! Bernard Clerfayt ferait un excellent ministre président, si


Jésus disait qu’il faut juger l’arbre à l’abondance de fruits qu’il porte. Les oliviers bruxellois et wallon ont donné des olives malingres, amères et indigestes. Pourtant, tout semble indiquer que des oliviers seront replantés et non pas arrachés pour être brûlés dans la géhenne et remplacés par des arbres à produire de l’orange bleue.

Ce qui est sûr, c’est que les libéraux bardés de bonnes idées et armés d’un bon programme électoral ont raté leur campagne médiatique habilement contrée par Elio, super pro de la « com » électorale.

Le premier et le dernier mot appartient cependant à l’électeur.

CHER LECTEUR ELECTEUR,

Surtout ne pas oublier que nous disposons cette fois de trois voix pour nous exprimer ce dimanche. Oui trois : une pour l’Europe (certains diront contre l’Europe),  l’Europe qui a besoin de notre soutien, pas de notre indifférence pas de notre hostilité, une voix pour la région bruxelloise ; « Bruxellois votons pour le destin de notre ville » et une voix pour le parlement fédéral. On s’est battu pour cela, ne boudons pas notre plaisir, ne bradons pas notre pouvoir électoral, notre vouloir démocratique en optant pour l’abstention ou le vote de protestation imbécile.

J’ai discuté mercredi dernier de ses difficultés scolaires avec un gamin sympa et intelligent issu de l’immigration. Il a dix-neuf ans, passe le plus clair de son temps sur facebook et sa télé qu’il regarde nuitamment, il somnole le jour et est actif la nuit. C’est plus courant qu’on n’imagine.

Il est crevé de ne rien faire et peu motivé par son enseignement de type professionnel : dernière année en section cuisine. Les profs sont moyens, le matériel est nul : on s’ennuie et on s’absente.

Tiens me dit-il,  à brûle pourpoint,  « que penses-tu de « debout Belgique ».

-Explique, je ne connais pas ce parti…Il m’explique : il aime Laurent Louis ce pote à Dieudonné. Je tombe des nues. Tu veux voter pour lui ? J’sais pas…

-Combien de voix as-tu ?

-j’sais pas…

-Je t’explique…

-Quels partis connais-tu ?

-j’sais pas…

-On ne t’a pas enseigné ça à l’école ?

-j’sais pas…

-Va sur internet et lis les programmes des partis.

-Tu crois…

Cet échange m’a sidéré. J’accuse l’école dont le projet éducatif proclamé est celui de former des citoyens autonomes et critiques mais qui n’a pas su empêcher de transformer ce surdoué en un consommateur passif et robotisé de facebook et autres produits prédigérés y compris la bouillie indigeste de cet anti-démocrate nommé Louis.

De fait l’école ascenseur-social est vraiment en panne.

J’accuse les partis politiques en charge de l’enseignement d’un manque de vision et de pragmatisme qu’ils cherchent à compenser par une logorrhée idéologique indigeste en faveur de la mixité sociale dans l’enseignement.

On ne se sauvera du déclin qui menace l’Europe que par un enseignement qui ne soit pas seulement accessible à tous, ce qui peut se décréter, mais qui soit surtout profitable à tous, ce qu’ont compris les Finlandais.

Il y a des candidats qui défendent cela avec acharnement, ceux-là méritent notre voix.

MG




GEORGES VERZIN ancien échevin de la culture et de l’enseignement à Schaerbeek est de ceux-là, il connait bien les défis sociaux rencontrés à Bruxelles.


Pour lui Bruxelles est actuellement "à l’arrêt". Sa volonté est de débloquer la ville, de lui donner un nouveau souffle en termes d’emploi, de formation, d’enseignement et de vivre-ensemble. Interculturel fait partie de son vocabulaire actif.

La problématique du chômage chez les jeunes est pour lui un enjeu prioritaire. Il souhaite donner plus de chances aux chômeurs via un système de formation viable et complet. L’homme aspire à mettre en place un libéralisme actif et social qui émancipe les jeunes en leur donnant une chance égale d’avoir un diplôme et un emploi. Il propose pour cela de créer une école normale bilingue,voire trilingue pour former des enseignants trilingues (on en est vraiment très loin) et proposer un enseignement dans les deux langues, voire trois (c’est la condition sine qua non d’un emploi dans le future) "dédoubler les classes primaires de la 3ème maternelle jusqu’à la 6ème primaire dans toutes les parties de la ville qui sont marquées par la fracture sociale".

Il s’appuie aussi sur le concept de citoyenneté active. Selon lui, "une société ne réussit qu’à partir du moment où on fait de chaque citoyen une personne autonome, responsable et libre".

Bruxelles est riche de sa diversité de sa population mais les cultures ne doivent pas vivre les unes à côté des autres sans se connaître. L’action interculturelle permet d’appréhender la culture de l’Autre elle favorise la cohésion sociale et l’ouverture au monde. Nous voulons lutter contre tous les replis identitaires, tous les intégrismes qui renforcent l’exclusion des plus défavorisés.  

"Le 25 mai prochain, le défi majeur sera de choisir dans quelle Bruxelles nous voulons vivre, une ville sclérosée, passéiste, avec des recettes, proposées qui ne fonctionnent pas, ou une ville moderne, revivifiée par les idées nouvelles et réformatrices." Georges Verzin




 

 

 

 

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