mardi 6 mai 2014

Apaiser les tensions religieuses, c’est un métier


Nouvel Obs


Les contentieux à caractère religieux se multiplient. Heureusement, des cursus universitaires sont créés pour former les "médiateurs", chargés d’éteindre les incendies. .

 



Un jour, dans un hôpital lyonnais, une famille a réclamé aux infirmiers de déplacer le lit de leur grand-père mourant. Un flottement a saisi le personnel médical : pourquoi enquiquiner ce vieil homme, dont le corps relié à de nombreux tuyaux se prêtait peu à un déménagement ? C’est qu’il était musulman et que sa foi exige que son corps soit tourné vers la Mecque.

"Les infirmiers étaient désemparés. Fallait-il contrarier la famille au nom de la laïcité, mais au risque de passer pour racistes ?, rapporte Claude Prudhomme, enseignant au master Institut supérieur d’études des religions et de la laïcité (Iserl) à Lyon-2. En réalité, si une vieille dame mourante avait demandé qu’on accroche un crucifix au-dessus de son lit, personne ne se serait interrogé. Quand c’est l’Islam, tout devient compliqué."

 ARBITRAGES EMBARRASSANTS

Nulle trace de xénophobie, pourtant, chez ces infirmiers : "Simplement, ils ne savaient pas que tant qu’une demande religieuse ne met pas en péril le fonctionnement de l’hôpital, il n’y a pas à la refuser. Ce sont les règles de la laïcité et du bon sens." Un bon sens qui n’empêche pas certains casse-tête de plus en plus courants à l’hôpital, comme, par exemple, quand une femme refuse d’être examinée par un homme. "Dans ce cas, si une femme médecin peut intervenir, on accède à la demande. Sinon, on passe outre", précise Claude Prudhomme.

Voilà trois ans que cet historien des religions enseigne au personnel hospitalier ce qu’on appelle la "médiation religieuse". Ou comment établir un dialogue pacifique et constructif entre croyants et représentants de l’Etat (infirmiers, assistants sociaux, enseignants, éducateurs de rue…) pour ménager les cultes sans contraindre les administrations à des arbitrages embarrassants.

 

SUBTILITÉS DE LA LAÏCITÉ

"Dans les hôpitaux, les piscines, les cantines, les quartiers populaires, partout où l’Etat ou le monde associatif est amené à intervenir, on voit monter les risques de collision religieuse, observe Raphaël Liogier, qui coordonne lemaster Management interculturel et médiation religieuse à Sciences-Po Aix. Pas seulement avec les musulmans, mais aussi les chrétiens radicaux, les juifs orthodoxes, les témoins de Jéhovah…"

En écho à ces revendications souvent justifiées, quelquefois excessives, ont fleuri nombre de cursus universitaires, en général de niveau licence (bac+3) ou master (bac+5) dans lesquels on explore les subtilités de la laïcité à la française, les grandes pratiques rituelles et le sens profond qui s’y rattache.

Et les besoins sont énormes ! "Les religions sont taboues dans nos formations : nous arrivons sur le terrain ignorants, voire bourrés de préjugés, confirme Mathieu Brégégère, éducateur de rue à Gennevilliers (Hauts-de-Seine), en formation au DU en Médiation socioreligieuse piloté par la Faculté libre d’études politiques et en économie solidaire (Flepes-Initiatives) et adossé à la l’université de Strasbourg. J’ai débarqué aux Grésillons [un quartier de Gennevilliers] de mon Pau natal, avec un vague vernis catholique. On me parlait de Coran, de ramadan, je n’y comprenais rien... Impossible d’établir la confiance dans ces cas-là".

 

AUCUN MÉPRIS, AUCUNE MÉCONNAISSANCE

Sans s’être mué en expert des religions du Livre, le jeune homme - qui forme aujourd'hui d’autres éducateurs – peut désormais montrer à ses interlocuteurs qu’il connaît et respecte leur foi, "ce qui facilite considérablement le dialogue".

Surtout, il est armé pour déminer des situations potentiellement explosives. "Si un jour, une éducatrice arrive avec un voile, je ne me braquerai pas. Sereinement, je lui expliquerai pourquoi, dans le cadre de ses fonctions, elle ne peut pas le mettre. Elle ne sentira aucun mépris, aucune méconnaissance de ma part". Ni aucun doute.

Car, comme le rappelle Isabelle Ullern, doyenne de la Flepes et responsable duDU Médiation socioreligieuse de Strasbourg, l’ennemi du médiateur, "c’est le bricolage" : "Il arrive que des éducateurs interviennent volontiers parce qu’ils sont d’origine musulmane et pensent que cela leur suffit pour être pertinents."

BÉVUES DE BONNE FOI

Ils improvisent alors de bonne foi et commettent des gaffes, comme celle qui consiste à séparer "ceux qui mangent halal" des autres, "alors qu’il faut évidemment organiser des repas en commun".

Autre bévue : dans un foyer de travailleurs migrants, prêter une salle à un groupe religieux sans préciser qu’elle est destinée aussi aux autres cultes… et constater, démuni, qu’ils l’ont accaparée et sont indélogeables. "Nous sommes là pour affronter le malaise face à ce que j’appelle des ‘religions sans culture’, ces identités basées sur des traditions souvent reconstruites, parfois imaginées, dont se prévalent certains croyants", explique Philippe Martin, directeur du masterIserl de Lyon-2.

Dont le joli mot d’ordre est : "Ouvrons les yeux et vivons ensemble"



 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

"OUVRONS LES YEUX ET VIVONS ENSEMBLE


"L’ennemi du médiateur interculturel, "c’est le bricolage" ; exemple : séparer de bonne foi "ceux qui mangent halal" des autres, "alors qu’il faut évidemment organiser des repas en commun". Autre obstacle : le clientélisme communautariste.

Pourtant l’équation est simple : il s’agit d’apprendre à vivre, à manger, à penser,à apprendre, à aimer… ensembleEt surtout n’allez pas imaginer que ce soit facile ou évident. C’est tout le contraire, cela exige un effort considérable de part et d’autre mais c’est payant. Le concept et la dynamique des « conversations interculturelles » est tout à fait séduisant. « Lors d’une conversation (3 heures), suite à une activité formative aux relations interculturelles préparée par un modérateur/médiateur, un historien présentera le sujet. L’approche pédagogique sera importante pour susciter la conversation entre les autochtones et les nouveaux arrivants, les autochtones devront exprimer leur point de vue et les nouveaux arrivants les questionner pour bien comprendre ce qui s’est passé. L’expert sera là pour corriger les points de vue erronés ou pour ajouter un complément explicatif. Le modérateur/médiateur jouera son rôle pédagogique de médiation interculturelle à la lumière des compétences interculturelles nécessaires à l’acceptation et à la compréhension de l’autre.

À chacune des conversations, une thématique culinaire sera suggérée. Un mets provenant d’un pays du monde et un mets du pays d’accueil. Ces mets seront liés au sujet abordé et à son époque, possiblement à un personnage ou à une organisation associé-e au sujet.

Tous les participants-es à l’une ou l’autre des 5 premières conversations seront invités-es à la dernière qui permettra une grande conversation alimentée par les 5 sujets abordés précédemment. »

« On constituera ensuite un réseau de cafés-rencontres interculturelles en développement appuyé par le comité démocratie et participation citoyenne. »

Il s’agit donc de joindre la pratique à une approche purement théorique et abstraite telle que nous la pratiquons ici, sur ce blog, en toute bonne foi. Et ne jamais oublier que « Quand c’est l’Islam, tout devient compliqué." (NouvelObs)

Ne pas perdre de vue que nous sommes au « b.a.b. » de la dynamique interculturelle dont nos politiciens en campagne ne parlent que du bout des lèvres comme si cela risquait de leur faire perdre des voix.

Notre conclusion-toute provisoire- c’est que seule une « élite » citoyenne est acquise et conquise par les vertus du cosmopolitisme interculturel. La majorité s’en méfie. Il suffit pour s’en convaincre de regarder les tableaux d’affichage électoraux dans les 19 communes : ils ressemblent à des ghettos ethniques avec les immigrés et anciens immigrés d’un côté et les Belges de souche de l’autre. C’est tout simplement consternant.

La mentalité nationaliste et sectaire a pollué les cerveaux pour des générations. Seul un enseignement résolument cosmopolite et paneuropéen serait de nature à changer cela en une ou deux générations. Non, l’interculturel ne va vraiment pas de soi.

MG

 

LA MAISONNÉE LANCE SON PROJET DE CONVERSATIONS INTERCULTURELLE LES GRANDS DÉBROUILL’ARTS

grâce à l’appui financier de la Ville de Montréal dans le cadre du Programme Montréal Interculturel



Formation pratique en médiation  interculturelle
La Maisonnée lance son projet de conversations interculturelle LES GRANDS DÉBROUILL’ARTS grâce à l’appui financier  de la Ville de Montréal dans le cadre du Programme Montréal Interculturel (PMI) 

Montréal, le 5 mai 2014 - La Maisonnée, en collaboration avec le comité Démocratie et participation citoyenne de Rosemont ainsi que six organismes communautaires de Rosemont – La Petite-Patrie, lance son projet de conversations interculturelles. Le projet LES GRANDS DÉBROUILL’ARTS a en effet été retenu par la Ville de Montréal dans le cadre de son Programme Montréal Interculturel (PMI).

LE PROGRAMME MONTRÉAL INTERCULTUREL

Les objectifs de ce programme sont de favoriser les relations interculturelles et l’interaction entre les Québécois de souche et les nouveaux arrivants tout en œuvrant à une intégration réussie de ces derniers qui passe notamment par une connaissance de l’histoire de Montréal et du Québec, la société d’accueil.

LES CONSTITUANTS DU PROJET

Cinq duos interculturels comme cellules de formation pratique autonomes débouchant sur dix médiateurs interculturels

Six conversations pour favoriser les relations interculturelles entre Québécois de souches et les nouveaux arrivants de différentes origines

Six organismes partenaires comme lieux de réalisation/diffusion à la base d’un réseau d’interaction et de sensibilisation en devenir appuyés par le comité Démocratie et participation citoyenne

LE PROCESSUS DE RÉALISATION

À la suite de l’observation de nos conversations interculturelles, nos bénévoles membres du comité de la vie communautaire seront invités à constituer 5 duos interculturels associant un-e Québécois-e de souche et un-e nouvel-le arrivant-e. Chacun des duos sera mandaté pour organiser une conversation interculturelle créative en collaboration avec 5 organisations de l’arrondissement Rosemont-La-Petite-Patrie. Chacune de ces conversations rassemblera une quinzaine de personnes dont au moins cinq Québécois de souche.

L’objectif est de mettre en action des observateurs afin qu’ils tirent parti de leurs enseignements en réalisant en duo interculturel une activité de rencontre interculturelle de A à Z. Une sixième rencontre interculturelle rassemblera les 5 duos organisateurs, des responsables des organismes d’accueil de l’activité et des participants pour échanger ensemble sur les compétences interculturelles. Chacune des 5 rencontres créatives sera le résultat de l’interaction entre les partenaires de chacun des duos et de la négociation avec les responsables de l’organisme qui accueillera l’activité : choix de l’organisme, choix du sujet, définition de la démarche pédagogique, identification des rôles et des personnes ressources, confection des outils promotionnels, recrutement des participants, tenue et évaluation de l’activité.

LES CARACTÉRISTIQUES D’UNE CONVERSATION

Lors d’une conversation (3 heures), suite à une capsule formative aux relations interculturelles préparée par un modérateur/médiateur, un historien présentera le sujet. L’approche pédagogique sera importante pour susciter la conversation entre les Québécois de souche et les nouveaux arrivants par la suite. Les Québécois seront en mesure d’exprimer leur point de vue et les nouveaux arrivants de questionner pour bien comprendre ce qui s’est passé. L’expert sera là pour corriger les points de vue erronés ou pour ajouter un complément explicatif. Le modérateur/médiateur jouera son rôle pédagogique de médiation interculturelle à la lumière des compétences interculturelles nécessaires à l’acceptation et à la compréhension de l’autre. Nous suggérerons des ressources pour en savoir davantage sur le sujet à la fin de la conversation: liens internet, livres, CD, DVD, etc.

À chacune des conversations, une thématique culinaire sera suggérée. Un mets provenant d’un pays du monde et un mets québécois. Ces mets seront liés au sujet abordé et à son époque, possiblement à un personnage ou à une organisation associé-e au sujet.

Tous les participants-es à l’une ou l’autre des 5 premières conversations seront invités-es à la dernière qui permettra une grande conversation alimentée par les 5 sujets abordés précédemment.

Les résultats attendus

Les six organismes partenaires constitueront un réseau de cafés-rencontres interculturelles en développement appuyé par le comité démocratie et participation citoyenne.

Réalisation d’une première étape dans la formation continue de bénévoles appelés à devenir des citoyens médiateurs interculturels;

Sensibilisation à l’importance des habilités de communication interculturelles auprès de 75 citoyens-es et des responsables de 6 organismes de l’arrondissement;

Approfondir l’expertise des intervenants de la Maisonnée en matière de compétences interculturelles.

Publier la deuxième partie de la brochure/outil de formation

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Relations de presse

Micheline Nalette, responsable des communications

Micheline.nalette@lamaisonnee.org

514 271.3533

 

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