lundi 5 mai 2014

Echapper à la frénésie du monde


GUY DUPLAT  La Libre Belgique




Le Kunstenfestivaldesarts est une suite de surprises et de propositions d’aventures en terrain accidenté. On peut tomber sur une impasse ou, brusquement, découvrir de là-haut un paysage jamais vu. Le festival a démarré vendredi avec Rimini Protokoll et son "100 % Bruxelles", aux Halles de Schaerbeek (LLB du 30/4). Le pari du collectif est réussi. Il a montré le visage de la ville (voir un visage c’est déjà l’aimer, disait Levinas) en mettant sur scène 105 Bruxellois représentatifs de toutes les couches de la population, de 2 à 99 ans, du clandestin à l’eurocrate, avec seulement 67 % de Belges (le chiffre bruxellois). Il les a fait parler, danser, donner leur opinion et leurs témoignages même sur des sujets délicats : avez-vous subi un avortement ? fraudez-vous le fisc ? y a-t-il trop d’étrangers ? avez-vous trompé votre conjoint ? Etc.

On admire leur savoir-faire, leur manière de parvenir à donner une forme variée, entraînante, drôle, à un groupe d’amateurs aussi disparate. Un spectacle qui démontre que la diversité culturelle n’est pas un "catéchisme" comme dit Finkielkraut, mais une réalité incontournable qu’on peut gérer, aimer, et qui permet une démocratie directe.

UN MANDALA

Exercice radicalement différent avec le spectacle du cinéaste taïwanais Tsai Ming-liang. Ses films multi-primés divisent le public, entre ceux qu’irrite leur lenteur radicale et ceux qu’elle fascine. "C’est dans la lenteur que l’on perçoit la valeur et l’intérêt de chaque chose, dit-il. La lenteur donne du temps, le développe. Lorsqu’on mange ou boit lentement, on profite réellement du fait de manger ou de boire. C’est aussi dans la lenteur que je puise une force rebelle. Le monde exige toujours plus de vitesse, c’est devenu une contrainte majeure de la vie moderne et mon but est de me libérer de toutes les contraintes. Avec la lenteur, on revient à la quintessence. Avec la lenteur, j’ai enfin trouvé la meilleure façon possible d’exprimer ma révolte. Quand je vois le rythme frénétique de notre monde contemporain, je n’y vois pas de progrès mais de l’effondrement et du déclin." Son "Moine de la dynastie Tang", créé au Kunsten, divise les spectateurs. Pour certains, c’est une souffrance insupportable de rester près de deux heures, dans l’ex-salle du Marivaux, friche non chauffée, parfois avec la vue cachée par les autres spectateurs, pour suivre quasi rien, sans action, sans mots, quasi sans sons. Pour d’autres (dont nous), c’est une méditation fascinante. La grande salle délabréeconvient à cet exercice sur le dépouillement et, si on est bien placé (le premier rang des balcons), on suit le spectacle comme on regarderait un mandala tibétain.

MOINE EN ROBE ROUGE

Un moine en robe rouge (l’acteur fétiche de Tsai Ming-liang) se couche sur une grande feuille blanche. Un peintre au fusain noircit lentement toute la feuille et c’est le temps d’une nuit qu’il exprime dans son dessin avec les peurs (les araignées), puis les ténèbres et, enfin, le retour de la nature (fleurs et arbre). Le moine se réveille, se rase, prend pour petit-déjeuner une simple prune reçue dans son bol à offrandes. Il marche ensuite toute une journée dans un paysage de neige et de montagnes évoqué par des lignes noires dessinées sur la feuille blanche, et des jeux de relief avec la feuille, effectués par des assistants. Le soir, le moine mange une galette de riz, debout. La nuit tombe, de l’eau s’écoule. C’est tout, ça dure près de deux heures. Perdues ? Plutôt volées à l’agitation stérile du monde.

LE MARIVAUX

Cette année le Kunsten a son QG et plusieurs spectacles dans un lieu spectaculaire, au cœur de la ville : les anciens cinémas Marivaux, 98 boulevard Adolphe Max, pièce historique du patrimoine culturel bruxellois. Il en reste une immense cathédrale de béton nu, un cinéma devenu… parking de l’hôtel Marivaux. Ce lieu mythique, créé par Pathé en 1922 avait sa grande salle Art déco de 1 700 places et deux balcons. En 1991, suite à la concurrence d’UGC et Kinepolis, le Marivaux fermait. Les salles de cinéma totalement en friche furent reprises par l’hôtel Marivaux qui désire maintenant leur redonner vie.



100 BRUXELLOIS SUR SCÈNE POUR SE RENDRE COMPTE DE LA DIVERSITÉ

Vanessa Lhuillier
Le Soir

Après le spectacle « 100 % Bruxelles », 9 candidats bruxellois ont exposé leur vision de la capitale. L’instauration d’un péage urbain divise toujours les partis.




La majorité des Bruxellois pense que la Belgique sera toujours unie dans dix ans.

Environ 7 % de la population bruxelloise vit à Ixelles, 51 % sont des femmes, 49 % des hommes et 1 % ne se définit pas sexuellement, 23 % vivent seul, 2 % ont un passeport asiatique, 67 % ont la nationalité belge, 35,20 % des ménages n’ont pas de voiture… Ces statistiques, tout le monde les a lues une fois au détour d’un article. Mais ces chiffres représentent des gens avec leurs problèmes, leurs envies, leurs visages. Partant de ce constat, le collectif Rimini Protokoll a eu l’idée de créer un spectacle avec 100 Bruxellois.

Ils sont cet échantillon représentatif de la population dont tous les instituts de sondage parlent. Pendant deux heures, sur la scène des Halles de Schaerbeek, ils se déplacent au rythme de leurs opinions. Un sondage vivant, utile pour les 9 candidats bruxellois présents dans la salle.

Un statisticien de l’IBSA (Institut bruxellois de statistiques et d’analyses) a compilé les chiffres de la population de 2012 pour sélectionner ces acteurs d’un spectacle. Lorsqu’ils arrivent sur scène, ils se présentent pour que le public puisse réellement s’identifier à eux.

Puis les questions s’enchaînent. Les premières affirmations permettent d’obtenir une photographie de Bruxelles. De quelle nationalité sont-ils ? Combien de langues parlent-ils ? Sept d’entre eux sont membres d’un parti politique, un possède une arme chez lui et plus d’un tiers ne votera pas aux prochaines élections régionales.

Quand on parle de politique, de leur vision du pays dans 10 ans, la plupart le voient toujours uni même si quelques-uns imaginent deux ou trois pays. Ils préfèrent aussi que Bruxelles soit gérée par des Bruxellois.

Au fil du temps, le spectateur est confronté à ses propres opinions et est parfois choqué parce que les 100 Bruxellois ne pensent pas tous comme lui lorsqu’on aborde la question de l’avortement ou de la peine de mort. Impossible de se retrouver tous dans tous les thèmes mais, ce qui est sûr, c’est que nous partageons tous une opinion en commun.

Les 9 candidats bruxellois présents l’ont aussi bien compris. Tous les partis avaient accepté l’invitation duKunsten festival mais la représentante de la NV-A a annulé au dernier moment. Pour une fois, francophones et flamands ont pu débattre ensemble de leur vision de la capitale.

Pour la majorité, 100 % Bruxelles leur a permis de se rendre compte de la diversité bruxelloise sans pour autant qu’une communauté soit prédominante par rapport à l’autre.« La difficulté est de transposer cette réalité dans notre projet politique », affirme Francis Delpérée (CDH), tête de liste à la Chambre. Pour Pascal Smet (SP-A), il faut dépasser le clivage francophone et néerlandophone pour mieux refléter la réalité de la ville. « Il faut une seule entité qui gère Bruxelles et pas 19 communes. Les francophones doivent aussi s’affranchir de la Fédération Wallonie-Bruxelles pour prendre leurs propres décisions. »

C’est alors que les autres candidats le contredisent, défendant tous l’existence des communes pour une plus grande proximité avec le citoyen et plaidant pour la rencontre entre les deux communautés linguistiques comme cela existe déjà via la culture. Mais surtout, ils souhaitent arrêter les réformes institutionnelles et tenter de répondre aux besoins de la population avec la création d’écoles ou de logements.

Enfin, eux aussi sont soumis aux questions et ils sont quasi d’accord sur tous les thèmes mais pas sur la manière d’atteindre ce but. La formation d’un gouvernement risque donc de se jouer sur des détails.

VOTE DES ÉTRANGERS : CDH ET CD&V GÊNÉS

Parmi les questions qui leur ont été posées figurait celle sur l’extension du droit de vote des étrangers pour les élections régionales. Si tous se sont installés dans le camp des pour, CDH et CD&V ont été longs pour en prendre la direction. « Les Européens peuvent voter dans leur pays alors il faut faire attention qu’il n’y ait pas de double vote », a commenté Francis Delpérée (CDH). Paul Dela(CD&V) semblait très hésitant.

Les libéraux francophones comme néerlandophones étaient beaucoup plus à l’aise sur le sujet. « Nous l’avions même déjà proposé », a rappelé Vincent De Wolf. « Mais vous ne le vouliez que pour les ressortissants de l’Union européenne, complète Karine Lalieux (PS). Pour nous, voteraux régionales doit être possible pour tous les étrangers sans distinction de nationalité. »

Quant aux écologistes, ce droit est une évidence. « Avant, les Européens venaient travailler à Bruxelles et pensaient repartir, précise Christos Doulkeridis (Ecolo).Maintenant, beaucoup d’entre eux se sentent Bruxellois et se projettent dans notre ville. Les élections régionales ont autant d’importance et d’implications sur leur vie que les communales. Bien sûr, cela doit être conditionné à un certain nombre d’années comme résidant en Belgique. »

Ecoles multilingues: le FDF s’y oppose

Eric Corijn, professeur à la VUB, a proposé la création d’un enseignement multilingue pour Bruxelles. Tous les partis se sont positionnés en faveur de cette option sauf le FDF.« Certains enfants rencontrent déjàdes difficultés pour maîtriser une des deux langues de l’enseignement, a expliqué DidierGosuinLeurs parents ne pourront pas forcément les accompagner dans leur scolarité. Je pense que le rôle de l’école est de les aider dans l’apprentissage d’une langue qui n’est pas nécessairement leur langue maternelle. »

Les autres participants voulaient surtout savoir quelles seraient les langues de cet enseignement. Ils sont en général plus favorables à ce que l’apprentissage se fasse en français et en néerlandais avec des professeurs dont c’est la langue maternelle. Les cours pourraient ainsi être donnés dans les deux langues, quelle que soit la matière.

Pour Christos Doulkeridis (Ecolo), le handicap social est un mauvais argument. L’enseignement bilingue serait au contraire une manière de sortir des problèmes de maîtrise de l’autre langue nationale. Le chemin vers l’emploi serait alors plus facile pour toute une partie de la population bruxelloise.

UN PÉAGE URBAIN: LA QUESTION LA PLUS POLÉMIQUE

Faut-il instaurer un péage urbain dans la capitale ? La question a pour mérite de diviser les candidats généralement d’accord sur les autres thèmes. Ici, les positions des partis s’affrontent. Le libéral Vincent De Wolf se positionne clairement en défaveur d’un tel projet. « Sans avoir un métro dans tous les quartiers, avec des fréquences de transports en commun plus importantes et sans parkings de dissuasion en suffisance, il est impossible de dire aux gens de ne pas prendre leur voiture. Nous n’avons pas d’alternative crédible suffisante pour instaurer un péage à Bruxelles. »

L’humaniste Francis Delpérée s’y oppose également car cela chasserait les navetteurs.

Pour Christos Doulkeridis (Ecolo) se pose la question de l’emplacement de l’infrastructure. « Le mettrions-nous pour le Pentagone, la Région ou la métropole bruxelloise ? S’il est situé à la frontière du Pentagone ou de la métropole pourquoi pas. » « Pour le Pentagone, nous faisons un piétonnier, rétorque Karine Lalieux (PS).On ne peut pas discriminer les habitants du centre. »

Groen préfère parler de taxe kilométrique selon le moment de la journée et le trajet effectué.

Quant à Didier Gosuin, il y est très favorable.

DES LISTES BILINGUES: DIVISION ENTRE FRANCOPHONES ET NÉERLANDOPHONES

Pendant un temps, il fut question de mettre sur pied des listes bilingues pour Bruxelles afin que l’électeur ne doive pas choisir un sexe linguistique au moment de voter. Une manière aussi d’en finir avec les divisions entre les deux communautés. Actuellement, cette question a été ajournée et elle divise encore les deux groupes linguistiques. Guy Vanhengel (VDL) refuse même d’en entendre parler argumentant qu’il faut arrêter les réformes institutionnelles. Ce type de listes rendrait en effet impossible l’actuelle répartition des sièges dans l’hémicycle bruxellois plutôt favorable aux néerlandophones.« Cela permet de protéger la minoriténéerlandophone bruxelloise », précise Guy Vanhengel« On ne peut pas parler de minorité mais plutôt de communauté, renchérit Francis Delpérée. Il est aussi important de rappeler que cette proposition émanait des partis néerlandophones à la base. »

Côté néerlandophone, seul Pascal Smet est pour. « Cela engendrerait un mouvement unitaire pour la capitale où les Bruxellois seraient les réels décideurs de leur avenir. Nous dépasserions enfin les clivages du XIXe siècle. »

Même Didier Gosuin (FDF) y est favorable, rappelant que pour les communales, il avait voulu mettre sur sa liste un candidat néerlandophone, ce qui n’avait pu être possible.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

NO COMMENT

Guy Duplat, comme toujours a eu le nez fin.

Pour ma part, j’ai complètement raté ce début de festival. J’espère que ce n’est pas votre cas et je m’en vais me rattraper sur la suite. Bon festival à tous. Kunstenfestivaldesarts, Bruxelles, jusqu’au 24 mai. Infos : www.kfda.be

JUSQU’AU 24 MAI

Ce 2 mai, c'est parti pour les trois semaines du Kunstenfestivaldesarts, 19e du nom. Une édition à haute teneur politique, à trois semaines des élections oblige. Ca commence fort ce vendredi 2 mai avec "100% Bruxelles", un spectacle du collectif allemand des Rimini Protokoll réunissant 100 Bruxellois sur scène. L'objectif : refléter le visage de la ville et sa diversité. Mais on pourra aussi découvrir ce soir la dernière création du collectif bruxellois Transquinquennal qui fête cette année ses 25 ans. "Quarante-et-un" s’interrogera sur la beauté, sur le rapport entre esthétique et éthique, avec humour et cynisme....

>Dans divers lieux à Bruxelles, jusqu'au 24 mai. Toutes les infos sur www.kfda.be


ON SAVOURE SON DIMANCHE AU PARC



Fini les dimanches tristounets... C'est le retour des Garden Party ! Au programme : des djs sets, des cocktails frais, des transats, des ateliers de grimage pour enfants,... Si vous loupez celle-ci, rassurez-vous,il y en aura une tous les deux premiers dimanches de chaque mois (excepté en août).

>Au parc du Cinquantenaire à Bruxelles.De 12 à 22h.

 

 

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