jeudi 15 mai 2014

GRAND FORMAT. Photos signées Camille Lepage, tuée en Centrafrique


Par Cyril Bonnet Nouvel Obs


Après Lucas Dolega en 2011, après Rémi Ochlik en 2012, une autre jeune figure du photojournalisme français est tombée. C'est Camille Lepage. Son corps sans vie a été retrouvé mardi 13 mai dans la région de Bouar, en Centrafrique, vraisemblablement à la suite d'un affrontement entre milices.

Elle n'avait que 26 ans, mais Camille était déjà une photographe expérimentée. Installée depuis deux ans au Soudan du Sud, avant migrer en Centrafrique en septembre 2013, la journaliste collaborait avec de nombreux journaux – dont le "Nouvel Obs" – et forçait l'admiration de ses collègues par son professionnalisme. En sa mémoire, et pour rendre hommage à la qualité de son travail, voici une compilation de ses photos en grand format, accompagnées des témoignages de deux photographes qui l'ont côtoyée sur le terrain, Fred Dufour et MichaëlZumstein.

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

TRISTESSE


La mort est insupportable, toujours, mais plus encore quand elle fauche un jeune talent dans le plein exercice de son art.

Les photos de Camille Lepage, 26 ans, hommage à la vie et à la jeunesse, ( "Les photos de Camille sont très belles, très propres", commente Fred Dufoursont son testament et le cri silencieux de toutes les victimes de ce métier devenu à risque qui est celui des reporters de terrain. Son regard aimant qui débusque et fustige la peur en l’exorcisant s’est éteint, à jamais.

On est atterré face à cette mort qui prend sens en donnant une noblesse extrême au métier de journaliste tant décrié par d’aucuns. Ayons tous, en les regardant en silence, une pensée pour ces admirables personnes qui ont à cœur de nous informer au péril de leur vie.

MG

 

 Jeux d'enfants au camp de réfugiés de Yida


Des jeunes réfugiés s'amusent dans le camp de Yida, au Soudan du Sud, le 1er février 2013. Camille Lepage vivait alors dans un quartier populaire de Juba, la capitale de ce nouvel état, travaillant notamment pour Médecins sans frontières. "Le Soudan du Sud, la Centrafrique, ce n'était pas à proprement parler des régions hospitalières", souligne Michaël Zumstein, photographe pour l'agence VU', qui a rencontré Camille Lepage à la fin de l'année 2013. "Camille faisait des vrais choix journalistiques."  (Camille Lepage / AFP PHOTO)

L'avion de Yida


Des enfants jouent sur une carcasse d'avion dans le camp de Yida. "Elle avait cette capacité pour aller auprès des gens", témoigne MichaëlZumstein.  (Camille Lepage / AFP PHOTO)

Portrait d'un blessé


Un homme blessé à l'hôpital de Bor, après des affrontements tribaux dans l'État de Jonglei, au Soudan du Sud, le 15 juillet 2013.  (Camille Lepage / AFP PHOTO)

Après les affrontements tribaux


Bangui, Centrafrique


Des chrétiens réfugiés dans un diocèse de Bangui, le 18 novembre 2013. C'est à cette période que Michaël Zumstein fait la connaissance de Camille, arrivée quelques semaines plus tôt. "Elle a rapidement établi des contacts avec les anti-balaka et les ex-rebelles de la Seleka", constate le photographe de VU'. "Elle avait des numéros de téléphones, elle croisait les infos."  (Camille Lepage / Polaris / Starface)

Émeute anti-Seleka


Émeute anti-Seleka à Bangui, le 17 novembre 2013. "On était un petit groupe d'une dizaine de journalistes à Bangui", se remémore Michaël Zumstein. "Quand on entendait que ça pétait, on se prévenait mutuellement. Camille était totalement impliquée dans le partage des informations."  (Camille Lepage / Polaris / Starface)

''Camille était déterminée et professionnelle''


Émeute anti-Seleka à Bangui, le 17 novembre 2013. Michaël Zumstein : "Camille était déterminée et professionnelle. Elle ne partait pas imprudemment à l'aventure."  (Camille Lepage / Polaris / Starface)

Manif' à Bangui


Marche pacifique pour réclamer la démission du Président Michel Djotodia, à Bangui, le 22 novembre 2013. "Malgré son âge, Camille connaissait le métier", affirme le photographe de VU'. "Quand on a quelqu'un de très pro face à soi, on ne se pose pas la question de l'âge."  (Camille Lepage / Polaris / Starface)

''Je n'arrivais pas à lui donner d'âge''


"Je n'arrivais pas à lui donner d'âge", appuie Fred Dufour, photographe pour l'AFP qui a également connu Camille Lepage en Centrafrique. "D'un côté, il y avait son évidente jeunesse. Et de l'autre son grand professionnalisme." Ci-dessus, l'aéroport de Bangui, où environ 30.000 personnes menacées par lesSeleka avait trouvé refuge, le 8 décembre 2013.  (Camille Lepage pour Le Nouvel Observateur)

Face aux hommes de la Seleka


Des hommes de la Seleka à Bangui, en novembre 2013. "À Bangui, ça pouvait péter dans tous les sens. Sans être une tête brûlée, Camille faisait preuve de courage et de sang froid", raconte Fred Dufour. "Un jour, elle n'a pas hésité à grimper dans un véhicule blindé pour aller au aller au cœur des violences."  (Camille Lepage pour Le Nouvel Observateur)

La jeune fille en rouge


Une jeune femme vue dans les quartiers généraux des soldats de la Fomac(Force multinationale de l'Afrique centrale) à Bangui, le 4 octobre 2013. "En tant que photographe d'agence, je bénéficiais d'une voiture et d'un chauffeur. Camille en a un jour profité pour m'accompagner à Damara", se souvient Fred Dufour.  (Camille Lepage / Polaris / Starface)

''En un sourire elle détendait l'atmosphère''

Avec les soldats français à Bangui


Un gradé de la Seleka contrôlé par un soldat français, à Bangui, fin 2013. "On faisait attention l'un à l'autre dans les moments chauds", témoigne Fred Dufour.  (Camille Lepage pour Le Nouvel Observateur)

Scène de vie quotidienne


Scène de vie quotidienne au marché PK5 de Bangui, en Centrafrique, souvent pris pour cible par les ex-rebelles de la Seleka (Camille Lepage / Polaris /Starface)

Funérailles d'un haut magistrat


Funérailles du haut magistrat Modeste Martineau Bria, en Centrafrique, le 16 novembre 2013. "Les photos de Camille sont très belles, très propres", commente Fred Dufour.  (Camille Lepage pour Le Nouvel Observateur)

Un trou rouge au côté gauche


Bangui, le 5 décembre 2013. L'attaque des rebelles anti-balaka (milices d’autodéfense qui luttent contre les Seleka) contre les musulmans de laSeleka a fait des dizaines de morts et de nombreux blessés. "Photojournaliste, c'est un métier dans lequel on prend des risques", dit Fred Dufour. "On est exposé à plus de danger qu'en restant en France derrière un bureau."  (Camille Lepage / Polaris / Starface)

''Elle restait des mois entiers sur le terrain''

 Fred Dufour : "Camille était particulièrement exposée aux dangers car elle restait des mois entiers sur le terrain. C'est triste de perdre son regard, à cet âge."  (Camille Lepage / Polaris / Starface)

''Il y aura toujours des gens comme Camille''


Sur cette photo prise par son confrère Sylvain Cherkaoui, Camille Lepage apparaît dans le stade Bonga Bonga de Bangui, le 6 octobre 2013. Quelques mois plus tard, elle perdra la vie au cours d'un reportage aux côtés des anti-balaka, sans doute victime d'une embuscade. "Notre boulot, c'est d'aller partout", dit Fred Dufour. "Ce sont les gens passionnés qui meurent. Ceux qui prennent des risques pour montrer, pour dénoncer. On le fait par amour. Il y aura toujours des gens comme Camille pour se révolter contre les injustices."  (AP Photo / Sylvain Cherkaoui)


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