mardi 6 mai 2014

Guy Verhofstadt en faiseur


Le Monde



Guy Verhofstadt, le 30 avril à Lyon, lors d'un meeting des centristes. Jeff Pachoud/AFP

Il se voit en faiseur de roi : Guy Verhofstadt entend jouer un rôle pivot dans la désignation du prochain président de la Commission européenne. Son calcul est simple : sans les voix des libéraux-démocrates, aucun des deux candidats en lice, Jean-Claude Juncker pour le Parti populaire européen (PPE), et Martin Schulz pour les sociaux-démocrates, n’a de chance de constituer une majorité assez solide au Parlement européen pour espérer remplacer José Manuel Barroso.

Le raisonnement de l’ancien premier ministre belge est d’autant plus logique que les deux principales familles politiques européennes demeurent au coude-à-coude dans les sondages. Le PPE obtiendrait 213 sièges – contre 274 dans le Parlement sortant, pour 208 élus socialistes, d’après les plus récentes estimations de l’association Pollwatch.

Fort de ce constat, le chef de file des libéraux, et ancien premier ministre belge, s’est lancé à fond dans la campagne électorale. Il ne fait pas mystère de sa vision « fédérale », mais a mis de l’eau dans son vin sur la mutualisation des dettes, et dénonce la création d’« un super Etat ». Il ne rate pas non plus une occasion de proclamer que les chefs d’Etat et de gouvernement devront tenir compte des candidats en lice, désignés dans chaque famille politique.


Martin Schulz et Guy Verhofstadt, le 29 avril à Bruxelles. Francois Lenoir/Reuters


Pour Guy Verhofstadt, comme pour d’autres responsables européens, si le chef de file de la famille arrivée en tête au soir du 25 mai parvient à rassembler la majorité de 376 voix requise au Parlement européen pour être élu, il sera dès lors très difficile au Conseil européen de l’ignorer.« Ce sera un fait politique dont il faudra tenir compte », reconnaît un haut responsable européen :« Suivre l’avis du Parlement serait la meilleure façon d’éviter un clash institutionnel » entre les eurodéputés et les chefs d’Etat et de gouvernement. Mais rien ne dit encore que ces derniers l’entendront de cette oreille, à commencer par l'Allemande Angela Merkel, et le Britannique David Cameron.

Bien sûr, l’influence de Guy Verhofstadt dépendra beaucoup du résultat des élections européennes. Son propre groupe risque de perdre des effectifs, en raison des difficultés des libéraux au Royaume-Uni, en Allemagne, et en Italie. « Si socialistes et chrétiens-démocrates rassemblent plus de 440 voix, les libéraux ne seront pas indispensables pour former une grande coalition entre gauche et droite », dit un responsable du PPE : « S’ils ont au contraire du mal à rassembler 400 élus, alors Guy Verhofstadt sera incontournable pour souder le bloc des pro-européens face aux élus eurosceptiques ».

Dans cette hypothèse, le Belge pourrait se voir offrir la présidence du Parlement européen. En cas de victoire du PPE, Jean-Claude Juncker succèderait alors à M. Barroso, et un ancien premier ministre de gauche serait pressenti pour remplacer Herman Van Rompuy. On parle de plus en plus à Bruxelles de la Danoise Helle Thorning-Schmidt, actuel chef du gouvernement dans son pays. Quant au socialiste Martin Schulz, il pourrait remplacer la travailliste Catherine Ashton comme Haut représentant pour les affaires étrangères...


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

BIEN JOUÉ GUY

Il a toutes les chance de gagner son pari. L’homme est diaboliquement habile, à la manière de Machiavel. Ne sont-ils pas tous deux un peu Toscans?

Il s’est dit qu’il préparait un livre sur le cosmopolitisme et l’interculturel. A défaut d’être théoricien, il se révèle excellent praticien et tellement volontariste. Puissent les Belges le plébisciter le 25 mai.

En cas de blocage entre Parlement et Conseil, M. Verhofstadt a même une botte secrète dans son jeu : servir de candidat de recours, si ni Martin Schulz et ni Jean-Claude Juncker ne parvenait à obtenir une majorité au Parlement ou au Conseil. Ce rôle de joker paraît cependant peu probable dans la mesure où chefs d’Etat et de gouvernement seront sans doute tentés de faire appel à une autre personnalité.

En 2004 déjà, Guy Verhofstadt avait été pressenti pour diriger le collège des commissaires, avec la bénédiction de Jacques Chirac et de Gerhard Schröder. Mais Tony Blair avait bloqué la nomination de ce partisan des "Etats-Unis d'Europe", selon le titre d'un de ses essais. Et c’est José Manuel Barroso, alors premier ministre du Portugal, qui avait été désigné à la surprise générale un peu plus tard.
D’après un sondage, seuls 7,2 % des habitants de l’Union Européenne connaissent le nom du 3ème président en exercice.
– 42,8% n’en ont jamais entendu parler,
– 19 % pensent qu’il s’agit d’un athlète,
– 13 % d’un acteur,
– 10 % d’un industriel,
– 8 % d’un criminel.

Ce qui fait le plus défaut à l’union Européenne c’est une bonne pédagogie et une communication efficace :c’est toute la différence entre un Hollande et un Di Rupo.

MG

 

Aucun commentaire: