mardi 6 mai 2014

Herman Van Rompuy: «Rétablir la confiance»


MAROUN LABAKI

Le Soir


Le président du Conseil européen était à Bozar ce lundi soir pour débattre de l’avenir de l’Europe.


 

On n’interviendra pas militairement, c’est exclu ! » Herman Van Rompuy a été très clair, lundi soir à Bruxelles, au sujet de l’Ukraine : « Il faut agir avec nos instruments, il faut aider le pays économiquement, et politiquement, à se doter de nouvelles institutions… Le pays est victime d’une entreprise de déstabilisation, par des éléments externes. Les hélicoptères n’ont tout de même pas été abattus avec des lance-pierres… ».

Le président du Conseil européen s’exprimait à Bozar, à l’occasion de la sortie de son dernier livre, L’Europe dans la tempête (éditions Racine). La soirée, co-organisée par Le Soir, l’a mis face à trois autres personnalités européennes, venues l’interroger en public : Javier Solana, notamment ancien « Monsieur diplomatie européenne » ; Emma Bonino, notamment ancienne ministre italienne des Affaires étrangères ; et Philippe Maystadt, notamment ancien patron de la Banque européenne d’investissement.

La tonalité générale des interventions au sujet de l’Ukraine était, du reste, loin d’être belliqueuse. « Le plus important, aujourd’hui, a poursuivi le président du Conseil européen, c’est que des initiatives soient prises pour rétablir une relation de confiance avec la Russie. De part et d’autre, nous avons besoin decela. L’économie russe est en récession ! Et nous dépendons de la Russie pour un tiers de notre approvisionnement en gaz ! Pour négocier, il faut être de bonne foi, or la confiance manque, dans les deux sens. »

En réponse à une question de Béatrice Delvaux, l’éditorialiste en chef du Soir, sur une éventuelle nouvelle perception de l’Union européenne par ses citoyens, Herman Van Rompuy a répondu : « Dans les nouveaux Etats membres, il y a maintenant le sentiment que l’Union est un facteur de protection. Là, c’est très clair ».

« C’est très grave ce qui se passe en Ukraine, a commenté pour sa part Javier Solana. Le pays est indépendant depuis 1991, mais la Russie vient de changer d’avis à son sujet : elle veut l’Ukraine dans son orbite. On ne peut évidemment pas l’accepter, mais ça ne veut pas dire qu’il faut faire la guerre. La Russie, c’est notre voisine. Aujourd’hui, il faut de l’intelligence, mais surtout il faut parler, parler, parler, et essayer de voir comment on peut régler cette crise ».

Durant la soirée, il n’a bien sûr pas été uniquement question de l’Ukraine. La personnalité du président du Conseil européen a été unanimement saluée, et en particulier sa méthode, son style. Philippe Maystadt a résumé : « Il a écouté les uns et les autres, et quand on voit les résultats qu’il a obtenus, on doit constater que sa méthode était la bonne ». Javier Solana y a également été de ses compliments : « Il a eu le leadership qui convient à toute structure multilatérale. Il a en fait trouvé l’équilibre entre un leadership classique et la nécessité du consensus ».

Herman Van Rompuy a, avec humour, réagi à ces propos en affirmant : « Notre expérience d’hommes politiques belges, c’est l’écoute. Nous avons une très longue expérience dans tout cela… »


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« NOTRE EXPÉRIENCE DHOMMES POLITIQUES BELGES, CEST L’ÉCOUTE »


« Le plus important, aujourd’huic’est que des initiatives soient prises pour rétablir une relation de confiance avec la Russie. De part et d’autre, nous avons besoin de cela. L’économie russe est en récession ! Et nous dépendons de la Russie pour un tiers de notre approvisionnement en gaz ! Pour négocier, il faut être de bonne foi, or la confiance manque, dans les deux sens. »

On ne saurait mieux résumer l’imbroglio ukrainien.

« Il faut parler, parler, parler, et essayer de voir comment on peut régler cette crise ». C’est visiblement ce que les Américains sont le moins capables de faire, c’est le rôle que devrait jouer l’Organisation pour la Sécurité et la Coopérationeuropéenne et qu’elle nous semble jouer assez peu. C’est aussi ce qu’on est en droit d’attendre de l’Allemagne après près de cinquante ans de Ostpolitikintensive et de coopération avec Moscou.

« Van Rompuy a eu le leadership qui convient à toute structure multilatérale. Il a en fait trouvé l’équilibre entre un leadership classique et la nécessité du consensus ». Ca c’est du belge ! Une qualité belge appréciée dans l’Europe entière mais qui chez nous est une vertu en voie de disparition à cause du jusqu’auboutisme de Bart De Wever qui a induit celui de Elio Di Rupo.

 

« Notre expérience d’hommes politiques belges, c’est l’écoute. Nous avons une très longue expérience dans tout cela… »

Le savoir-faire politique belge (sens de l’écoute, du respect de l’autre,  du dialogue, du compromis et du consensus) est ce qui va nous manquer le plus en Belgique avec la génération De Wever-Weyts-Homans-Jambon-Chevalier et les autres mais aussi en Europe singulièrement face à Poutine mais aussi pour plus d’unité de décision de transferts de souveraineté nationale bref de cosmopolitisme européen.

Ces qualités ont été celles des grands politiciens du CVP : Eyskens père et fils, Martens, Dehaene, Van Rompuy et bien d’autres. Certes le style Van Rompuy semble besogneux et peu flamboyant mais c’est la politique des petits pas discrets et efficaces.

C’est pour cela que Guy Verhofstadt qui les possède également, tout en étant plus volontariste, serait un excellent successeur de Barroso, Van Rompuy ou à défautde Lady Ashton.

MG

 

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