jeudi 22 mai 2014

LA N-VA A "LES MEILLEURES INTENTIONS À L'ÉGARD" DES FRANCOPHONES

Le Vif

Source: Belga 

Le président de la N-VA s'est adressé "directement", en français et avec "les meilleures intentions", aux francophones dans une vidéo de moins de trois minutes postée sur Twitter, inaugurant ainsi son compte. Il a demandé "le bénéfice du doute" et de "donner (à la N-VA) une chance de réformer ce pays".



© Capture d'écran YouTube

"Vulpem pilum mutare, non mores" (Le renard change d'apparence mais pas de mœurs), a répondu le PS dans un communiqué, utilisant une de ces citations latines dont M. De Wever est friand. "Votre duplicité ne trompe personne, M. De Wever", explicite-t-il. L'intervention du président de la N-VA dans une capsule vidéo où il demande la confiance des francophones pour réformer le pays démontre aux yeux du PS que son cynisme "n'a pas de limite".

"Après avoir insulté et stigmatisé les Wallons et les Bruxellois pendant des années, après avoir clairement admis dans le débat avec le président du PS, PaulMagnette, qu'il veut la scission de la sécurité sociale et la fin du pays, Bart De Wever demande maintenant la confiance des francophones", résume le Parti socialiste. S'en prenant à son principal rival francophone, le PS rappelle que Bart De Wever a déclaré que les Wallons l'aideraient en votant MR et que, selon une étude de l'UCL et de l'Université d'Anvers, les propositions socio-économiques du MR sont identiques à 66% avec celles de la N-VA.

Sur son compte Twitter, le Premier ministre Elio Di Rupo (PS) a pour sa part répondu par un dicton flamand: "Een kat in het nauw maakt rare sprongen", qui pourrait se traduire par "Dans l'embarras, le chat s'agite bizarrement". A quatre jours du scrutin, le PS se définit comme "le seul parti capable de défendre les intérêts de tous les francophones, de garantir la stabilité du pays, de la Sécu et de l'index et de soutenir les travailleurs", une position que ses principaux rivaux francophones lui contestent.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

"VULPEM PILUM MUTARE, NON MORES"

Il n’est plus temps de commenter. Je préfère reproduire les avis de deux internautes qui affirment avec une belle lucidité :

« L'heure n'est plus au clivage gauche-droite, mais au pragmatisme. Comment peut-on rêver d'un demain toujours plus généreux et « assistant » ? Quand les fonds publics fédéraux sont vides, il faudra utiliser les réserves des entités fédérées, ensuite ... toutes les caisses seront à sec, La pression budgétaire (notamment dictée par le FMI et relayée par l'Europe), imposera de fermer les robinets sociaux. Les quartiers les plus défavorisés descendront dans la rue. Soyons optimistes ; Wallons, remettez-vous au travail. Peu importe si le boulot ne correspond pas à votre diplôme ou à vos qualifications. Tout boulot vaut mieux que la misère. Si les Wallons se relèvent, les Flamands ne penseront plus à la scission, car ils savent que nous serons plus forts ensemble que séparés. »

« Le passé, c'est le passé. L'important, c'est demain. Et demain, que l'on soit chrétien de droite, gauchiste athée, bouddhiste écolo ou autre combinaison, quel sera le sort d'un Flamand, d'un Wallon, d'un Bruxellois et même d'un Européen ? Ce sera le même ! Quand je constate le peu d'intérêt que tous nos politiques, même écologistes, portent aux graves problèmes d'environnement, je ne crois pas me tromper en estimant que tous nous allons, à plus ou moins brève échéance, nous retrouver confrontés à des besoins primaires : manger, boire, dormir, être à l'abri du froid et de la chaleur »

Non, il n’est pas du vraiment déraisonnable d’écrire cela.



 «DONNEZ UNE CHANCE À LA N-VA»: LE MESSAGE DE BART DE WEVER AUX FRANCOPHONES

Corentin Di Prima, Gil Durand 
Le Soir

Le président de la N-VA a publié ses deux premiers tweets, seule façon, selon lui, de s’adresser directement au sud du pays.

« Je peux comprendre vos inquiétudes concernant les projets de mon parti », dit-il dans une vidéo postée sur YouTube. « Elio Di Rupo refuse tout débat avec moi, mais n’arrête pas de m’attaquer personnellement, sans me donner la chance de répondre. C’est la raison pour laquelle je tiens cette fois-ci à m’adresser à vous ». « Nous vivons dans deux démocraties différentes (…). Je veux faire cadrer la structure de ce pays avec cette réalité », dit-il, appellant francophones et Flamands à aller de l’avant. « Le modèle du PS nuit à votre prospérité. Je veux donc vous proposer une alternative. »« Je suis honnête avec vous, je joue cartes sur table. (…) Je vous demande seulement de donner une chance à la N-VA »a-t-il conclu. 

 

DI RUPO ET MAGNETTE RÉPLIQUENT

Le Premier ministre et le président du PS ont quasi instantanément réagi, via Twitter. Dans un tweet en néerlandais, Elio Di Rupo a laconiquement dit : « Un chat en détresse fait des bonds étranges ».

 

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

EXCELLENTE PEDAGOGIE MAIS QUID DE LINTERCULTUREL ?


Les jeux sont faits, ou presque, rien ne va plus. Chacun s’est fait son opinion ou presque, même DiverCity a pris position. Certes il reste les indécis, les impulsifs qui décideront avec leurs nerfs et leurs tripes en entrant dans l’isoloir.

A ceux-là et à tous les autres, je recommande la lecture du long article qui suit et qui situe les enjeux de dimanche dans une perspective de temps long. On ne peut pas comprendre la complexité de la situation belge sans cet excellent éclairagepédagogique.

Je demande pardon aux lecteurs de DiverCity d’avoir accordé tant de place à ces élections au fil des dernières semaines. Cet exercice éreintant m’aura aidé à mieux comprendre les rouages de la complexité belge et bruxelloise. J’espère qu’il vous aura aidés à éclairer vos choix de dimanche. Je dois à la vérité de dire que le mot « interculturel » est absent du vocabulaire d’une majorité de candidats bruxellois. C’est navrant, c’est même préoccupant. Personnellement je ne voterai que pour des hommes et des femmes  dont l’interculturel est la bannière, j’en ai pointé plusieurs, il y en a sûrement d’autres encore. Accordez leur votre confiance.

MG

 

 

POURQUOI LA WALLONIE A VIRÉ À GAUCHE ET LA FLANDRE À DROITE

Pierre Havaux

Le Vif


Gauche ! Droite ! Le choc prévu le 25 mai ne surgit pas du néant. Le « grand Satan » socialiste fait depuis cent ans la pluie et le beau temps en Wallonie. La Flandre catholique s’en est remise à Dieu et aux croisés de la droite pour le repousser. Le Vif/L’Express revient sur une tragédie en cinq actes.



Bart De Wever et Elio Di Rupo © Belga

Bart De Wever en fait le moteur de son dessein et de son destin politiques. Flandre et Wallonie n’évoluent pas sur une même planète. Le nord a résolument basculé à droite ou au centre droit, le sud persiste à incliner à gauche ou au centre gauche. Le président de la N-VA presse l’électeur d’en prendre acte, ce 25 mai : entre le modèle N-VA et le modèle PS, il faut choisir. Avec l’espoir de pousser plus loin le raisonnement : qui ne se ressemble pas ne devrait plus s’assembler. 
Le temps présent, suspendu aux sondages préélectoraux, semble donner raison à De Wever. L’Histoire, avec un grand H, ne lui donne pas non plus complètement tort. « Flandre et Wallonie n’ont jamais voté dans la même direction, ni de la même manière », souligne Pascal Delwit, politologue à l’ULB. Vieille histoire. Elle s’emballe il y a cent ans, lorsque le suffrage partiellement universel bouleverse l’ordre politique établi.

ACTE I : MER ROUGE EN WALLONIE

1893. Un homme égale désormais une voix, même si les plus fortunés et/ou les plus instruits ont droit jusqu’à trois bulletins de vote. Le Parti ouvrier belge pavoise : il réussit à faire admettre dans l’isoloir les masses prolétaires du sillon industriel wallon.

Ce réservoir électoral, acquis à la cause socialiste, ne déçoit pas l’ancêtre du PS. 1894, premier scrutin sous le signe du suffrage universel tempéré par le vote plural : le POB rafle sans crier gare 28 sièges de députés. D’emblée, il prend ses quartiers au sud du pays : première formation politique en Hainaut (17 sièges sur 26) et à Liège (10 sur 19). La gauche tient ses deux bastions et ne les cèdera plus. Ils sont wallons.

La Flandre exprime d’autres préférences : la formule du suffrage universel couplée au système à la majorité absolue, sourit largement aux élites catholiques. Le paysage politique prend une toute nouvelle tournure. « Les catholiques sont dominants en Flandre, le POB le devient dans l’axe industriel wallon », relève Pascal Delwit. La Belgique affiche son vrai visage politique. Celui d’un pays à deux vitesses, face à la révolution industrielle.

La Wallonie bout littéralement autour des industries en plein essor. Son demi-million d’ouvriers d’usine, prompts aux réflexes révolutionnaires, se forgent une conscience sociale et politique plus élevée qu’au nord du pays. Le POB y trouve son bonheur.

La Flandre, hormis quelques pôles industriels à Gand et Anvers, reste sagement agricole. Sous l’emprise de l’Eglise. C’est avec le secours de la religion que le monde patronal et les milieux conservateurs entendent repousser la marée rouge qui sème tant l’effroi.

ACTE II: ALLES VOOR VLAANDEREN, VLAANDEREN VOOR KRISTUS

Les catholiques jouent à fond la carte flamande pour asseoir et maintenir leur mainmise sur les campagnes. Ils développent une allergie à tout ce qui est urbain, cultivent la mentalité villageoise moins portée sur l’ouverture et la circulation des idées. Ils se font le défenseur de la langue populaire, la langue des villages, opposée à la langue des villes francisées. Voilà comment, observe Pascal Delwit, « l’affirmation du néerlandais se décline aussi comme une réaction au français, qui est langue des Lumières. Autrement dit, la langue des libéraux et, bientôt, des socialistes ».

L‘Eglise lie son salut à la cause flamande, avec la bénédiction des évêques. Ils sont trop heureux de délivrer d’une tentation de virer à gauche ces paysans flamands déracinés « qui ne s’étaient pas encore mentalement libérés des structures sociales et autoritaires du village dominé par le baron et le curé », selon l’historienne Els Witte (VUB).

La Flandre secrète son antidote : la démocratie chrétienne, qui s’enchevêtre au mouvement flamand pour insuffler un vent de renouveau au sein d’un parti catholique conservateur. Plus question de laisser les prolétaires sur le bord du chemin : il faut contrer la dangereuse concurrence surgie de la gauche. L’empêcher de faire main-basse sur l’axe industriel naissant Anvers-Boom-Bruxelles, ou le Limbourg minier. «La mouvance catholique est tellement importante en Flandre qu’elle empêche sa population de basculer dans le monde socialiste. Le syndicat en Flandre est antisocialiste », reprend Els Witte.

Les flamingants ont aussi choisi leur camp : il sera catholique. « Le prix à payer par le mouvement flamand est de voir renforcée son opposition au socialisme, le grand ennemi de la démocratie chrétienne », constate l’historien Lode Wils(KUL). La messe est dite : « Le mouvement flamand s’identifie clairement comme catholique sur le plan philosophique, et de droite sur le plan politique.»

Action - réaction : libéraux anticléricaux et socialistes vont trouver l’herbe plus verte dans le pré wallon. « Le mouvement wallon se veut une réponse à la prédominance catholique en Belgique, qui repose principalement dans les provinces flamandes. »

Ainsi émergent « deux mondes sociologiques », note Pascal Delwit : « Socialistes et catholiques construisent lentement de véritables sociétés ou contre-sociétés.» Logique de blocs. Elle peut mener très loin : l’allergie des parlementaires socialistes wallons aux revendications flamingantes les conduit à tourner le dos aux nombreux prolétaires flamands qui travaillent en Wallonie.

Cette Eglise qui veille à faire de la Flandre sa chasse gardée, se résigne à une Wallonie fortement déchristianisée, faute d’avoir « veillé à temps à la récupération des ouvriers », souligne l’historien Jan Craeybeckx (VUB). La démocratie chrétienne prend certes aussi racine au sud, mais sur un terrain que la gauche a déjà largement labouré.

Le « grand Satan » est d’abord et avant tout socialiste et wallon. La droite flamande s’en remet à Dieu pour le repousser. « L’opposition politico-religieuse a exercé une influence décisive sur l’opposition entre Wallons et Flamands. C’est la Flandre arriérée et cléricale opposée à une Wallonie progressiste et éclairée », note Lode Wils
L’unité du pays en souffre. Le système électoral majoritaire la met en péril, en entretenant l’opposition politique entre les régions. Marquée par « un quasi-monopole catholique de la représentation parlementaire flamande et une large majorité anticléricale dans la représentation parlementaire wallonne».

Alors que les cathos n’ont quasi aucune chance d’être élus en Hainaut ou à Liège au XIXe siècle, aucun libéral ou socialiste ne l’est en pays flamand entre 1886 et 1900. La représentation proportionnelle, introduite en 1899 pour ouvrir le jeu politique, atténue la tendance lourde. Mais sans l’inverser.

A la veille de la Grande Guerre, les élections générales de 1912 confirment les caps divergents. « La répartition des voix était alarmante. Le pays se trouvait coupé en deux : le pays flamand a donné ses voix à la droite, la Wallonie et Bruxelles à la gauche. Le clivage linguistique était aussi politique et religieux », écrit l’historienne Marie-Rose Thielemans (ULB).

Acte III : sur un air de Front populaire en Wallonie, de penchant fascisant en Flandre

Flamands et Wallons retrouvent leurs penchants politiques, attisés par la tragique parenthèse de la guerre 1914-1918. Le sentiment antibelge enfle en Flandre. Il succombe aux conceptions autoritaires de droite, à relents fascisants, en vogue durant l’entre-deux-guerres. La conversion est chose aisée : la tradition catholique conservatrice offre un terreau favorable. Le Vlaams NationaalVerbond (VNV), avec ses revendications droitières et son penchant autoritaire, perce parmi la classe moyenne flamande. Virage à droite toute de la Flandre flamingante. Jusqu’à l’extrême : « Le fascisme occupe une position prédominante au sein du nationalisme flamand », relève encore Lode Wils.

Durant l’entre-deux-guerres, la Wallonie voit au contraire majoritairement rouge. Et même rouge foncé. L’historien Jan Craeybeckx le constate : sauf en 1921 et en 1939, les partis qui se réclament uniquement de la classe ouvrière obtiennent ensemble plus de la moitié des voix en Wallonie. Avec en prime, « un glissement des voix socialistes vers le parti communiste, surtout sensible après 1936».

1936, rendez-vous électoral. Nouveau choc de deux mondes, observé par LodeWils. « D’un côté, en Belgique francophone, un front populaire composé de communistes et de socialistes. De l’autre, une concentration flamande de droite où se retrouvent catholiques et nationalistes.» 
La percée des rexistes emmenés par Léon Degrelle rappelle que les francophones ne sont pas immunisés contre l’extrême droite. Cette versiondroitisée du catholicisme cartonne au Luxembourg et dans le Namurois. Mais elle est un feu de paille sur le plan électoral.

ACTE IV : RIDEAU DE FER POLITIQUE LE LONG DE LA FRONTIÈRE LINGUISTIQUE

1940-1945 repasse les plats. Hitler et sa « Flamenpolitik » achève la besogne entamée par l’occupant allemand durant la Première Guerre. Le Führer a divisé Flamands et Wallons pour mieux régner. Il peut se vanter d’avoir posé une bombe à retardement sous leurs pieds.

Elle éclate à la Libération. Le scrutin législatif de février 1946, premier de l’après- guerre, confirme l’ampleur de la déchirure. Les catholiques décrochent 60% de leurs sièges en pays flamand, socialistes et communistes obtiennent 62% de leurs élus en Wallonie. En Hainaut, 25% des électeurs ont voté pour les communistes staliniens, près de 42% se sont prononcés en faveur des socialistes, qui sont alors d’obédience marxiste.

Cette Wallonie marquée au fer rouge, aux portes de la Flandre chevillée à la droite, fait trembler le nord d’effroi. Le CVP a fait campagne sur le slogan «Tegen de Rode Dictatuur », « Non à la dictature rouge ». Au moment où le Britannique Winston Churchill affirme qu’un rideau de fer divise l’Europe, « un rideau politique, qui longe la frontière linguistique, coupe la Belgique en deux », commente Lode Wils.

Le mouvement wallon, rallié par la gauche, bombe le torse. Il a joué la carte antinazie. Il sort de la guerre, auréolé du prestige de son action dans la Résistance. Le mouvement flamand, versé à droite, ne peut en dire autant. L’heure est venue de rendre des comptes pour ses connivences avec l’occupant.

A ce stade, le clash prend une tournure irréversible. « Une opposition inconciliable entre une Flandre de droite et une Wallonie de gauche apparaît à propos de la répression de la collaboration », selon Lode Wils. La fracture se cristallise sur un Roi : Léopold III, dont l’attitude durant la guerre pose lourdement question. Sa politique étrangère, son image pro-flamande, ses conceptions autoritaires, séduisent les milieux de la droite flamande. Ils apprécient d’autant moins le régent Charles et la reine-mère Elisabeth, veuve d’Albert Ier, connue pour ses sympathies procommunistes.

Raison de plus pour le mouvement wallon de se déclarer farouchement anti-léopoldiste, jusqu’à en devenir antibelge. Cela a le don d’agacer en Flandre : « Des proflamands de gauche en arrivent à vouloir le retour du Roi », épingle l’historien louvaniste.

Exit Léopold III. La majorité catholique en Flandre a vainement voté pour le retour du souverain sur le trône, elle a dû plier face à la Wallonie de gauche. Elle en est définitivement traumatisée.

Le mouvement flamand redresse lentement la tête. C’est sous l’impulsion d’économistes et de cadres majoritairement issus de l’ancien VNV. Ils ont tout le loisir de redonner au combat flamand un profil de droite, vu que la gauche leur abandonne le terrain. « Le fait que la gauche ne passe pas l’éponge sur la Seconde Guerre mondiale aussi facilement que les catholiques, joue certainement un rôle », note Lode Wils.

La roue de l’économie tourne. La Wallonie décline, sans renier ses amours de toujours. Elle continue de lier son sort à la gauche, préfère se dire victime du voisin. « Les wallingants doivent leur fierté à l’image de gauche qu’ils ont d’eux-mêmes. Ils puisent leurs racines dans la Révolution française et ses droits de l’homme, qu’ils doivent défendre face à des flamingants de droite.»

ACTE V : GAUCHE QUI RIT EN WALLONIE, QUI PLEURE EN FLANDRE

En s’industrialisant, la Flandre se découvre des pulsions contestataires. Des ouvriers flamands qui se rebiffent, cela existe aussi : « A la fin des années soixante et dans le courant des années septante, les travailleurs se montrèrent, dans les régions flamandes d’industrialisation récente, aussi combatifs que leurs camarades wallons. Ils cessèrent d’avoir un comportement docile », rapporte JanCraeybeckx.

Sauf que le décollage industriel de la Flandre intervient « à un moment où le mouvement socialiste amorce déjà un reflux à l’échelle européenne », note Pascal Delwit. Le fond de l’air devient libéral. La Flandre de gauche a trop de longueurs de retard pour pouvoir dupliquer la Wallonie de gauche.

On ne peut être socialiste au nord du pays, relativement prospère et globalement épargné par le chômage, de la même manière qu’au sud, en proie à de grosses difficultés économiques et sociales, observe Serge Govaert, chercheur au Crisp. « L’idéologie égalitaire, qui a étayé les succès socialistes, reste largement répandue en Wallonie alors qu’en Flandre, elle est davantage battue en brèche par l’essor du libéralisme ou du néolibéralisme.»

Le mouvement socialiste flamand fait pourtant mieux que se défendre. Durant près de quarante ans, il est resté la deuxième formation politique en Flandre. Mais il se met à souffrir d’une féroce concurrence. Elle vient, qui l’eût cru, de la droite nationaliste. Sous sa forme extrême et raciste : le Vlaams Blok siphonne une partie de l’électorat ouvrier et populaire, classiquement acquis au socialisme.

La gauche en Wallonie ne connaît pas ces tourments existentiels. Le PS y règne et gouverne, encore et toujours. Loin de tout romantisme révolutionnaire. «Le PS réussit à garder dans son électorat cette couche sociale qui s’est mise à voter en Flandre pour le Vlaams Blok, lequel n’a pas d’équivalent en Wallonie », explique l’historienne Els Witte.

La droite reste une veine inépuisable en Flandre. Aujourd’hui exploitée par la N-VA « au profil extrêmement libéral en économie et à droite sur les questions de société», résume Pascal Delwit. Et c’est encore un succès. Il illustre « le difficile destin d’un parti de gauche dans une Flandre riche, culturellement conservatrice et pourtant inquiète». Car le « grand Satan » socialiste n’a toujours pas déguerpi de Wallonie.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

PLUS ÇA CHANGE, PLUS C’EST LA MÊME CHOSE


C’est la conviction de Yves Desmedt, c’est aussi celle de DiverCity qui pense qu’on va vers un Di Rupo II. Le moins qu’on puisse dire c’est que cette campagne rude, qui aura été celle de la polarisation gauche droite, Flandre-Wallonie, inclus-exclus, nous aura permis de revisiter l’histoire de Belgique et pas seulement d’un point de vue wallon et francophone.

Nous sommes à la croisée des chemins en Belgique, en Europe (tous les Européens s’expriment dimanche et Marine Le Pen est donnée gagnante chez les Français : « les cons ») mais aussi dans le monde. La redoutable crise ukrainienne devrait prendre également un tour nouveau en ce dimanche d’élections présidentielles.

Rarement autant d’enjeux ce seront concentrés en une seule journée. Puissent les enseignants du royaume attirer l’attention de leurs élèves adolescents sur la dimension exceptionnellement grave des enjeux du 25 mai 2014, la journée de tous les dangers.

Puisse chacun en profiter pour réfléchir, en toute lucidité à ce que nous réserve l’avenir, en toute rigueur, en toute lucidité et en pleine conscience de ses responsabilités citoyennes : « im ständigen Dialog mit sichselbts » (Hannah Arendt).

C’est que dans le dialogue intime avec soi que se mûrissent les meilleures décisions. A chacun donc selon ses convictions intimes.

MG


 

MODÈLE CD&V CONTRE MODÈLE N-VA (II)

Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef 

Il reste quelques jours d’ici à l’élection ; et en Flandre, ces jours-ci vont compter double. Alors que tout semblait plié avec une N-VA surpuissante, l’idée que les jeux ne sont pas faits et qu’il reste des points cruciaux à gagner, fait plus que son chemin au nord du pays. Les scores obtenus seront en effet déterminants. Ils permettront 1) d’afficher le rapport de forces – une N-VA sous les 30 % et un CD&V au-dessus de 20 %, c’est une tout autre chanson qu’une N-VA au-dessus des 30 % et un CD&V sous les 20 % –, et 2) de comptabiliser les coalitions et, en particulier, la somme que feraient les partis aujourd’hui au gouvernement.

Alors que Bart De Wever fait tout pour convaincre que les partis qui comptent en Flandre pensent comme lui – même le SPA, qui n’en est toujours pas revenu – et que l’ennemi, c’est le PS, le CD&V, lui, fait tout ce qu’il peut pour démontrer que si pour De Wever il a le goût de la N-VA, il n’est en fait pas du tout la N-VA. Là où le parti nationaliste divise, le CD&V unit. Là où De Wever coupe des liens, Kris Peeters bâtit des ponts.

«  Il y en a qui propagent une idée fausse de la Wallonie, une région où tout tournerait mal, où rien ne fonctionnerait. Rien n’est plus faux  » : il faut reconnaître que cela nous change du junkie wallon. Toutefois, les paroles prononcées à Seraing et à Mons hier par le ténor du CD&V, Kris Peeters, ne visaient pas les oreilles wallonnes mais flamandes. L’idée est de montrer, « opzijn Jean-Luc ’s », à la façon de Jean-Luc, que les hommes du parti chrétien démocrate s’inscrivent dans la tradition des Dehaene et autres Martens et sont donc des rassembleurs qui conduisent une société inclusive vers le futur. Cinq jours avant l’élection, c’est un peu tard pour ce coming out appuyé, mais on dirait que le décès de Dehaene a aidé son parti à assumer pleinement sa différence, interposant fortement désormais, entre les modèles N-VA et PS, le modèle CD&V.

Bart De Wever pendant ce temps peaufine son image, version toujours nationaliste mais surtout « macho » de la politique : l’homme qui parle vrai et ose les tabous. Mettre le PS hors jeu, séparer la Belgique et la Sécu font partie du lot. Comme sa sortie musclée récente sur les gens qui sont au chômage parce qu’ils le veulent bien (on résume). Dérapage ? Contrôlé alors, car De Wever conforte ainsi, comme par d’autres discours notamment sur l’immigration, la potentielle masse silencieuse qui, « au fond », pense comme lui.

Qu’est-ce qui, du réflexe de solidarité ou de l’envie de mettre certains au pas, va gagner la partie ? C’est la question quasi existentielle qui est posée dimanche à la Flandre.

Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef (Le Soir)

 

VAN PARIJS AAN FRANSTALIGE KIEZER: 'STEM VLAAMS'

door Laurent Vermeersch © brusselnieuws.be

Brussel

Franstalige Brusselaars die een doorbraak van N-VA vrezenmoeten opandere Vlaamse partijen stemmenDat zegt UCL-professor Philippe VanParijs, die overigens nog wel meer redenen ziet om straks voor hetNederlandstalig kiescollege te stemmen.



Vorige week bleek dat het aantal (officieelNederlandstalige kiesgerechtigdenverder is gedaaldDat hoeft echter niet per se te betekenen dat het aantalstemmen op Nederlandstalige lijsten ook opnieuw achteruit zal gaanVooreerstzijn de Vlaamse lijsten diverser dan ooitbovendien krijgen ze nu ook de steunvan filosoof-econoom-socioloog-linguïst Philippe Van Parijs.

Onder meer via Twitter roept de UCL-professor Franstalige Brusselaars op omzondag op Nederlandstalige lijsten te stemmenHij ziet daarvoor vier goederedenen. De eerste, en volgens hem minst belangrijke, is het gevaar voor eenblokkering van de Brusselse instellingen door N-VA en Vlaams Belang.

"Een partij zoals het FDF waarschuwt voor de opmars van N-VA, maar zegt erniet bij wat de conclusie dan moet zijn", zegt Van Parijs aan brusselnieuws.be. "Een stem voor FDF of een andere Franstalige partij zal de mogelijkeblokkering niet tegenhoudenEen stem voor een niet-nationalistische Vlaamsepartij kan daar wel toe bijdragen."

 

NEDERLANDSTALIG ONDERWIJS
Een tweede reden is de grotere impact van één stem voor het Brusselsparlement. Door de gewaarborgde vertegenwoordiging en het kleiner aantalstemmers, kunnen kandidaten op Nederlandstalige lijsten met veel minderstemmen een zetel veroverenEen Nederlandstalige kandidaat heeft ongeveer dehelft van de stemmen van een Franstalige nodig om verkozen te raken.

Derde motivatie voor Van Parijs is de extra keuze voor het Vlaams parlement. "Het is voor alle Brusselaars zinvol om hun stem uit te brengen voor het Vlaamsparlement want op het Vlaamse niveau worden belangrijke beslissingengenomen voor de stad, met name op het vlak van onderwijsVergeet niet dat in het Nederlandstalig onderwijs in Brussel meer leerlingen uit Frans- ofanderstalige gezinnen zittendan leerlingen uit Nederlandstalige gezinnen."

TWEE STAMMETJES
Tot slot vindt Van Parijs de twee kiescolleges hopeloos achterhaald. "Brussel teltvolgens de laatste taalbarometer nog slechts 34 procent inwoners die enkel hetFrans en 5 die enkel het Nederlands als moedertaal hebbenHet is absurd omvast te houden aan een systeem dat uitgaat van een stad met twee etnischestammetjes. Het beste bewijs is dat tegenwoordig alle Vlaamse partijenook N-VA, campagne voeren in het Frans."

Met de Paviagroep pleit Van Parijs al langer voor de afschaffing van de tweekiescolleges in Brussel. "De gewaarborgde vertegenwoordiging van deNederlandstaligen in het parlement en de regering kan behouden worden via quota", vindt hij.

In de Franstalige media kreeg de oproep voorlopig nog weinig gehoor, maar VanParijs zal zelf in elk geval voor Nederlandstalige kandidaten stemmen. "Ookandere leden van mijn gezin zullen dat doenEén reden is misschien niet genoegom de stap te zetten, maar vier dat kan tellen."


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

VOTER INTELLIGENT

Le point de vue de Van Parijs est séduisant mais beaucoup hésitent à franchir un tel pas. C’est un des privilèges des Bruxellois que de pouvoir panacher, il est permis en effet de voter différemment pour la Région, la Chambre et l’Europe et de choisir chaque fois son groupe linguistique (liste francophone ou liste flamande) en sachant, comme le rappelle Van Parijs qu’ effectivementen région bruxelloise il faut deux fois moins de voix pour élire un député flamand que son homologue francophone.

Cet exercice exigera de chacun de nous un bon quart d’heure de réflexion lucide. Surtout ne pas voter pour une liste, mais bien pour un -et de préférence-plusieurs candidats de cette liste. Cela, c’est donner du poids à ceux que nous apprécions et qui ont notre confiance. Voter blanc est une aberration, il faut cette fois plus que jamais marquer le coup et voter intelligent, donc utile.

MG

 

 

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