dimanche 25 mai 2014

La N-VA rafle tout, y compris la clé du pays


François Mathieu 

Au Nord, un Flamand sur trois a voté pour la N-VA. Le CD&V résiste, avec 20,5 % des suffrages. Le MR et le PS sont au coude-à-coude à Bruxelles... et en Wallonie. Ecolo est en chute libre partout et le PTB fait une belle percée en Wallonie. La synthèse des résultats, les enjeux et le direct.



La N-VA est le grand vainqueur du scrutin

Ce dimanche, trois scrutins ont décidé de l’avenir de la Belgique. Les parlements régionaux, fédéraux et européens seront renouvelés. Près de huit millions d’électeurs - dont Albert et Paola... - se sont rendus aux urnes dès 8 heures dans les 10.915 bureaux répartis sur les 209 cantons électoraux du pays.




Au Parlement flamand, sur la base de 70 % des bureaux de vote dépouillés, la N-VA pointe à près de 32,8 % des voix. Le CD&V résiste, avec 20,5 % des voix. Le parti de Wouter Beke est en recul de 2 % par rapport au scrutin de 2009. Une majorité CD&V/N-VA pourrait donc se dégager. Le président du CD&V Wouter Beke a été le premier à s’exprimer  aux alentours de 19h00: « Tous les résultats ne sont pas encore connus mais on peut dire que nous avons atteint nos objectifs.  » Il est encore un peu tôt pour affirmer qu’il y a eu un effet « Dehaene » mais le parti, dont on savait qu’il serait l’une des clés pour déverrouiller l’après-scrutin, est le deuxième en Flandre avec un score de plus de 20 %, ce qui est symboliquement important. La figure de proue du parti, Kris Peeters, a toutefois déclaré à la VRT que la clé principale était dans les mains de la N-VA. A lire aussi : le CD&V reconnaît la victoire de la N-VA .

En guide de réponse, Bart de Wever a déclaré que le « courage avait gagné contre la violence. Les électeurs ont voté pour le changement. Nous avons la grande responsabilité démocratique de relancer l’économie de la Belgique; il faut le changement pour le progrès. Notre mission, en tant que premier parti du pays, n’est pas simple mais nous devrons rapidement trouver les partenaires forts pour trouver une coalition forte pour la Flandre. Nous devons aussi défendre la Flandre au niveau fédéral. Nous sommes prêts à prendre l’initiative mais ce sera difficile car jamais le fossé n’a été aussi grand entre les deux démocraties du Nord et du Sud. » > Le discours complet de Bart De Wever.

Toujours côté flamand, on constate également que le Vlaams Belang, sans trop de surprise, est en très net repli, à 6 % suivant les cantons, proche du seuil d’éligibilité. Beaucoup d’observateurs s’attendaient en effet à ce que les nationalistes de Bart De Wever siphonnent pas mal des voix du parti d’extrême-droite. Le SP.A tient le choc (13,5 %, -1,7 %). Les libéraux de l’Open VLD perdent quelques plumes, à 12 % (-3 %).



Dans le Sud du pays, sur la base de 30 % des bureaux de vote dépouillés, les écologistes semblent être les grands perdants du scrutin . En Wallonie, le PS reste le premier parti avec près de 30 % des voix mais les libéraux sont, en netteprogression (+3 %, à 27 %), ne sont pas très loin. Le PTB cartonne puisque le parti d’extrême-gauche s’inscrit à près de 6 %. Le Parti Populaire de Modrikamen est juste en-dessous du seuil d’élibilité de 5 %, à 4,7 %.

A Bruxelles, sur la base de 30 % des bureaux de vote dépouillés, le MR et le PS sont au coude-à-coude : 24 % pour les socialistes et 25,5 % pour les libéraux. Le CDH est en net repli, à 11 % (14,8 % en 2009) tandis qu’Ecolo est en très net recul, à 11 % (-9 %).Le coude-à-coude à Bruxelles . Ce qu’il faut retenir à Bruxelles, c’est le score important réalisé par le FDF : 15,5 %.

FÉDÉRALES

Au Nord, la formation de Bart De Wever semble d’ores et déjà incontournable. Du reste, le Premier flamand, Kris Peeters (CD&CV) a déclaré vers 19h que la N-VA devait dès demain prendre la main pour annoncer à qui il souhaitait lancer des invitations en vue de la formation de gouvernement. Le rêve du parti nationaliste – Bart De Wever l’a maintes fois répété, notamment au cours de débats avec Paul Magnette (PS) – est de former un gouvernement flamand d’abord, idéalement avec le CD&V avant de forcer la porte du fédéral, en rejetant les socialistes (PS) dans l’opposition.

Ensemble, les deux premiers partis de Flandre ont près de 53 %. Dans son allocution vers 19h40, Bart De Wever s’est dit prêt à prendre l’initiative mais a lourdement insisté sur le fait que le fossé entre le Nord et le Sud n’avait jamais été aussi grand. Et que la tâche des nationalistes flamands n’avait jamais été aussi grande. « C’est encore plus compliqué », a-t-il lancé. Ce qu’on peut retenir, c’est que le CD&V ne se prononce pas encore en faveur d’une telle alliance. Prudence, donc... car à y regarder de plus près, les trois partis traditionnels, côté flamand, n’ont pas loin de la majorité.

Côté francophone, les regards sont tournés vers le PS. D’emblée, dans son discours, le président du PS Paul Magnette a déclaré que « la famille socialiste restait à la Chambre la première du pays  et le premier parti de Wallonie ». A Bruxelles, a-t-il dit.« Nous ferons mentir tous les sondages ; c’est le coude-à-coude avec les libéraux .»



Régionales


A Bruxelles. MR et PS, au coude-à-coude, sont les deux partis incontournables à Bruxelles. A eux deux, ils s’approchent de la majorité puisqu’ils comptabilisent pas loin de 50 % des voix. Le troisième parti est le FDF avec plus de 15 % des voix. Manifestement, la polémique sur le survol de Bruxelles a coûté cher au CDH de Joëlle Milquet. Les centristes pointent à 11,4 %, sur la base de 30 % des bureaux de vote dépouillés ; il s’agit là d’un recul de plus de 3 % par rapport au précédent scrutin. Le parti centriste était parti comme challenger pour occuper le troisième rang des partis à Bruxelles, au coude à coude avec Ecolo et le FDF, et derrière le PS et le MR. Ecolo, comme en Wallonie, est en net recul, à 11 % (20,2 % il y a 5 ans).

Côté flamand, parmi les partis traditionnels, c’est essentiellement le CD&V de Brigitte Grouwels qui perd pas mal de plumes (-4 %).

En Wallonie. Du côté francophone, chacun est resté très prudent sur la suite du programme alors que les résultats électoraux sont encore très partiels et paraissent moins clairs qu’au nord du pays. Sur la base de 30 % des bureaux de vote dépouillés, les écologistes sont les grands perdants du scrutin, à 8,4 % (18,54 % en 2009). Les socialistes perdent quelques plumes mais se maintiennent aux alentours des 30 % (32,77 % en 2009). Les libéraux (MR) sont en légère progression, à 24,5 %. Le PTB fait une belle percée puisque le parti d’extrême-gauche s’inscrit à près de 6  %. Le Parti Populaire de Modrikamen est proche du seuil d’élibilité (5 %).



L’Olivier, on le comprend entre les lignes, a du plomb dans l’aile. Jean-Claude Marcourt (ministre de l’économie PS), à cette question, a préféré botter en touche sur les ondes de la RTBF : «  Je constate que le vote protestataire du PTB s’est exprimé. Il faut y voir la réaction d’une partie de la population à une crise économique profonde. Quant à l’Olivier, je peux juste dire que le PS a pris ses responsabilités, qui étaient lourdes. Je ne me prononce pas pour les autres. »

Le CDH, comme l’a dit le président Benoît Lutgen, a repris la place de troisième parti de Wallonie, au nez et à la barbe d’Ecolo, le grand perdant du scrutin. Et ce, en perdant quelques plumes malgré tout puisque le parti centriste perd près d’un 1 % par rapport à 2009. « Ce retour à la troisième place sur l’échiquier politique, pour la première fois depuis dix ans, est une étape marquante dans notre projet», a lancé Benoît Lutgen. Le cdH est «le parti qui résiste le mieux, et notre représentation parlementaire sera aussi forte» qu’avant, a salué le président, rappelant que le parti avait mené une campagne«positive, sans invective ».

Ecolo a reconnu « lucidement sa défaite », par l’entremise de son co-président Olivier Deleuze. « Notre score n’est pas à la hauteur de nos espoirs. Il faut également constater que la colère et l’indignation ont marqué ces élections 2014. Aucun parti qui était à la gestion du pays ne peut sa targuer d’un score particulièrement satisfaisant. »Comme l’a également reconnu Jean-Marc Nollet. «  Ecolo ne peut plus revendiquer une participation à un nouvel Olivier. »

Au MR, le président Charles Michel a commencé son discours en déclarant qu’il« s’agissait de la plus belle soirée électorale pour les libéraux. Malgré le départ du FDF, malgré la prise de responsabilités, Le MR est le seul parti francophone qui progresse en Wallonie et à Bruxelles, où nous pouvons encore espérer exercer le leadership, puisque nous sommes au coude-à-coude avec les socialistes. » Pas étonnant, dans ces conditions, que Didier Reynders ait évoqué la naissance d’une troisième voie, à côté des nationalistes de la N-VA et des socialistes.

En Flandre. Près de 60 % des bureaux ont déjà été dépouillés. S’il est encore trop tôt pour tirer la moindre conclusion, les premiers résultats partiels en provenance de Flandre pointent la N-VA à plus de 33 % au Parlement flamand. Le CD&V résiste  (20,2 %). Les socialistes (SP.A) et les libéraux (Open VLD) pointent à 13,5 % et 12 % respectivement. Ces deux partis sont donc en léger recul. Groen, de son côté, confirme sa bonne campagne et engrange 3 % de plus d’un scrutin à l’autre.

La VRT, vers 20h, a donné une projection en sièges pour le Parlement flamand : 43 pour la N-VA (+27 sièges  !), 22 pour le CD&V (en légère perte), 18 pour le SP.A, 19 (en perte) pour l’Open VLD (en perte) et 10 pour Groen. Pour le Vlaamse Belang, en déliquescence, seuls 5 députés siégeraient encore.


Européennes


Ce dimanche seront élus les 21 Belges – 8 eurodéputés francophones, 12 flamands, un germanophone – qui siègeront au Parlement européen. Une assemblée qui, au total, comptera 751 membres.

Ultime ligne droite : on vote encore après 20 heures dans trois pays et aux Açores portugaises. Pas de résultats officiels partiels avant 23h. Mais les eurosceptiques et autres europhobes semblent progresser. On s’attendait à une abstention massive : la participation serait plutôt stable par rapport à 2009. En France, les premiers résultats pointent le FN en tête, autour de 25,7%. L'UMP est loin derrière avec 20,7% et le PS en lambeaux avec 15%. Une victoire histoire du FN en France .

Sans attendre la fin des votes, Jean-Marie Lepen (FN) a d’ores et déjà réclamé la dissolution du Parlement en France et la démission du Premier ministre Manuel Valls, lequel a reconnu que le « moment était grave pour la France. » Le Parti socialiste n’est pas parvenu à enrayer l’hémorragie des municipales de mars au cours desquelles il avait perdu 155 villes de plus 9.000 habitants. Ni la tribunede François Hollande — «Sortir de l’Europe c’est sortir de l’Histoire», a-t-ilmis en garde — ni l’implication de Manuel Valls dans la campagne n’ont permis de redresser la barre. L’arrivée de l’UMP derrière le FN pourrait accélérer les règlements de comptes au sein du parti dirigé par Jean-François Copé, toujours en proie a une profonde crise de leadership. «L’UMP va avoir besoin d’une profonde reconstruction», selon le vice-président du parti Laurent Wauquiez.



 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

DIVERCITY S’EST TROMPÉ


Nous avons donné la N-VA à moins de 30 %, c’est faux elle est largement à 33% ; nous avons  imaginé des oliviers à Bruxelles et e Wallonie, rien n’est moins sûr. Cela mérite un zéro pointé.

Qui aura la main demain ? Au fédéral, les socialistes semblent demeurer la plus grande famille politique, ce qui exaspère Bart De Wever ; à Bruxelles le MR aun léger avantage, en Wallonie le PS est en tête.

En toute modestie, nous ne nous livrerons à aucun pronostic sur la suite.

Il semble bien toutefois qu’une majorité N-VA,-CD&V se dessine en Flandre.

Pour le reste, le jeu reste ouvert.

Ce qui est sûr c’est que Bart De Wever a largement gagné son pari. Ce qui demeure une vraie question : saura-t-il transformer l’essai à son avantage ? S’il se forme rapidement un gouvernement en Flandre, il y aura blocage au fédéral, ce qui donne une position avantageuse au CD&V.

 

Du côté francophone on pourrait sorienter vers une tripartite traditionnelle PS-CDH-MR avec le FDF a Bruxelles. Demotte comme ministre president en région Wallonne et Reynders à Bruxelles.

Pour le reste, wait and see.

MG

 

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