jeudi 8 mai 2014

Le vin halal a le goût du vin mais ne fait pas tourner la tête


Marc Vanel

Le succès du «vin halal» va croissant. En Belgique, la société qui l’élabore préfère parler de «vin sans alcool».



Arnaud Jacquemin est l’administrateur délégué d’Orient Drink. © Reporters

 

En arabe, le mot halal signifie « permis », et donc tout ce qui est autorisé par la loi islamique. Le terme ne concerne pas uniquement le mode d’abattage rituel : un bonbon peut être halal s’il ne contient pas de gélatine de porc, de même qu’une boisson peut être halal si elle ne contient pas d’alcool. Le vin halal est à la base un « vrai vin », c’est-à-dire une boisson obtenue par fermentation alcoolique de raisins ou de moûts de raisins, qui est ensuite désalcoolisée.

Le procédé ne date pas d’hier et a été déposé en 1908 par des Allemands. Le vin est élaboré de manière telle à ne contenir que des taux très faibles d’alcool, puis est microfiltré afin de séparer les molécules d’alcool des autres. En finale, le produit obtenu a le goût et les caractéristiques du vin, mais surtout 0,0 % d’alcool et beaucoup moins de calories (environ 24 kCal contre 85 à 90 kCal pour un vin blanc ou rouge).

Public-cible : les femmes enceintes, les diabétiques et tous ceux qui ne souhaitent ou ne peuvent consommer d’alcool pour, par exemple, des raisons d’ordre religieux. Avec une population mondiale d’environ 1,3 milliard de musulmans, on comprend rapidement l’intérêt d’un tel marché qui, tous produits confondus, représente près de 16 % de l’industrie alimentaire mondiale et connaîtrait une croissance annuelle d’à peu près 10 %.

Conscients de cette opportunité, Arnaud Jacquemin et Rachid Gacem ont créé en 2009 à Liège la société Orient Drink. Le concept : célébrer tous les événements importants sans alcool et dans le respect des traditions. «  La législation belge permet en réalité de conserver un taux de 0,5 % d’alcool, explique l’administrateur délégué Arnaud Jacquemin. Nous avons voulu aller plus loin et, par un procédé à basse température et sous vide, extraire la totalité de l’alcool tout en gardant les qualités organoleptiques du vin initial.  »

Le vin de base est acheté en Espagne puis transformé sur trois sites, en Allemagne, en Wallonie et en Flandre. En cinq ans, la société est passée de 1 à 17 produits vendus sous trois marques : Night Orient et Vendôme pour trois vins effervescents (demi-sec, brut et rosé) et trois vins tranquilles (merlot, chardonnay et rosé) ; sans compter Vendanges, une gamme de jus. Près de 400.000 bouteilles sont produites, dont le tiers sera vendu en Belgique en grande distribution (5,99 euros la bouteille) et le reste exporté dans 12 pays. Vers l’Afrique du Nord ou l’Arabie, mais aussi en France ou en Norvège.

Bien que ses produits soient certifiés « halal » par l’organisme malaisien Jakim et par la Chambre de commerce de Bruxelles, Orient Drink ne souhaite pas en faire un argument marketing. «  C’est comme si nous mettions une grande croix sur notre étiquette,confie Arnaud Jacquemin. Nous préférons mettre en avant le 0,0 % d’alcool et ne reprendre la mention halal qu’en arabe encontre-étiquette. D’ailleurs, 95 % de nos consommateurs belges ne sont pas musulmans, nous avons pu le vérifier lors de dégustations en grandes surfaces. En réalité, il n’y a que 4 % de musulmans en Belgique, nous suivons tout simplement la courbe de la population.  »

Début 2014, les sommeliers de l’Institut international du goût et de la qualité, basé à Bruxelles, ont reconnu à ces vins «  un goût remarquable  ». De quoi booster la société qui vise le million de bouteilles d’ici deux ans.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

VIN HALAL QUI EN VEUT ?

On n’ose pas y croire. La bière sans alcool, ce n’est vraiment pas grandiose. Un vin qui ne donnerait ni l’ivresse, ni calories, ni migraine mais seulement le goût du jus de la treille, on l’attend avec impatience, comme on a attendu la cigarette électronique. Maiscomme dit le bon sens anglais : the proof of the pudding is in the eating.

L’essayer avant de l’adopter, c’est la moindre des précautions. A priori, cela ressemble à un canular du premier avril. Wait and see mais en mai chcun fait ce qui lui plait.

MG

 

 

LE MARCHÉ BELGE DES PRODUITS HALAL EST ESTIMÉ À 1,7 MILLIARD D’EUROS


Le marché belge des produits halal représente un chiffre d’affaires de quelque 1,7 milliard d’euros, selon une estimation brute du département flamand de l’Agriculture et de la Pêche effectuée sur base du marché néerlandais. Le département constate une croissance « sauvage » des organismes de certification.

Actuellement, la Belgique compte une dizaine d’organismes de certification halal. Chacun dispose de ses propres critères et méthodes de contrôle. Cette croissance sauvage est la conséquence de l’inexistence d’un standard généralement accepté (légal) pour les produits halal, constate un rapport du département flamand. Il en résulte une demande croissante d’une norme halal qui profiterait aussi bien aux produits qu’aux consommateurs et permettrait de contrecarrer le manque de transparence et les mauvaises pratiques.

Les produits halal sont principalement commercialisés via les canaux de distribution halal traditionnels, comme les boucheries halal ou les commerces spécialisés dans les produits ethniques. Mais les grandes chaînes de distribution ont de plus en plus conscience du marché halal et de son potentiel.

La nourriture halal ne concerne pas uniquement la méthode d’abattage rituel au sens strict, mais qualifie tout ce qui est permis pour un musulman, par opposition au « haram » qui est relatif au péché ou au sacré.

Environ 630.000 musulmans vivent en Belgique, selon les estimations. Dans le monde, le nombre de musulmans serait d’1,6 milliard d’individus. Le marché halal mondial pèserait 632 milliards de dollars (chiffres de 2010), soit 17 % du marché mondial de la nourriture.

 

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