vendredi 16 mai 2014

Magnette/De Wever, les nouvelles stars


Béatrice Delveaux, éditorialiste en chef

Cette chronique est parue dans De Standaard ce matin. Béatrice Delveaux écrit tous les quinze jours une chronique dans De Standaard

Ils étaient 559.500 sur RTL à regarder le duel Magnette-De Wever, quasi autant sur VTM, soit une part de marché d’environ 30 %, valable aussi chez les 15-34 ans. La chaîne privée francophone a même enregistré un sommet à 700.000 spectateurs à 21h01, au moment le plus chaud du face-à-face, alors qu’on se balançait du « Votre amour de la Belgique, c’est l’amour des transferts » (De Wever) et du « Vous n’êtes pas l’empereur de la Flandre » (Magnette).

Les autres partis ont beau envoyer des sms rageurs aux présentateurs des deux chaînes, ils nient une évidence : ce duel est un moment fort de la campagne, qui n’a rien perdu en force, en dramaturgie et en contenu entre début avril pour l’Echo-De Tijd, et mardi soir sur RTL et VTM. À la RTBF, pendant ce temps-là, on a juste envie de se jeter du haut de la Tour de Reyers. La VRT leur avait en effet proposé de faire ce duel en duo, mais la chaîne publique francophone se l’est vu interdire par son conseil d’administration composé d’hommes politiques. Motif ? Le refus violent de permettre au PS, d’apparaître comme le meilleur barrage francophone à la N-VA. Mardi soir, tous les journalistes de la RTBF – et les politiques qui les ont muselés – regardaient donc… RTL. Et ne pouvaient que constater la réussite de ce doublé « show télévisé-émission politique ». Une réussite en quatre ingrédients :

1) Le casting. Les télés ont longtemps cru que le seul duel qui s’imposait opposerait Di Rupo à De Wever. Magnette ? Qui c’est ? Aujourd’hui, force est de constater qu’il a tenu son rang, faisant à chaque fois jeu égal avec un De Wever en forme. Et tout le monde s’accorde sur la difficulté à les départager.

2) La franchise et la brutalité. On a l’habitude de ces débats plombés par des partis qui ne sont ennemis que le temps de la campagne. Il est très rare qu’ils se « lâchent » alors qu’ici, peu de faux-semblants, et personne ne mâche ses mots. Laurent Haulotte, le présentateur de RTL, le confirme : « C’est le débat le plus dur que j’aie jamais animé. Le degré de violence était énorme, dès le début. Aucun des deux ne s’est caché. » Le chauffeur de salle avait d’ailleurs pour mission de… calmer la salle.

3) Le contenu. Modèle N-VA contre modèle PS ? Le duel De Wever/Magnetteversion l’Echo/De Tijd a permis de détailler les divergences sur la fiscalité, les pensions, le budget, la scission de la sécurité sociale. La version VTM/RTL les a rendues accessibles au plus grand nombre. C’est clair : De Wever veut la fin de la Belgique et de la sécurité sociale, Magnette refuse la fin de l’indexation et la limite des allocations de chômage dans le temps.

4) La diffusion dans les deux communautés. Les Francophones pensent que le « coming out séparatiste » de De Wever était un moment crucial du duel. Mais ils s’interrogent immico : les Flamands ont – ils ressenti la même chose ? Le seul fait que ce doute s’impose à eux, prouve la vertu de cet exercice nord-Sud. Or, dans cette élection clé pour le fédéral, où la campagne du plus grand parti se fait contre le plus grand parti francophone, seules trois rencontres politiques Nord-Sud ont été proposées : ces deux duels et Het Nationale Debat du Soir et du Standaard, réunissant les 9 présidents de partis.

Or sans dialogue, sans réplique, c’est un boulevard qui s’ouvre aux slogans ou aux malentendus. Exemple toujours tiré de l’émission de mardi soir. Lorsque le présentateur de RTL demande à Bart De Wever d’ou vient cette obsession de la séparation entre Flamands et francophones, il répond : « C’est le poids du passé. Les Flamands sont considérés comme des ploucs, sans horizon culturel, comme des arriérés de l’histoire. » « J’aurais dû réagir » commente Laurent Haulotte« car ce n’est plus vrai du tout. Mon grand-père, flamand, sans ressources, est venu de Waregem à Mont Saint Guibert pour racheter une ferme et faire vivre ses 9 enfants. À l’époque, les Wallons regardaient de fait les Flamands de très haut. Mais aujourd’hui plus personne ne pense cela. Nombre de Francophones ont même une espèce de fascination pour la Flandre. »

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LA RESPONSABILITE DES MEDIAS



J’ACCUSE les journalistes francophones et flamands d’avoir gonflé la grenouille De Wever jusqu’à en faire un boeuf médiatique aussi massif et formidable  que le taureau de Vilvorde. Il en a l’impact médiatique mais ni le talent, ni l’expérience et c’est la grande ombre que le décès du bulldozer de Vilvorde projette sur une Belgique en plein désarroi. On ne voit pas comment,Bart, petit historien arrogant et féru de citations latines va résoudre demain les problèmes concrets de la Flandre et, qui sait ceux, de la fédération Belgique.  On ferait bien, plutôt que de le porter comme Abraracourcix sur un bouclier de chef gaulois, de braquer un projecteur médiatique implacable sur sa gestion de la ville d’Anvers et la comparer à celle de son prédécesseur le génial manageur social Patrick Janssens.

Les internautes ironisent :« C'est dommage que Di Rupo (président effectif duPS) n'ose pas débattre avec De Wever (président NVA).  Le Montois a disparu des écrans radar depuis des moissauf pour accueillir les pandas et Obama et se promener seul dans Bruxelles, la nuit, sous le feu des caméras. »

« De Wever est satisfait. Le grand duel confirme sa position de rempart contre la menace d'un effondrement économique liée à l'image du PS et d'une Wallonie socialiste. Magnette s'est dressé comme défenseur de l'Etat Providence menacé par la NV-A, mais n'a pu justifier comment en assurer le coût, ce qui aura suffi à le décrédibiliser dans de larges couches de la société flamande. Ajoutons à cela que Di Rupo a fui les rencontres avec De Wever projetées par les TV flamandes. Cette dérobade renforce, chez beaucoup en Flandre, l'idée d'un premier ministre incapable d'assumer franchement sa position et remplir scrupuleusement son rôle».  

C’est qui le Dehaene qui demain, ou après après-demain, va saisir le gouvernail Belgique et éloigner le Titanic des icebergs qui le menacent ? Di Rupo ? De Wever ? Peeters ? Reynders ? Vande Lanotte ?

Les paris sont ouverts, De Wever est donné à trois contre un, Di Rupo à 1,6 contre un, Reynders onze contre un. Faites vos jeux messieurs-dames avant que le croupier ne hurle, comme Bruno Colmant (voir l’article qui suit) « Rien ne va plus, un gigantesque bouleversement social nous attend ! »

MG  

 


DE WEVER PREMIER MINISTRE COTÉ À 3 CONTRE 1

Et si l’on pariait sur les résultats des élections du 25 mai? Cette idée, l’opérateur de paris sportifs Ladbrokes l’a trouvée pertinente et a élaboré un produit formaté pour la cause. On pourra donc miser quelques euros sur Di Rupo, De Wever, Peeters ou Reynders comme Premier ministre.


Le commun des mortels adore parier. Sur des courses hippiques, des matchs de football, des épreuves d’athlétisme aux Jeux olympiques... Désormais, on parie même sur les résultats des élections. Plus précisément, les Belges sont invités à parier sur ceux des élections fédérales et régionales du 25 mai prochain.

Elio Di Rupo est, par exemple, donné à 1,6 contre 1 (si vous pariez un euro et qu’il est nommé, vous gagnerez 1,6 euro) comme futur Premier ministre, à comparer avec Bart De Wever à 3 contre 1 ou Kris Peeters à 7 contre 1.

Ca ressemble à un gag et pourtant, c’est très sérieux. Ces paris d’un nouveau type sont proposés par un "pro" du secteur, le groupe Ladbrokes qui n’est autre que le premier opérateur de paris sportifs en Belgique.

DES COTES ATTRACTIVES

Le principe est simple: Ladbrokes propose à partir d’aujourd’hui dix paris sur les élections. Certains portent sur les victoires des partis dans les différentes Régions, d’autres sur les candidats qui recevront le plus de voix de préférence, etc. On peut prendre un pari jusqu’au matin du jour des élections, à 8 heures. La mise minimale est fixée à 50 cents.


UN GIGANTESQUE BOULEVERSEMENT SOCIAL NOUS ATTEND.

  Bruno Colmant dans l’Echo

Je crois que la crise est bien plus profonde que l'image qu'on en retire des médias.

On me reprochera, à juste titre, un pessimisme dont j'admets la trame personnelle.

Pourtant, au-delà des chiffres et des images, la réalité de l'économie productive est extrêmement inquiétante.

Au-delà des chiffres feutrés fournis par les instances officielles, l’économie s'est effondrée.

Certes, les entreprises sont, pour la plupart, désendettées et extraites du krach boursier de 2008. En même temps, lorsqu’on examine les statistiques de l’économie industrielle de base, c’est-à-dire la production de ciment, l’immobilier, les ventes de véhicules, les octrois de crédit, les transports, etc., tout s’est affaissé dans desproportions ahurissantes. C’est une déferlante de faillites. Les carnets de commande s’assèchent de plusieurs dizaines de pourcents. On ne parle plus de quelques rides négatives sur une tendance de croissance, mais d’un véritable décrochage économique qui porte les germes d’une profonde vague de chômage.

Quel sera l'aboutissement ce cette réalité ? Je crois, avec une conviction renforcée, que les tensions idéologiques vont s'exacerber.

D'aucuns exigeront une étatisation croissante, voire généralisée, de l'économie, pour maintenir l'ordre social.

D'autres argumenteront que cette voie conduira à désertifier toute l'initiative spontanée.

Faut-il craindre Marx pour espérer Smith ?

Ou déboulonner Friedman pour restaurer Keynes ? Je ne le sais.

Mais une chose est certaine : un monde nouveau se dresse. Il porte en lui une gigantesque transformation sociale.

Cette dernière est imprécise, mais probablement radicale

 

 

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