samedi 31 mai 2014

"8 millions d'électeurs votent et à la fin c'est le PS qui gagne"


Eddy Eerdekens Le Vif

Source: Knack 

Une semaine après les élections, la presse flamande qualifie toujours la tâche de l’informateur Bart De Wever d’extrêmement difficile. Le PS complique encore le travail du président de la N-VA en commençant prématurément les négociations pour un gouvernement wallon.



Bart De Wever, Elio Di Rupo et Paul Magnette © Belga

Ce vendredi, le PS démarre des négociations pour former un gouvernement wallon et bruxellois. Le parti avait d’abord déclaré qu’il ne prendrait les premières initiatives que lundi. Le fait qu’il commence plus tôt indique qu’il désire également mettre la main sur le niveau fédéral. Les ténors du PS ont d’ores et déjà fait comprendre que les socialistes restent la plus grande famille du pays et qu’on ne peut l’ignorer, à aucun niveau.

DE MORGEN: "LE PS DAME LE PION À BART DE WEVER"

"Le PS dame le pion à Bart De Wever" écrit De Morgen. "Le PS marche sur les plates-bandes du président de la N-VA, Bart De Wever. Comme il a été désigné comme informateur, il voit se briser la logique confédérale pour former un gouvernement flamand le plus rapidement possible". "Le PS a toujours dit qu’il faut négocier à propos de tous les niveaux. Si les francophones peuvent former un front, il peut être utilisé comme levier au niveau fédéral".

HET LAATSTE NIEUWS: "8 MILLIONS D’ÉLECTEURS VOTENT ET À LA FIN C’EST LE PS QUI GAGNE"

Jan Seghers du journal Het Laatste Nieuws rappelle une déclaration de GaryLineker: "Le football est un jeu simple ; 22 hommes courent après un ballon pendant 90 minutes et, à la fin, ce sont les Allemands qui gagnent". Selon Seghers, on peut également appliquer cette boutade à la politique belge. "8 millions d’électeurs votent et à la fin c’est le PS qui gagne".

"Après le Vlaams Belang, le PS est le plus grand perdant du 25 mai, ce qui n’empêche pas Di Rupo, Magnette et Onkelinx de tout faire depuis le 26 mai pour mettre en œuvre des coalitions avec le cdH et le MR à tous les niveaux, y compris le fédéral. Ce qui les sépare est moins important que ce qui les relie : leur aversion de la N-VA".

DE STANDAARD: "UN GOUVERNEMENT AUTOUR DU CD&V ET DU MR AVEC WOUTER BEKE COMME PREMIER MINISTRE"

"L’informateur Bart De Wever s’est attelé à une tâche sans issue" estime BartSturtewagen dans le journal De Standaard. "Sa tentative de centre droit n’avance pas d’un mètre". Sturtewagen prévoit plutôt un gouvernement autour de l’axe CD&V et MR évoqué par les présidents de ces partis dans son journal en janvier. Curieusement, plus personne n’en a parlé, ni pendant la campagne, ni après les élections.

D’après Sturtewagen, cela pourrait être une solution à laquelle les libéraux flamands pourraient adhérer. Dans ce scénario, Beke devient premier ministre et la N-VA peut prendre la direction du gouvernement flamand.

HET BELANG VAN LIMBURG: "IL SEMBLE QUE DI RUPO POURRA PLUS FACILEMENT ÉRIGER UN BLOC FRANCOPHONE CONTRE DE WEVER QUE L’INVERSE"

"Petit à petit, il devient clair que quoi qu’il en soit, le public d’une communauté ou d’une autre sera ignoré" écrit Indra Dewitte dans Het Belang van Limburg. "Car alors que la Flandre s’est prononcée pour une politique de centre droit, nos voisins du sud ont choisi un cap de gauche. La question se pose donc : est-il possible de contenter à la fois l’électeur wallon et flamand".

"En ce moment, il semble que Di Rupo pourra plus facilement ériger un bloc francophone contre De Wever que l’inverse. Si c’est le cas, l’été sera chaud".

GAZET VAN ANTWERPEN: "SI LE MR CONCLUT UNE COALITION AVEC LE PS POUR LE GOUVERNEMENT WALLON, LES PERSPECTIVES DE BART DE WEVER SERONT PARTICULIÈREMENT MAUVAISES".

Dans le Gazet van Antwerpen, Paul Geudens se demande comment le MR réagira à l’initiative du PS de former les gouvernements bruxellois et wallon. "Si les libéraux francophones concluent une coalition avec le PS pour le gouvernement wallon, les perspectives de Bart De Wever seront particulièrement mauvaises".

"En principe, des gouvernements symétriques ne sont pas nécessaires et la N-VA, le CD&V et l’Open VLD pourraient s’allier du côté flamand, mais c'est très peu probable".


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LE COUPLE DI RUPO-MAGNETTE JOUE AVEC LE FEU



Nous l’avons écrit d’emblée : tout porte à penser que le PS va s’imposer en Wallonie, à Bruxelles et par conséquent aussi au fédéral en y mettant la N-VA hors-jeu et sans doute aussi en Flandre.

Il vont gagner à l’usure, ils le savent et le million ou plus d’électeurs qui ont voté pour la N-VA, c’est-à-dire contre la dynamique papillon le sentent et parlent de « politieke spelletjes » et nous préparent une fronde sourde qui risque d’être brutale.

Il ne s’agit pas de sauver le soldat De Wever qui a plus d’un tour dans son sac mais que tout ce stress fragilise, il s’agit de tenir compte de la colère de ces Flamands qui risquent de faire entendre leur voix par d’autres moyens que par le bulletin de vote. Le cynisme et le sarcasme du couple Di Rupo -Magnette génère en Flandre un climat de sourde hostilité. Pour s’en rendre compte il suffit de mesurer le ton hostile des lettres de lecteurs que résume assez bien celle de Ben Dreesen envoyée au Gazet van Antwerpen ''Dit land is een democratische schande in het hart van Europa. Ik ben benieuwd hoe CDV en VLD reageren want eigenlijk staat hun programma haaks op dat van de PS. Keer op keer beloven die partijen een rechts beleid en nooit is het er van gekomenDat is de reden dat ze nog maar een schim zijn van de partijen die ze voeger warenAls NVA wordt uitgesloten vind ik dat dit land moet splitsenHet is nu wel welletjes geweest. Men maakt zich druk over de democratie in China maar men zou zich beter eens bezig houden met dit ondemocratisch land.''

« Alors que la Flandre s’est prononcée pour une politique de centre droit, nos voisins du sud ont choisi un cap de gauche. La question se pose donc : est-il possible de contenter à la fois l’électeur wallon et flamand ».

"En ce moment, il semble que Di Rupo pourra plus facilement ériger un bloc francophone contre De Wever que l’inverse. Si c’est le cas, l’été sera chaud".

Soyons de bons comptes : De Wever a gagné les élections, Di Rupo va gagner les négociations-le fameux deuxième tour- et le peuple y perdra une fois de plus son latin ce qui est de nature à gonfler demain le parti des mécontents flamands et renforcer le camp de l’antipolitique, comme en France.

Quel que soit le chemin emprunté, ce qui est sûr c’est que nous allons droit au confédéralisme et au divorce belge qu’annonçait déjà Lucien Outers il y a près de cinquante ans.

MG


LA VOIX D'UN NÉERLANDOPHONE VAUT-ELLE VRAIMENT MOINS QUE CELLE D'UN FRANCOPHONE?

O.EGGERMONT LA LIBRE


 

Ce jeudi, le Vlaamse Volksbeweging (VVB) a entrepris une action devant le Parlement fédéral pour se plaindre du système de vote en vigueur en Belgique. Le président de l'association flamande proche de la N-VA déclarait jeudi à ''Het Laatste Nieuws'': ''Chaque personne a le droit à ce que sa voix ait le même poids que les autres. Mais ce n'est pas le cas en Belgique. Un rapide coup d'oeil aux résultats de ces jeunes élections me montrent que chaque voix n'a pas le même poids. Ainsi, la Flandre a délivré 63% des votes et a droit à seulement 57% des sièges à la Chambre''.

Cette disproportion, bien réelle, du poids du vote d'un côté à l'autre de la frontière linguistique peut interpeller si les chiffres sont pris de manière brute. Seulement, la situation est plus complexe que cela. ''Quand on regarde les résultats électoraux et quand on calcule le nombre de voix qui correspondent à un siège, on voit effectivement que pour la plupart des partis francophones, les sièges pour ces partis correspondent à moins de voix que pour les partis néerlandophones'' nous explique Dave Sinardet, professeur de sciences politiques à la VUB. Selon lui, cette asymétrie dans le poids des voix peut être expliqué, notamment par quatre éléments.

1. LE MODE DE CALCUL DU NOMBRE DE SIÈGE SE FAIT PAR HABITANTS.

''Quand on calcule le nombre de siège qu'il y aura dans la Chambre par circonscription, on ne se base pas sur le nombre d'électeurs dans celle-ci mais sur le nombre d'habitants'' continue M. Sinardet''Le problème c'est que notamment à Bruxelles, en Hainaut et à Liège, il y a un pourcentage beaucoup plus important d'habitants qui ne sont pas enregistrés pour voter, surtout parce qu'il y a plus de jeunes ainsi que d'étrangers non-naturalisés. Donc la différence entre la population et le nombre d'électeurs est plus grande dans les provinces wallonnes que dans les provinces flamandes. S'il y avait une évolution démographique et qu'il y avait soudainement plus de jeunes et d'étrangers en Flandre, alors ce seraient les sièges flamands qui deviendraient moins chers. D'ailleurs, au début du vingtième siècle la situation était effectivement inversée.''

2. IL Y A PLUS DE VOTE BLANC ET NON VALIDE EN WALLONIE

''Le nombre de gens qui votent blanc ou nul et surtout le nombre d'abstentionnistes est aussi plus grand en Wallonie qu'en Flandre'' pour le politologue. ''Ce sont à nouveau surtout Bruxelles, Liège etle Hainaut qui se démarquent. Ce qui est un élément supplémentaire qui contribue à avoir moins d'électeurs effectifs et, donc qu'un siège coûte moins d'électeurs''

3. IL Y A PLUS DE PETITS PARTIS EN WALLONIE

''En Wallonie, il y a plus de petits partis qui se présentent'' déclare Dave Sinardet''Ces petits partis ont un petit nombre de voix mais ces voix ne se traduisent pas en sièges s'ils n'arrivent pas à franchir le seuil électoral pour obtenir un siège. Ces voix, ce sont des voix perdues vu qu'elles ne sont pas comptabilisées en sièges. Donc, les sièges des partis qui en décrochent deviennent à nouveau moins chers. En Flandre, il y a d'ailleurs plus de partis qui obtiennent des sièges et donc moins de votes perdus.''

4. LA WALLONIE A DES CIRCONSCRIPTIONS PLUS PETITES

''Notamment celle du Luxembourg avec quatre sièges et Namur ou le Brabant wallon'' confirme M.Sinardet''Ce qui veut dire à nouveau qu'il y a un bon nombre de voix qui se perdent vu que le seuil électoral est beaucoup plus haut dans ces circonscriptions plus petites. Ce qui a pour conséquence que ces sièges pour les partis deviennent moins chers. Si le seuil électoral pour avoir un siège est autour des 15% comme pour le Luxembourg, toutes les voix qui vont vers des partis en-dessous de ce seuil se perdent.''

Les solutions à envisager sont alors nombreuses pour tenter de contrer cette incohérence électorale. Pour ce faire, il faudrait distribuer les sièges sur base du nombre d'électeurs, comptabiliser les votes blancs et nuls en leur attribuant des sièges ou encore augmenter la répression pour les abstentionnistes. Un changement des circonscriptions wallonnes avec une fusion entre certaines circonscriptions pourrait aussi être envisagé. Mais Dave Sinardet insiste sur un point trop peu souvent mis en avant par les mouvements nationalistes flamands: ''Ce système n'est pas, comme certains peuvent le croire, un système fait pour protéger les francophones, c'est simplement la conséquence d'éléments mis en place depuis longtemps et pas dans le but de favoriser les francophones. D'ailleurs, dans le passé ils ont déjà été dans l'intérêt des partis flamands.''

L'AMNÉSIE DES NATIONALISTES POUR BRUXELLES

Si la situation en Flandre donne du grain à moudre aux nationalistes, ils n'évoquent par contre jamais celle de Bruxelles. Dans la capitale, le collège néerlandophone a une représentation garantie de 17 parlementaires sur 89, bien plus que la proportion de néerlandophones à Bruxelles. Par là, la voix d'un électeur du collège néerlandophone pèse donc plus que celle de ses homologues francophones dans le choix des parlementaires. D'ailleurs, pour ces élections, un certain nombre de francophones ou de gens qui ne se reconnaissent pas dans la division linguistique ont fait le choix de voter pour des partis néerlandophones, ce qui n'est pas pour déplaire à Dave Sinardet''C'est une bonne évolution car comme ça, les électeurs montrent que le système où l'on doit choisir entre listes néerlandophones et francophones est absurde et plus en phase avec la réalité bruxelloise mixte, en fait en chargeant un peu, on peut appeler cela de l'apartheid électoral. En plus, au moins les néerlandophones qui sont élus ont une légitimité plus grande'' nous déclare-t-il. ''Quand on examine le top 10 des personnalités bruxelloises, on voit que Guy Vanhengel est à la neuvième place et ce n'est probablement pas seulement grâce à des voix purement néerlandophones.''

Pour lui, cette amnésie flamande lorsqu'on en vient à évoquer le cas de Bruxelles n'est pasétonnante:''C'est toujours comme ça, du côté nationaliste flamand on se plaint toujours des ''protections'' des francophones au niveau fédéral et on parle moins de celle des néerlandophones à Bruxelles. Inversement aussi, le FDF se plaint souvent de la protection à Bruxelles mais oublie que la parité au gouvernement fédéral, la procédure de sonnette d'alarme et la double majorité sont le miroir des protections bruxelloises des néerlandophones même si ces dernières vont un peu plus loin vu la représentation garantie des néerlandophones au parlement bruxellois.''

 

 

 

 

 

 

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