samedi 24 mai 2014

Quel visage pour l’Europe ?


Redaction 1dex

International




(Par JEAN-LUC GASNIER)

Les eurosceptiques sont les grands vainqueurs annoncés de ces élections européennes. Les partis, petits et gros, qui briguent nos suffrages, semblent effectivement ne pas être satisfaits de l’Europe actuelle. Tous les programmes, tous les candidats, critiquent le fonctionnement de l’UE et veulent aminima réorienter l’Europe.

Mais quel sera demain le visage de l’Europe ? Il est bien difficile de le discerner à la lecture des seules professions de foi de partis nationaux qui doivent ensuite, pour être audibles et efficaces, sceller des alliances au niveau européen. Les forces en présence sont multiples, mouvantes et bien sûr politiques, donc sujettes aux compromis permettant l’accès au pouvoir.

Malgré le succès attendu de quelques listes, les partis populistes d’extrême droite ne sont pas susceptibles, pour l’instant, de constituer une coalition, une internationale des nationalismes ( dureste, ils n’ont pas pu se mettre d’accord pour désigner un candidat commun à la présidence de la Commission européenne) susceptible de bâtir une Europe xénophobe qui prendrait le chemin d’une fragmentation identitaire.

La question fondamentale est donc finalement de savoir si l’Union Européenne poursuivra ou non, demain, sa dérive libérale dans un contexte d’affaiblissement continu des leviers publics. La plupart de nos maux économiques et sociaux sont en effet étroitement corrélés à cette politique. L ‘Europe va-t-elle basculer dans le « tout marché » ou, au contraire, sachant bien entendu que le « tout public » n’est pas réclamé par les extrémistes, les gauchistes et autres révolutionnaires qui s’opposent à une conception de l’Europe purement libérale, saura-t-elle préserver des mécanismes de régulation démocratiques permettant de garantir aux citoyens européens un minimum de protection sociale et environnementale ?

Les futurs députés du Parlement européen voteront-ils notamment le traité TAFTA (Trans Atlantic Free Trade Area) instaurant avec les USA un grand marché transatlantique ? Le grand mérite de la campagne pour les élections européennes aura été de médiatiser ce projet et de placer sous le feu des projecteurs une négociation qui serait restée dans l’ombre, échappant ainsi à tout contrôle citoyen. Car le GMT (Grand Marché Transatlantique) est le cheval de Troie des libéraux et sociaux-libéraux destiné à établir définitivement le règne de « la concurrence libre et non faussée » en permettant aux entreprises de s’affranchir des règles sociales et environnementales qu’elles jugeraient trop contraignantes. Le GMT c’est en quelque sorte l’extension du domaine du libéralisme et de la loi du marché à tous les secteurs de la société avec le prix comme seul arbitre, quelles que soient les conditions d’élaboration des produits. Aujourd’hui, la directive sur les travailleurs détachés permet un dumping social de grande ampleur entre les Etats membres de l’UE car les administrations ne disposent pas des moyens de contrôle suffisants pour faire respecter le droit. En France, les maçons portugais, polonais, roumains, etc. . . travaillent sur les chantiers selon les grilles de rémunération de leurs pays d’origine et leurs troupes grossissent tandis que les effectifs et les outils de contrôle de l’inspection du travail s’amenuisent.

Demain, avec le GMT et la suppression des barrières non-tarifaires avec les USA, ce sont toutes nos règles et normes environnementales qui pourront être contestées, contournées, rendues obsolètes. Le grand marché transatlantique ce n’est pas de la croissance, des emplois, et du pouvoir d’achat supplémentaire pour les consommateurs, comme l’affirment impudemment le PPE et le PSE, mais le dumping environnemental qui s’ajoutera au dumping social. C’est une menace effrayante et révoltante à l’heure du réchauffement climatique et de la pollution généralisée.

Mais les électeurs, même s’ils ne connaissent pas les termes de la négociation, ont pris connaissance du processus. L’information circule et les mobilisations commencent à prendre de l’ampleur. Les élections du dimanche 25 mai constituent une étape importante mais tout restera à faire pour changer le visage de l’Europe.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LE VISAGE DE L’EUROPE

L’Europe est le bouc émissaire de tous les maux qui s’abattent non pas sur Israël mais sur les Etats nationaux du vieux continent. L’exemple français à cet égard est caricatural. Ils ont voté en masse pour Hollande et voilà que, mécontents, ils votent en masse contre lui aux européennes en sanctionnant l’Europe qui n’y est pas pour grand-chose et en donnant des ailes à Marine Le Pen..  

L’Europe est la coupe amère où se déverse le fiel de toutes celles et tous ceux qui ressentent un mal être profond vis-à-vis du personnel politique de leur pays.

L’Europe est de surcroît perçue comme néo-libérale par les gauches frustrées.

Le repli nationaliste est selon nous la pire des solutions au moment où les problèmes de sécurité se reposent aux marches de l’Europe dans la lointaine -pas si lointaine- Ukraine.

L’armée française est aux abois et la grande muette vient de pousser une gueulante avec la démission annoncée de ses chefs de corps. Ce n’est pas banal. Ne serait-il pas temps de créer une vraie force de frappe européenne quand nos alliés des pays baltes et les anciennes républiques soviétiques libérées tremblent devant l’ours russe.

Il serait temps que les pays de la zone Euro adoptent une politique financière, fiscale et aussi sociale commune quitte à dévaluer cet euro qui aujourd’hui est tellement fort qu’il plombe nos exportations.

Il serait temps que le Parlement européen donne de  la voix et désigne une troïka d’Européens convaincus et engagés et pas ces mollassons qui agréent les dirigeants du Royaume-Uni, ces empêcheurs de faire une Europe fédérale intégrée et forte capable de relever les grands défis que sont l’immigration, la pauvreté, la croissance, la pollution et prendre à bras le corps le défi du réchauffement climatique.

C’est ce que dit, ce que hurle Guy Verhofstadt comme le baptiste dans le désert. Personne n’écoute, pourtant il plaide avec fougue une thèse qui nous apparaît comme très crédible. Verhofstadt est en train de donner à l’Europe un visage nouveau . Il propose rien moins que de s’emparer, pour le maîtriser, de « notre destin non seulement financier, mais aussi énergétique, industriel, migratoire. Avec qui, comment, jusqu’où ? C’est vous, dimanche, qui avez la main. ». Une fois de plus, Divercity est d’accord avec Béatrice Delvaux dont il recommande l’édito.

MG

 

 

LA BELGIQUE ET LA DÉMOCRATIE MISES AU VOTE

Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef 

Votez ! Non pas avec des pieds de plomb, en râlant ou en pensant que tout ça ne sert à rien. Tout simplement parce que c’est faux. Les enjeux des trois votes que vous allez émettre n’ont jamais été aussi cruciaux. Aucun des trois votes n’est banal, mais le fait qu’ils soient concomitants confère à cet instant électoral, une gravité sans précédent. Un autre élément rend le rendez-vous de dimanche extrêmement crucial et donc incontournable : ces votes sont valables pour 5 ans. Ce que vous ferez dimanche, vous ne pourrez a priori le défaire avant longtemps.

Vous allez voter pour conserver l’Europe dans le camp démocratique ou pour la faire basculer dans le camp des extrêmes. Vous allez voter pour un modèle et pour un mode de gestion de cet espace complexe mais unique. Vous avez été critiques durant des mois, en colère, dépités, interpellés : la voilà l’occasion de peser sur la gouvernance et l’idéologie de cette Europe qui a failli trépasser. Elle doit, on l’a répété durant toute la campagne, s’emparer de notre destin non seulement financier, mais aussi énergétique, industriel, migratoire. Avec qui, comment, jusqu’où ? C’est vous, dimanche, qui avez la main.

Vous allez voter en Belgique pour le maintien ou non d’un modèle fédéral mais aussi, pour la façon dont vous pensez que l’emploi, les pensions, la compétitivité, la solidarité seront le mieux (ou doivent être) préservés,encouragés, garantis. C’est essentiel. Les Flamands auront en main une clé plus déterminante, les derniers jours l’ont fait comprendre de façon plus dramatisée que jamais, entre le cercueil de Dehaene enveloppé dans le drapeau national et l’hymne au compromis et à la solidarité et les agitations d’un De Wever appelant dans les deux langues à une refonte totale de nos structures (nous avons compris « scission du pays ») et à un changement total de paradigme social et économique (nous avons compris « scission de la sécurité sociale »). Mais le vote francophone ne compte pas pour rien, que du contraire, dans ce destin fédéral qui n’a jamais autant été mis en balance. C’est pour cela qu’il faut l’exercer.

Vous allez aussi voter pour des régions qui vont être extrêmement puissantes. Les transferts de compétences ne sont en effet pas qu’un enjeu de négociations politiques, c’est aujourd’hui un ensemble de matières, que les gouvernements régionaux à venir vont exercer et qui vont impacter des pans extrêmement importants de votre quotidien.

Culture, enseignement, santé, emploi, pensions, chômage, allocations familiales, train, RER, survol aérien, immigration, recherche, etc. : c’est tout cela qui est mis au vote. Avec de grandes questions transversales : la poursuite de la Belgique et du projet européen ? Le maintien d’une forme d’Etat providence aux deux échelons précités ?

Dimanche, nous regarderons deux chiffres : celui de la N-VA en Belgique et celui des extrémistes en Europe. Un autre – les abstentions – donnera, lui, l’état de la confiance dans la politique et de la foi dans sa capacité à gérer nos destins. Aucun de ces chiffres ne sera anodin.

 

 

 

 

 

 

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