vendredi 30 mai 2014

Verhofstadt confronté à ses engagements


Béatrice Delvaux éditorialiste en chef (Le Soir)

La N-VA demande son intégration dans l’ADLE, soit le groupe libéral au Parlement européen. Cette nouvelle n’a en soi rien de surprenant. Ce qui par contre le serait grandement, est que ce groupe l’accepte. Notamment – et surtout vu de Belgique – parce qu’il est présidé par Guy Verhofstadt. A ce stade, les libéraux européens précisent simplement que rien n’est tranché et que la décision sera prise mi-juin. Des sources bien informées continuaient cependant mercredi et jeudi à affirmer que la chose était acquise.

Si cela devait être le cas, il y aurait de quoi dénaturer et délégitimer l’engagement européen de Guy Verhofstadt, tel qu’il l’a lui-même décrit et martelé depuis de nombreuses années, et de façon extrêmement visible durant sa récente campagne pour la présidence de la Commission européenne. Les visées séparatistes de la N-VA s’opposent en effet au fédéralisme prôné tel une bible par celui qui est devenu le gourou de l’intégration et de l’identité européennes.

Mais un autre point, quasiment plus fondamental, oppose ontologiquement le libéral humaniste à la N-VA : le nationalisme. Dans une interview de juillet 2012, Verhofstadt nous dévoilait ainsi de façon émouvante et forte, les motifs de sa conversion au combat pour l’humanisme et de sa lutte contre tout nationalisme : « Ce que les nationalistes essayent de faire, c’est de voir la nationalité par un angle ethnique, linguistique ou religieux. Mettre des catégories : nous et les autres. Ils ne voient l’humanité que par les yeux du groupe dans lequel ils vivent. (...) Etre flamand est un mauvais concept pour organiser la société, car l’identité est multiple. Moi, je me sens profondément européen. » Et d’ajouter : « Le Rwanda a été un déclic pour moi : ce n’est pas sur la notion de nation ou d’ethnie que vous allez créer une société pacifique. L’exemple est là. »

Que ce soit en Flandre ou dans la partie francophone du pays, l’ex-Premier ministre Open-VLD a toujours exprimé une critique virulente et définitive de la N-VA et de son leader Bart De Wever. Alors que certains lui faisaient remarquer que ses propos très crus étaient contre-productifs en Flandre, car ils renforçaient la victimisation du parti nationaliste, Verhofstadt avait répliqué qu’un homme politique était là pour dire sa vérité et qu’on n’arriverait pas à le faire taire, en l’intimidant. Ajoutons que dans la famille libérale, Karel De Gucht, l’autre Belge membre de ce groupe libéral, a écrit notamment un livre où plusieurs chapitres se faisaient définitivement assassins pour le nationalisme et ceux qui le prônent en Flandre.

Un dernier groupe d’individus s’estimeraient trahis si Verhofstadt acceptait cette entrée de la N-VA dans son groupe : les francophones qui ont voté en nombre pour lui lors de ce scrutin. Pensant de plus, comme nombre d’adeptes ailleurs dans le pays, que l’engagement de Verhofstadt et la construction de l’Europe telle qu’il leur avait vendu, étaient basés sur des principes non négociables, et non sur de l’opportunisme. A vérifier la semaine prochaine.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

UNE CHOSE ET SON CONTRAIRE

Nous laisserons décanter la dynamique des formations de majorité pour nous pencher sur des questions plus directement liées à l’interculturel, quoiqu’il n’y ait rien de plus interculturel que la problématique dite belgo-belge mais qui n’est rien d’autre qu’un positionnement francophones « versus » flamands. « Ce que les nationalistes essayent de faire, c’est de voir la nationalité par un angle ethnique, linguistique ou religieux. Mettre des catégories : nous et les autres. Ils ne voient l’humanité que par les yeux du groupe dans lequel ils vivent. (...) Etre flamand est un mauvais concept pour organiser la société, car l’identité est multiple. »

Cela c’est l’analyse de Verhofstadt et c’est aussi la nôtre. S’il devait accepter la N-VA dans le groupe parlementaire européen qu’il préside, dans le dessein de le gonfler, il serait de fait pris en flagrant délit de contradiction et perdrait ipso facto toute crédibilité auprès des 500.000 Belges qui lui ont accordé le 25 mai sa confiance.  

On aimerait qu’il se ressaisisse et vite,et que Gwendolyn Rutten et Charles Michel le rappellent à l’ordre.

MG

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