jeudi 12 juin 2014

IRAK. Les djihadistes de l'EIIL progressent rapidement vers Bagdad


Le Nouvel Obs.


Après 48 heures d'une avancée fulgurante, au cours de laquelle ils n'ont rencontré que très peu de résistance, les djihadistes sunnites ne sont plus qu'à une centaine de kilomètres de la capitale.




Une image extraite d'une vidéo diffusée le 4 janvier 2014 par l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL). (AL-FURQAN MEDIA/AFP)

 

Jusqu'où iront-ils ? Les rebelles djihadistes ont pris une nouvelle ville en Irak,Tikrit, et avancent vers la capitale Bagdad dans une offensive fulgurante le long du Tigre, qui a poussé à la fuite environ 500.000 habitants. Face à cette avancée des djihadistes sunnites de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), les forces irakiennes sont en déroute et le pouvoir chiite impuissant. L'EIIL opère à la fois en Irak et en Syrie et aspire à créer un émirat islamique. Le point sur les événements du mercredi 11 juin.

A BAGDAD, 15 MORTS DANS UN ATTENTAT SUICIDE

Au moins 15 personnes ont été tuées et 34 blessées lors d'un attentat suicide ayant visé une réunion de responsables tribaux chiites dans un quartier du nord-est de Bagdad, selon des sources policières. Le kamikaze a fait détoner sa ceinture d'explosifs alors que les notables étaient réunis dans une tente à SadrCity, vaste quartier chiite de Bagdad

Aucun groupe n'a revendiqué l'attaque pour l'heure mais les attentats suicides sont essentiellement menés en Irak par des insurgés sunnites, qui considèrent comme des apostats les membres de la majorité chiite. Au moment de l'attentat, des hommes constituaient déjà des stocks d'armes en prévision d'une bataille contre les djihadistes sunnites.

A SAMARRA, COMBATS ENTRE DJIHADISTES ET FORCES DE L'ORDRE

Les djihadistes sunnites s'approchent à grande vitesse de la capitale. Ils tentent ce mercredi de prendre la ville de Samarra, à une centaine de kilomètres au nord de la Bagdad, selon policiers et témoins.

TIKRIT AUX MAINS DES DJIHADISTES

Dernière conquête des combattants de l'EIIL : Tikrit, au nord de l'Irak, à 160 kilomètres de Bagdad. Une prise très symbolique car elle est la région natale du président sunnite Saddam Hussein, renversé et exécuté après l'invasion américaine de 2003. 

"Tout Tikrit est aux mains des insurgés", a déclaré un colonel de la police. Les insurgés ont pénétré dans la ville à bord de plus de 60 véhicules, pris le contrôle des bâtiments publics et hissé le drapeau noir de leur mouvement. Le chef-lieu de la province de Salaheddine aurait été pris par les rebelles au bout de seulement deux heures de combats avec l'armée.

Les djihadistes ont tenté en outre de prendre Baïji, où se trouve l'une des plus grandes raffineries du pays, mais se sont retirés à l'arrivée de renforts de l'armée. Ils ont incendié le tribunal et le commissariat de police après avoir libéré des prisonniers.



NINIVE, KIRKOUK, SALAHEDDINE...

Coup sur coup, les djihadistes ont pris ces dernières 48 heures, presque sans combats, la province de Ninive, dont Mossoul est le chef-lieu, et des secteurs de deux autres provinces proches : Salaheddine (sud) et Kirkouk (est), province multi-ethnique où l'EIIL a exécuté par balles 15 membres des forces irakiennes. Face à l'avancée dans le Nord des combattants djihadistes aguerris, soldats et policiers ont montré peu de résistance et abandonné leurs postes, selon des responsables irakiens et des témoins. 

A MOSSOUL, 80 TURCS RETENUS EN OTAGES

A Mossoul, la deuxième ville d'Irakles combattants djihadistes retiennent en otages 80 ressortissants turcs capturés en deux endroits différents de la ville, dont 49 au consulat de Turquie parmi lesquels le consul et des membres des forces spéciales, selon le ministère turc des Affaires étrangères. Le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, a prévenu que son pays réagirait de la manière "la plus sévère" s'il leur était fait le moindre mal. Une réunion d'urgence était en cours mercredi après-midi autour du Premier ministre turc Recep TayyipErdogan.

Dans la ville, les combattants, vêtus d'uniformes militaires ou de tenues noires, le visage découvert, sont positionnés près des banques et des administrations publiques et au siège du Conseil provincial, rapportent des témoins. D'autres appellent, à bord de véhicules par haut-parleurs, les fonctionnaires à rejoindre leurs postes, raconte un habitant, Hassan al-Jobouri, 45 ans. 

500.000 PERSONNES EN FUITE

Craignant pour leur vie, "plus de 500.000 personnes se sont déplacées à l'intérieur et autour de Mossoul", qui compte habituellement deux millions d'habitants, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM). Les habitants fuient, la plupart à pied, vers d'autres régions de Ninive et vers la région autonome du Kurdistan. L'eau potable manque et les réserves de vivres sont maigres.

D'après des habitants ayant choisi cet exode, les hommes de l'EIIL impriment leur marque dans toutes les villes qu'ils font tomber, hissant leurs drapeaux noirs sur les commissariats, les casernes de l'armée et les divers bâtiments publics. Un homme de 40 ans ayant fui la ville avec sa famille témoigne :

NOUS SOMMES EFFRAYÉS PARCE QU'ON NE SAIT PAS QUI ILS SONT. ILS SE PRÉSENTENT COMME DES RÉVOLUTIONNAIRES. ILS NOUS ONT DIT DE NE PAS AVOIR PEUR ET QU'ILS ÉTAIENT VENUS NOUS LIBÉRER DE L'OPPRESSION."

LE GOUVERNEMENT IMPUISSANT

Considéré comme ultra-radical et accusé d'abus en Syrie où il combat le régime et d'autres groupes rebelles, l'EIIL contrôle déjà de larges secteurs de la province occidentale irakienne d'Al-Anbar, frontalière de la Syrie en guerre. Là, il contrôle aussi de larges parts de la province pétrolière de Deir Ezzor, faisant craindre une unité territoriale avec le nord-ouest irakien.

Impuissant et miné par des clivages confessionnels, le gouvernement irakien, dominé par les chiites, a annoncé qu'il fournirait des armes aux citoyens qui se porteraient volontaires pour combattre les insurgés, et appelé le Parlement, qui se réunit jeudi, à décréter "l'état d'urgence" face au péril "grave, mortel" que représente la progression des insurgés sunnites, déjà installés depuis le début de l'année dans des villes de la vallée de l'Euphrate comme Falloudja et Ramadi.

LA LIGUE ARABE ET L'UE APPELLENT À L'UNION DES "FORCES DÉMOCRATIQUES"

Cette situation est source d'"inquiétude profonde" pour l'UE et la Ligue Arabe qui rappellent que "l'unité et l'intégrité du territoire irakien sont essentielles pour la stabilité et le développement économique du pays et de la région".

Les deux organisations ont appelé mercredi "toutes les forces démocratiques irakiennes" à coopérer pour faire face à la "détérioration de la sécurité" dans le pays. Elles en appellent particulièrement à la "coopération des forces politiques et militaires" du gouvernement irakien et de la province du Kurdistan "pour restaurer la sécurité à Mossoul et Ninive".

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

RISQUES DE GUERRE MONDIALE


Attention il semble qu’il y ait ici un nouveau foyer de possibles hostilités qui se créent. S’il existe un lien quelconque entre la crise de l’Ukraine et la guerre civile en Syrie, ce lien pourrait tout simplement s’appeler Vladimir Poutine. Le président russe entend bien être un rempart contre le terrorisme islamiste, tant dans les républiques islamiques qui jouxtent son territoire que en Syrie.

Il ne faudrait pas oublier que dans la crise syrienne, Poutine a permis à son homologue américain de sauver la face. Désormais, il semble bien, qu’il y ait deux foyers de tension : le premier en Ukraine, le second en Syrie et en Irak. Ceci ne saurait être sans conséquence vu la richesse du sous-sol syrien et surtout irakien en pétrole.

Il faut bien voir que l’islamisme djihadiste est en train de mettre l’Occident et aussi la Russie sous pression. Il pourrait en résulter une espèce de guérilla urbaine d’un genre nouveau jamais rencontré jusqu’à présent. Quelque chose qui ressemble à la guerre du Vietnam mais avec cette différences que le champ de bataille serait situé désormais et aux États-Unis et surtout en Europe.

Ce qui est certain, c’est que l’attentat du musée juif de Bruxelles ne saurait être l’œuvre d’un loup solitaire comme certains l’ont suggéré. Il semble bien qu’il s’agisse au contraire d’une attaque soigneusement préparée destinée à créer un choc psychologique en Europe occidentale. Le moins qu’on puisse dire est que cet objectif a été largement atteint.

Jusqu’à présent on a regardé le départ des jeunes Belges et des jeunes Européens pour la Syrie comme une péripétie de caractère presque anecdotique. On se rend compte avec le dernier développement en Syrie et en Irak qu’il s’agit de tout autre chose, à savoir d’un vaste mouvement destiné à créer une armée de terroristes, une espèce de cinquième colonne dirigée vers des objectifs européens de préférence les plus vulnérables possibles.

Si ce raisonnement tient la route, d’autres attentats aussi meurtriers que le premier devraient suivre. Aussi, cent ans après le déclenchement de la guerre de 1914 et les 70 ans après le débarquement de Normandie qui mit fin à la seconde guerre mondiale, voici que des foyers de tension en Syrie,en Irak et en Ukraine font craindre un nouveau conflit, non seulement européen mais carrément mondial.

Il se murmure dans les chancelleries diplomatiques que les élans belliqueux de Vladimir Poutine en Ukraine pourraient avoir été freinés de manière brutale par des menaces sur la fortune personnelle du président russe. Il s’agit bien entendu d’une information de caractère confidentiel qui n’a pas été confirmée dans les chancelleries.

On reste pantois devant les silences de l’ONU comme on demeure sidéré par l’inefficacité de l’organisation sur la sécurité et la coopération en Europe. Depuis le débarquement en Normandie, le monde a connu 70 années de paix. Il semble qu’à nouveau les tensions se multiplient aux frontières de l’Europe. Nous vivons un début de guerre froide ainsi qu’une vraie menace de guerre chaude au Moyen-Orient. Ceci devrait inquiéter au premier chef l’État d’Israël, principal allié des États-Unis dans cette région. Assurément, s’il existe un antidote c’est bien sûr la négociation, c’est la détente et l’amorce d’un dialogue interculturel. Mais en ce moment il ne saurait être question d’un recours à de telles armes pacifiques et dissuasives.

Il y a fort à craindre que les terroristes djihadistes se révèlent être des ennemis irréductibles ou du moins très difficiles à éradiquer. Ces nouvelles tensions politiques s’opèrent sur fond de crise économique qui s’obstine à perdurer. Une fois de plus on déplorera l’absence de l’Europe sur le front diplomatique. Retenons que  «cette situation est source d'"inquiétude profonde" pour l'UE et la Ligue Arabe qui rappellent que "l'unité et l'intégrité du territoire irakien sont essentielles pour la stabilité et le développement économique du pays et de la région".

 

MG

 

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