lundi 9 juin 2014

LA Belgique devient confédérale. Et alors?

Bernard Demonty

Le Soir

A y regarder de près, la Belgique ressemble depuis deux jours à cet Etat confédéral qui faisait si peur il y a quelques mois à peine.

Quand on observe l’animal, il est vrai que les ressemblances sont fortes.

Une confédération, c’est une association d’Etats indépendants, qui mettent en commun quelques matières, généralement limitées, gérées par un gouvernement central. Ces Etats sont libres de former leurs propres gouvernements comme bon leur semble.

En choisissant de s’allier au CDH en Wallonie et en ajoutant le FDF à cet attelage à Bruxelles, le PS a effectivement pris le cap confédéral. D’abord, les majorités des deux Etats « confédérés », Bruxelles et la Wallonie, ne sont pas les mêmes. Et la Flandre s’apprête à opter pour d’autres couleurs encore. Ensuite, le PS a agi en Région de manière totalement indépendante de ce qui se passe au fédéral.

C’est une surprise pour trois raisons. D’abord parce que le PS a fait toute sa campagne autour de la « recette belge » et a multiplié les propos et initiatives allant dans le sens d’une Belgique unie, loin du séparatisme et assez loin du confédéralisme.

Ensuite parce qu’en campagne, Paul Magnette indiquait que celui qui formerait ses majorités régionales avant le fédéral ferait un cadeau aux séparatistes. Enfin parce que les partis flamands, eux, faisaient mine d’attendre le fédéral. Le monde à l’envers.

Alors, confédérale la Belgique ? Un peu plus qu’hier, oui. Et alors ? Qu’importent les mots : ce qui compte à présent, c’est de démontrer que ce modèle fonctionne. Et rien n’indique à ce stade qu’il est impossible de former un gouvernement fédéral. Et rien n’indique que Bart De Wever n’en a pas l’intention.

Ne soyons pas angélique : le rêve que l’on prête à Bart De Wever n’est pas tant d’instaurer le confédéralisme que de démontrer que celui-ci ne fonctionne pas.

Il reste à présent à espérer que les partis pressentis pour le fédéral feront tout pour oublier les tensions réciproques, attisées ces derniers jours, pour se diriger vers la constitution rapide d’un gouvernement fédéral. Ou confédéral. Qu’importe. Les Belges confrontés aux problèmes sociaux et économiques se soucient bien peu des concepts juridiques. Ils veulent la stabilité.



 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

VOUS AVEZ DIT STABILITÉ ? 


Un grand nombre de naïfs ont voté PS croyant s’opposer ainsi à la N-VA et assurer de la sorte la survie de la Belgique. Ils se sont lourdement trompés, ou plus exactement ils sont été trompés par un PS rotor et cynique qui prend tout le monde de revers et opte sans vergogne pour le modèle confédéral de Bart De Wever.

Devant ce cas de figure inédit, il n'est pas du tout certain et acquis que la NVA veuille encore entrer dans un gouvernement fédéral. Maintenant que le PS et son otage le CDh (il fallait éviter que les humanistes ne rejoignent une majorité fédérale mettant le PS out) ont opté pour une Belgique confédérale (en espérant que De Wever jette l’éponge et passe la main aux rouges), il leur reste à gouverner en Flandre en fonction de laconfédéralisation en devenir.

Reste que le MR pourrait, lui aussi, créer la surprise en participant avec la N-VA et le CD&V et qui sait le VLD à un gouvernement réformateur à priorités socio-économiques. C’est dangereux –car disposant de peu d’appui en Wallonie-mais au point où on en est ce n’est peut-être pas la pire carte à jouer tant il est devenu difficile d’accorder la moindre confiance à un PS girouette et machiavélique. C’est peut-être moins périlleux que de passer encore cinq ans l’opposition.

Au second tour à la belge, à savoir le tour des présidents de partis tout désormais semble permis.

On verra  sans doute plus clair mardi.

Ce qui est sûr, c’est qu’on s’avance tout droit vers la crise de régime.

MG

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