lundi 23 juin 2014

L’informateur De Wever torpillé par le PS


MATHIEU COLLEYN   La Libre



Quel ramdam socialiste ce week-end. Pas un lecteur de journaux n’aura échappé à la vaste opération de communication menée par le tandem Di Rupo-Magnette. Les deux présidents du PS s’en sont donné à cœur joie : exclu des démarches de l’informateur De Wever, le PS s’en prend à une coalition fédérale de droite qui est pourtant loin d’être passée du fantasme nationaliste à la réalité. En résumé, le message est le suivant : une coalition de droite représente un danger pour "les gens" car elle menacerait la protection sociale, la tripartite sortante fut renforcée par les urnes, le PS a gagné les élections et ne souhaite pas gouverner avec la N-VA. Le PS joue la clarté du propos. C’est d’autant plus facile qu’il est en train de bétonner les coalitions dans les Régions wallonne et bruxelloise et que Bart De Wever l’exclut délibérément du jeu fédéral. Comme souvent, ce genre de communication a un double usage. Interne et externe.

A l’intérieur du PS, il s’agit pour le duo présidentiel de réaffirmer la ligne du parti. Le PS est toujours candidat au pouvoir au niveau fédéral. C’est que depuis quelques jours, l’idée selon laquelle une petite cure d’opposition fédérale ne ferait pas de mal au PS, alors que ses concurrents à gauche se sont multipliés, fait surface (PTB et Ecolo s’apprêtent à tirer à tout va depuis l’opposition à tous les niveaux de pouvoir). On a déjà entendu des ténors comme Frédéric Daerden ou encore Philippe Moureaux s’exprimer en ce sens. D’un point de vue partisan, ce n’est évidemment pas idiot. Alors qu’un gouvernement de droite s’attaquerait aux acquis sociaux pendant cinq ans, le PS, appuyé par les syndicats, ferait feu de tous bois. Et le plein de voix dans la perspective des prochaines élections. C’est aujourd’hui clair comme de l’eau de roche, ce n’est pas le message que le boulevard de l’Empereur entend délivrer. Ni à l’intérieur ni à l’extérieur du parti.

VIVE LA TRIPARTITE

En termes de coalition, les préférences du PS sont également très claires. Elio Di Rupo et Paul Magnette se sont employés à lister tous les défauts d’une coalition qui laisserait le PS hors jeu. A commencer par une formule où le MR serait le seul parti francophone de l’attelage fédéral. Il n’y aurait, et c’est un danger pour les francophones, pas de majorité dans le groupe francophone de laChambre (rappelons que les partenaires flamands de l’actuelle majorité - CD&V, Open VLD, SP.A - ont gouverné deux ans durant sans majorité dans leur groupe). En bref : le PS plaide pour la reconduction de la tripartite traditionnelle. Tiens tiens, celle qu’Elio Di Rupo dirige depuis le mois de décembre 2011 et qui, rappelle-t-il, a progressé en sièges le 25 mai dernier.

Les présidents du PS vont jusqu’à minimiser la victoire de la N-VA en précisant que celle-ci est surtout due à un transfert de voix de l’extrême droite du Vlaams Belang. Et d’aucuns d’imaginer qu’Elio Di Rupo n’a pas encore complètement renoncé au 16 rue de la Loi.

OTAGE OU PAS OTAGE

Reste que les libéraux ne goûtèrent que très modérément au coup de force socialiste. Pour le MR, c’est Gérard Deprez qui fut envoyé sur le plateau de la RTBF pour livrer son analyse de la communication du PS. Le très proche des Michel père et fils a eu l’impression d’assister à un sketch des frères Taloche, a-t-il lancé. Gérard Deprez dénonce "l’intox" du PS qui, selon lui, ne sort pas vainqueur des élections malgré son maintien à la première place des partis en Wallonie comme à Bruxelles. Pour preuve, les trois sièges perdus à la Chambre et les "quelques dizaines de milliers de voix" qui se sont détournées du PS. Le député européen, se basant sur l’interview donnée samedi par Paul Magnette au "Soir", estime que "Le PS se réserve le droit, si nécessaire, d’aller au gouvernement avec la N-VA alors qu’il le refuse aux autres". Les salves du MR vont également vers un CDH "pris en otage" par le PS alors qu’il peine à s’inscrire dans la dynamique de centre-droit que tente d’imposer Bart De Wever. Pas de quoi faire sortir le président humaniste de son flegme. Il attend toujours des éclaircissements sur les intentions de Bart De Wever. Quelque chose qui serait de nature à instaurer de la confiance entre les deux partis. Il ne faut sans doute pas avoir fait science po pour se douter que le CDH préférera la tripartite à une alliance avec les nationalistes.

Pour l’Open VLD, Alexander De Croo a enfoncé le clou en taclant l’idée que le CDH est un parti de centre-droit. Il l’est autant que Vladimir Poutine est supporter des Diables rouges, a-t-il ironisé à quelques heures du match Belgique-Russie. Au passage, il invite le Premier ministre en affaires courantes à plus de discrétion, vu ses fonctions. Bref, le centre-droit semble s’être perdu durant la mission d’information de Bart De Wever que le PS n’a de cesse de torpiller. Les derniers événements politico-médiatiques en date confirment que la stratégie socialiste est bien de profiter d’un éventuel embourbement fédéral pour remonter sur scène en sauveur. On attend un nouveau rapport au Roi de Bart De Wever mercredi. L’informateur en serait à la rédaction de propositions concrètes pour ses potentiels partenaires de centre-droit.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

ILS BRASSENT LE VENT



Le bras de fer, c’est entre Elio Di Rupo et Bart de Wever qu’il se joue. Les autres ne sont dans ce vaudeville que des seconds rôles, voire de simples figurants. Pour le Montois machiavélique, il s’agit de donner le coup de grâce au mouvement réformateur qui gagne les élections mais se montre incapable de transformer l’essai et échoue dans les négociations. Dire que le CDH soit devenu le vassal obligé du parti socialiste est un euphémisme. En vérité, c’est la Belgique dans son ensemble qui va, une fois de plus, être prise en tenaille par le très habile Elio Di Rupo. Son adversaire flamand aura donné le change en offrant toutes ses chances à une coalition fédérale se focalisant sur les priorités financières et économiques. S’il devait échouer, il n’aurait aucun mal à affirmer que ce pays est devenu ingouvernable et par conséquent qu’il faut le réduire à deux confédérations complètement autonomes. On y va tout droit.

Sans avoir vraiment gagné les élections, sans les avoir franchement perdues, à force d’habileté stratégique et de rouerie, les socialistes risquent bien de se retrouver pour cinq ans à tous les niveaux de pouvoir.

Conquérir le pouvoir est une chose, l’exercer en est une autre. Il serait bon qu’Elio Di Rupo médite ceci, en songeant à l’expérience douloureuse de son collègue François Hollande qui risque bien de sonner le glas de la gauche française pour très longtemps.

Si le flamingant devait réussir, la Belgique serait en proie à cinq années de troubles sociaux extrêmement préjudiciables à son économie. Si le Florentin devait l’emporter, c’est à l’agonie lente du régime constitutionnel belge que nous assisterions. Hélas, il n’existe pas de troisième cas de figure : c’est l’un ou l’autre, à la limite l’un et l’autre. Il nous faudra vivre soit avec que la peste, soit avec le choléra. Ce qu’il faudrait cependant, c’est un véritable gouvernement d’union nationale capable de prendre des mesures extrêmement impopulaires dans l’union et la force afin d’imposer des réformes de structure à notre Etat vieilli qui s’embourbe dans l’endettement. On s’étonnera, une fois encore, qu’il n’est aucun homme d’État capable d’élever la voix dans cette tempête qui s’annonce. Guy Spitaels aurait sans doute eu ce cran et peut être Jean-Luc Dehaene, Guy Verhofstadt également s’il n’avait jeté tout son poids politique dans la balance européenne.

Les interventions de Philippe Moureaux ou de Gérard Deprez manquent terriblement de souffle, de puissance visionnaire. Louis Michel, soucieux de ne pas gêner son fils, (contrairement Albert II qui fait l’inverse) est peut-être le seul capable d’élever le débat. Bien sûr, on ignore encore qui le roi désignera comme prochain informateur lorsque Bart aura déposé son tablier.

En attendant, les belges se griment aux trois couleurs et se grisent d’une victoire de pacotille qui a pour seul avantage de leur faire oublier, dans une orgie de bière, la pénibilité du quotidien. Beaucoup se préparent à partir en vacances et à oublier tout cela. Ceux qui nous avaient prédit un gouvernement pour le 21 juillet devront, je le crains, revoir leur copie. Pour qui veut résumer tout cela, cela peut se réduire à une phrase : la N-VA veut conquérir un pouvoir que le PS n’est pas prêt à lui céder.

Tout le reste n’est que brassage de vent.

MG

 

 

 

 

 

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