lundi 23 juin 2014

S’il vous plaît, Madame Merkel…


Maroun Labaki Le Soir

L’actualité est avare de bonnes nouvelles. Il faut donc saluer la position adoptée samedi à Paris par les neuf chefs d’Etat ou de gouvernement socialistes et sociaux-démocrates de l’Union européenne. Par la voix de François Hollande, ils ont officiellement apporté leur soutien à Jean-Claude Juncker pour la présidence de la Commission européenne. Ce faisant, ils ont en réalité accepté la lecture faite par le Parlement européen du Traité de Lisbonne : « Nous respectons l’esprit qui a présidé aux élections européennes, c’est-à-dire que le parti qui arrive en tête puisse proposer son candidat », a expliqué le chef de l’Etat français. Pour rappel : l’ancien Premier ministre luxembourgeois appartient au PPE, la grande famille politique européenne de centre-droit.

Bien sûr, les hôtes de François Hollande ont assorti cet appui à Jean-Claude Juncker de quelques considérations, où d’aucuns verront des conditions polies. « D’autres responsabilités peuvent échoir à des noms qui sont d’inspiration sociale-démocrate », a suggéré François Hollande. Cette revendication paraît d’autant plus légitime que la famille socialiste et sociale-démocrate dispose du deuxième groupe politique le plus important au Parlement européen, et que ses eurodéputés s’apprêtent à « élire » le briscard luxembourgeois à la présidence de la Commission.

Au demeurant, les socialistes et sociaux-démocrates ont une très bonne candidate (officieuse) pour la succession de Herman Van Rompuy à la tête du Conseil européen : Helle Thorning-Schmidt, qui est la Première ministre du Danemark depuis près de trois ans. La principale intéressée ne dit rien pour le moment, mais tout le monde parle beaucoup d’elle…

Il n’y a cependant pas que les hommes… et les femmes ! Il y a aussi les idées ! Les dirigeants socialistes et sociaux-démocrates souhaitent « utiliser toutes les marges, toutes les souplesses du Pacte de stabilité » pour relancer la croissance et l’emploi. C’est l’un des leitmotivs du nouveau chef du gouvernement italien, Matteo Renzi. En clair : que certaines dépenses publiques, assimilables à des investissements dans l’avenir, ne soient plus comptabilisées de la même façon dans les déficits des Etats. Mario Monti, Italien lui aussi, mais ni socialiste ni même social-démocrate, prônait déjà de ne plus loger à la même enseigne toutes les dépenses publiques.

Les socialistes et sociaux-démocrates se sentent aujourd’hui assez forts pour demander une réouverture du débat sur l’austérité. C’est une bonne idée. Ce ne sera toutefois pas facile. Angela Merkel a semblé donner sa bénédiction, la semaine dernière à Berlin, à Helle Thorning-Schmidt. La « grande coalition », elle connaît ! De là à consentir à un assouplissement des règles de la gouvernance économique européenne…

Les rapports de force peuvent évidemment évoluer. Mais, pour l’heure, ils sont ce qu’ils sont. C’est à peine grossir le trait, d’écrire : Junker à la Commission, Thorning-Schmidt au Conseil, et Merkel au pouvoir…

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

DE COMPROMIS EN COMPROMIS

De compromis en compromis, l’Europe, comme la Belgique, ira cahin-caha à l’implosion. Certes, cette charmante jeune femme qui fit le buzz grâce à un selfie avec le président Obama, lors des obsèques nationales de Nelson Mandela, ne manque pas de piquant. Elle nous fera oublier bien vite le visage britannique de la politique étrangère européenne.

 

Notre génial mais trop brouillon, trop bouillonnant Guy Verhofstadt aurait porté plus haut la bannière de l’Europe. Mais cela nos « amis » anglais n’en veulent à aucun prix. C’est eux qui ont voulu la Belgique en 1830, c'est eux qui, aujourd’hui, rêvent de démanteler l’Europe.

On aimerait qu’ils la quittent, eux que rien ou presque ne retient au sein de l’Europe. Mais ils s’accrochent comme une moule à l’estacade et lui imposent leurs volontés.

C’est à vous dégoûter de l’idée européenne.

La bonne nouvelle, ce serait que, désenchanté par son échec européen, Guy Verhofstadt accepte de remonter sur le ring belge pour une mission de déminage au niveau fédéral. On peut rêver.

MG


SI C'ÉTAIT "HELLE", LA PRÉSIDENTE ?




La Première ministre danoise, Helle Thorning-Schmidt, candidate à la présidence de la Commission. Ses atouts : être une femme, sociale-démocrate, appréciée des Européens du Nord. / ReutersFlorence Autret  |  28/04/2014, 13:28  -  670  motsElle a été rendue célèbre grâce à un selfie réalisé avec Barak Obama et David Cameron, lors de la cérémonie d'hommage à Nelson Mandela. Cette social-démocrate, Premier ministre du Danemark, pourrait bien présenter un meilleur profil pour gagner la présidence de la Commission européenne que l'allemand Martin Schulz.

 

 

 

En couverture du Sun, le tabloïd anglais, on la voyait tout sourire en train de faire un selfie avec Barack Obama et David Cameron. C'était pendant la cérémonie d'hommage à Nelson Mandela, ce combattant antiapartheid qui fut aussi son premier combat à elle, au Danemark, lorsque Helle Thorning-Schmidt entra au Parti social-démocrate, à 27 ans.

Peut-être cet instant restera-t-il aussi comme le début de sa montée au firmament européen. Les élections européennes se rapprochent et le doute grandit sur les chances de Martin Schulz, le candidat du Parti social-démocrate européen, d'accéder à la présidence de la Commission européenne si la gauche gagnait.

Helle, l'anglo-Hollande compatible

C'est alors que la haute silhouette d'«Helle» entre dans le champ de la photo virtuelle des candidats. Madame le Première ministre danois a tout pour elle, outre sa complicité avec le président américain. Elle est chef d'un exécutif européen, comme la plupart des présidents de la Commission dans le passé. Mariée au fils de Neil Kinnock, l'ancien leader travailliste britannique, elle est «anglo-compatible».

Sociale-démocrate, elle cadre également parfaitement avec les contraintes politiques de la chancelière allemande, qui gouverne à Berlin avec le SPD, comme avec celles du président français. Elle est également maître dans l'art de gouverner en coalition, venant d'un pays où, depuis plus d'un siècle, aucun Premier ministre n'a pu s'appuyer sur une majorité absolue à la chambre.

Last but not least, Helle est une « elle »...

Reste à régler le « cas Schulz ». Si le Conseil européen écartait le candidat officiel du PSE, Martin Schulz, au profit d'une des siens, ce serait une gifle pour lui mais aussi pour l'institution qu'il préside. Le Parlement européen revendique plus bruyamment que jamais un droit sur le choix du futur président de la Commission. Mais imaginez un instant le dilemme des députés, champions historiques de l'égalité hommes-femmes, s'ils devaient bloquer l'accession d'une femme au 13e étage du Berlaymont !

Délicat, pour le moins. Et personne ne doute à Bruxelles qu'un bon lot de consolation, comme le poste de haut représentant de l'UE (le chef de la diplomatie européenne), saurait calmer la colère de Martin.

La candidate du "FMI" ?

À droite aussi, une femme se profile derrière la figure du candidat du PPE. D'autant qu'on s'interroge : Jean-Claude Juncker est-il vraiment l'homme qu'il faut pour diriger un paquebot administratif de 33.000 fonctionnaires ? Christine Lagarde a publiquement démenti toute espèce de candidature. 

Son mandat de directrice générale du FMI se termine fin 2016. Mais, « si Merkel l'appelle et lui demande de venir, elle le fera », explique un proche de l'ancienne ministre de l'Économie. Encore une candidate potentielle bien vue à Washington et qui présente, vis-à-vis de l'Élysée, un avantage évident : sa nationalité.

On ne saura qu'après les élections européennes si l'une de ces deux «elles» accédera finalement à la tête de la Commission, ce qui serait une première dans l'histoire de l'institution. Mais une chose est certaine : ce serait un signal fort pour une société européenne où l'égalité entre les sexes reste encore largement à conquérir.

Pur hasard du calendrier, alors que ces spéculations vont bon train, la Commission a récemment publié quelques chiffres parlants. Pour le même travail, les femmes gagnent en moyenne 16,4% de moins que les hommes...

Et elles sont notoirement sous-représentées dans les parlements (seuls 27% des députés sont des femmes), sans parler des conseils d'administration des sociétés cotées, dont moins d'un membre sur cinq est une dame !

« Au rythme de progression actuel, il faudra soixante-dix ans pour parvenir à l'égalité de rémunération, et vingt ans avant que 40% de femmes siègent dans les parlements nationaux », note l'exécutif européen.

Des statistiques que ne peut pas changer une simple nomination, mais qui donneraient justement à celle-ci une force symbolique encore plus grande.

 

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