jeudi 5 juin 2014

Tuerie de Bruxelles : quel rôle a joué l'Etat islamique en Irak et au Levant ?


Le Vif

L'auteur présumé de la tuerie de Bruxelles a peut-être passé plus d'un an en Syrie au sein de "l'Etat islamique de l'Irak et du Levant". Ce dernier attire de nombreux aspirants au djihad.




Image extraite d'une vidéo diffusée le 4 janvier 2014 par le groupe djihadiste Etat islamique en Irak et au Levant. (AFP)

Medhi Nemmouche, suspecté d'être l'auteur de la tuerie au musée juif de Bruxelles a passé plus d'un an en Syrie, "où il semble avoir rejoint les rangs de groupes combattants", tel que l'Etat islamique de l'Irak et du Levant (EIIL). Lors de son interpellation à Marseille, un drap blanc sur lequel était inscrit en arabe "Etat islamique d'Irak et du Levant" et "Dieu est grand" a été saisi par les enquêteurs. Pour l'heure, aucun lien direct n'a été établi entre ce groupe djihadiste très violent et les assassinats de Bruxelles. Et EIIL n'a pas revendiqué cette attaque et n'a d'ailleurs jamais commis d'attentat dans les pays occidentaux.

Ce qui est certain en revanche, c'est qu'EIIL attire de nombreux aspirants au djihad. Plus de 2.000 combattants en Syrie sont européens, et une majorité parmi les Français (environ 700 selon le ministère de l'Intérieur dont les femmes et les enfants des combattants) sont engagés auprès de l'EIIL, plutôt qu'au sein de Jabat al-Nosra, l'autre principal groupe djihadiste qui agit en Syrie et qui se revendique comme la branche officielle d'Al-Qaïda en Syrie. "Les personnes qui évoluent dans les courants les plus radicaux en France et qui sont prêtes à combattre en Syrie vont chercher les mouvements les plus déterminés. EIIL attire car ilsait mettre en scène sa violence, est fort dans sa communication et est le plus développé. Il a réussi à ringardiser Al-Qaïda", explique RomainCaillet, chercheur à l'institut français du Proche-Orient de Beyrouth.

EIIL GAGNE DU TERRAIN

Apparu en 2013 en Syrie, EIIL a conquis ces dernières années de nombreuses places fortes du djihad. Issu de l'Etat islamique en Irak (ISI) créé en 2007 contre l'offensive américaine et dirigé par Abou Bakr al-Baghdadi, EIIL n'a pas fait allégeance au chef d'Al-Qaïda, Ayman al-Zawahiri, qui a désigné son rival Al-Nosra comme la branche officielle d'Al-Qaïda en Syrie et a de fait évincé un groupe indésirable. Mais EIIL revendique la même idéologie djihadiste, poursuit sa guerre contre le chiisme et veut installer un califat islamique dans une région située entre la Syrie et l'Irak.

Dans cette perspective, EIIL a remporté une victoire de taille sur le terrain au début de l'année en s'emparant de la ville de Falloujah en Irak, à l'ouest de Bagdad, et de plusieurs quartiers de la ville de Ramadi, à 100 kilomètres à l'ouest de la capitale -deux cités situées dans la province majoritairement sunnite d'Al-Anbar. Une victoire idéologique, Falloujahétant le symbole de la résistance djihadiste face aux Américains lors de la guerre en Irak, qui sert de propagande pour recruter des volontaires au combat. Mais EIIL a surtout fait un retour fracassant à la faveur du conflit syrien où, à partir de janvier 2014, il se montre de plus en plus offensif afin de contrer son frère ennemi, le front Al-Nosra.

NEMMOUCHE A-T-IL ÉTÉ ENVOYÉ PAR EIIL ?

Depuis la découverte de possibles liens entre Medhi Nemmouche et EIIL, la question se pose désormais de savoir si le groupe djihadiste a des objectifs militaires qui ferait de l'Europe, et plus généralement de l'Occident, une cible potentielle, et si le Français a été téléguidé par EIIL. Pour Romain Caillet, EIIL est "dans une logique régionale" qui ne s'inscrit pas, à priori, dans une volonté de toucher les pays occidentaux. "C'est une réelle différence avec Al-Qaïda qui a toujours dit, par la voix même d'al-Zawahiri, que son ennemi principal était l'Occident, et en second lieu Israël", souligne le chercheur.

Sceptique, il explique que les Français sur le terrain sont souvent utilisés comme de la chair à canon lors d'attentats-suicides. "EIIL s'intéresse davantage aux Tchétchènes par exemple qui ont une plus grande expertise guerrière. On remarque que les Français recrutés par EIIL sont parfois déplacés vers l'Est et vers l'Irak. Si le groupe djihadiste avaitl'intention de renvoyer les combattants dans leurs pays d'origine pour organiser des attentats, il les mettrait de côté et les formerait dans ce but."

 SE LÉGITIMER À GAZA

Cependant, "l'hypothèse d'une action coordonnée par EIIL, qui s'inscrirait toujours dans une logique régionale " n'est pas à exclure ."EIIL est en train de s'implanter à Gaza. Au-delà des islamistes, pour les musulmans, le Levant comprend la Syrie, la Jordanie, le Liban et la Palestine. L'EIIL a été notamment soutenu par un groupe djihadiste basé à Gaza, le conseil des Moudjahidines. Le Hamas a démenti toute présence de l'EIIL à Gaza. Toujours est-il qu'il y a une volonté de l'EIIL de s'y installer durablement. Le fait de frapper une cible qui soit assimilé à Israël en Occident, comme le musée juif de Bruxelles peut lui servir à se légitimer sur le terrain palestinien. Dans l'instant où EIIL s'impose en Palestine, que le cœur du djihad aujourd'hui est la Syrie et l'Irak, qu'Al-Qaïda est en voie d'être vaincu en Syrie, le groupe joue sur les deux tableaux : il se légitime en Palestine et s'internationalise mais toujours dans la logique d'avoir un ancrage régional."

Pour certains, la compétition à laquelle se livre EIIL avec les autres groupes djihadistes pourrait avoir des conséquences directes sur le terrorisme international. Interrogé par "Libération", le spécialiste Jean-Pierre Filiu estime que "pour consolider son éviction d'al-Zawahirial-Baghdadi doit organiser un attentat majeur dans un pays occidental, ce dont Al-Qaïda a été incapable depuis une décennie".

 

Sarah Diffalah - Le Nouvel Observateur

 

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

EIIL HITLER !

« EIIL revendique la même idéologie djihadiste qu'Al-Qaïda, poursuit sa guerre contre le chiisme et veut installer un califat islamique dans une région située entre la Syrie et l'Irak. »

Voilà qui est de nature à renforcer la république islamique/ste (?) d’Iran et à créer à côté de la Turquie, musulmane elle aussi, une puissance islamiste de toute première force au cœur du Moyen Orient, de quoi terrifier Israël et faire trembler l’Europe, victime potentielle de raids déstabilisateurs de terroristes  djihadistes bien entraînés de type Merhad ou encore Nemmouche.

Commentaires d’internautes :« Quand les instances musulmanes de France viendront clamer haut et fort leur rejet de ces extrémistes, alors peut-être que les Français auront une approche différente de l'islam. Tant qu'il n'y a pas de critique claire et limpide de tous ces comportements, les gens feront l'amalgame. »

Difficile de rejeter un tel argument d’un revers de la main. Les réactions musulmanes à cet attentant cruel sont molles, voire inexistantes ? C’est ce qui incite un autre commentateur à se lâcher :« Le Syrien est dans cette partie du monde le dernier rempart contre l'obscurantisme religieux et voilé.  S'il disparaissait ... les conséquences seraient désastreuses pour toute la région, et peut être aussi pour le monde civilisé. » Et de redouter que ne se profile à l’horizon un véritable choc des civilisations aux conséquences imprévisibles. Il est vrai qu’avec le « clash », le choc entre la Russie et l’Occident, la guerre des nerfs  sino-japonaise, les turbulences africaines, la thèse du choc des civilisations échafaudée par Huntington pèse de plus en plus comme un spectre menaçant sur la planète.

Et un autre forumeur français de conclure dans l’esprit du temps : « Au lieu de faire la guerre aux 'fachos' on ferait bien de s'intéresser à la montée des intégristes religieux qui envahit notre beau pays en panne de religion et de valeurs. »

Nemmouche a réussi son coup infâme : faire trembler l’Europe sur ses bases en ravivant le spectre de l’antisémitisme.

L’horizon mondial s’assombrit de jour en jour, comme il y a un siècle.

MG

 

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