lundi 9 juin 2014

"Si un imam sort du rang, on va lui déclarer la guerre!"

DH



"Dans les mosquées de Bruxelles, les fondamentalistes n'ont pas leur place." Tel est le principal message de l'administrateur de l'Union des mosquées de Bruxelles. Ce responsable de la mosquéeAttadamoune de Molenbeek évoque l'évolution de l'islam en Belgique, ses difficultés, ses faiblesses organisationnelles, son image et les jeunes fondamentalistes. Jamal Habbachich, qui est aussi professeur de religion islamique. 

 

Extraits :

LES AUTORITÉS MUSULMANES BELGES NE SE POSITIONNENT PAS TOUJOURS VIS-À-VIS DES DÉRIVES COMMISES AU NOM DE L'ISLAM. CELA LAISSE PARFOIS PENSER QUE VOUS NE LES CONDAMNEZ PAS...

Quand Sharia4Belgium agissait, il y a eu une réaction unanime des imams de Belgique qui se sont dressés contre. Mais c'est vrai que nous sommes une communauté réservée, à qui il faut du temps. Nous n'avons pas de grande structure hiérarchisée comme les juifs de Belgique, qui réagissent à la minute. Nous, nous sommes composés de beaucoup de groupes. Parfois, pour joindre certaines personnes, il faut deux à trois jours. Notre communauté est encore à un stade primaire d'organisation.

CELA NE VOUS JOUE-T-IL PAS DES TOURS ?

Oui, il faut être lucide, les imams de Bruxelles ont un double problème. Le premier est linguistique puisque la majorité ne parle pas français. Donc, quand ils veulent rédiger un communiqué, il est d'abord écrit en arabe puis traduit en français. Le deuxième : en Belgique, nous n'avons pas une autorité qui coiffe tous les imams.

N'Y A-T-IL PAS AUSSI UNE CRAINTE DES IMAMS D'ÊTRE - VERBALEMENT OU PHYSIQUEMENT - PRIS À PARTIE S'ILS PRENNENT DES POSITIONS QUI VONT À L'ENCONTRE DE CERTAINES FRACTIONS DE MUSULMANS RADICAUX ?

Il y a 20 ans, la crainte existait mais plus maintenant. Parce qu'un travail de fond a été effectué sur la formation des imams et des cadres des mosquées, pour les sensibiliser au fait qu'on vit au coeur del'Europe et qu'il y a un type d'islam qui n'est plus d’actualité ici. On vit un islam modéré, tel que le prophète l'a vécu. On a un pacte entre nous : si un imam sort du rang, on va lui déclarer la guerre! Il va avoir la foudre sur la tête!

SI LES IMAMS NE PARLENT PAS FRANÇAIS, PARVIENNENT-ILS À S'INTÉGRER DANS LA SOCIÉTÉ ?

Le président de la Ligue des imams est ici depuis 25 ans et il ne parle pas français. Le président du Conseil des Théologiens est ici depuis une trentaine d'années et ne parle ni français ni néerlandais. Ce n'est pas normal... Certains imams ont des traducteurs. C'est une mentalité, une culture de certains pays d'origine. Mais cette barrière linguistique les dérange...

COMMENT VIVEZ-VOUS LES CRITIQUES DE CEUX QUI AFFIRMENT QUE LES MUSULMANS QUI NE S'ADAPTENT PAS À LA CULTURE DU PAYS NE DOIVENT PAS RESTER ?

On en parle, on demande aux imams de sensibiliser les fidèles qui fréquentent les mosquées à notre présence en Belgique, à notre participation à la vie citoyenne. Aujourd'hui, qu'un voile empêche une fille d'aller à l'école n'est pas dans l'esprit de l'islam. La tradition prend encore trop le pas sur la religion. Il n'y a pas encore assez de cadres à la hauteur pour expliquer aux fidèles quelles sont les finalités de cette religion. La situation islamique du Moyen Âge a montré un élan extraordinaire du savoir, de l'ouverture à l'autre. Malheureusement, des musulmans qui vivent ici ont pris l'islam des traditions et c'est parfois compliqué de les faire sortir de cet engrenage de traditions pour les amener à l'islam des Lumières. Il subsiste un courant conservateur qui craint une perte de valeurs, de se fondre dans la masse.

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

IL EST URGENT DE FORMER DANS NOS UNIVERSITÉS DES AUMONIERS ET DES IMAMS DE TERRAIN

Ne revenons pas sur le problème de la radicalisation et de ses causes, elles sont connues. On sait que les prédicateurs des rues, de courant salafiste, recrutent à tour de bras des mineurs fragilisés par des parcours familiaux chaotiques et/ou une scolarité erratique. Certes, la responsabilité des parents surtout, celle de l’école et de la société ensuite sont considérables, cela a été dit et redit adnauseam.

Mais ce dont on parle peu ou prou c’est des contre-feux qu’il conviendrait d’opposer à cette islamisation radicale qui « lave » les jeunes cerveaux et transforme ses proies fragilisées en otages des jihadistes lesquels en font des Merah, des Mehdi Nemmouche, autrement dit des machines à tuer qui ont la haine de tout mais au fond  « n'égarent qu'eux-mêmes".  

Le comble du paradoxe c’est que Mehdi veut dire en arabe, « celui qui bien se guide » autrement dit, celui qui est responsable de soi et se laisse guider par une éthique, en l’occurrence, s’il se veut musulman, l« guidance »  coranique laquelle n’est rien d’autre qu’un « rappel » des « guidances » juive, chrétienne ou simplement éthique au sens strict de l’impératif catégorique comme le désignera Kant, philosophe des Lumières. "Butinez de tous les fruits" dit le Coran.

Il serait bon de rappeler à tous ces fanatisés que « jihad »  a aussi -et avant tout- un sens éthique, celui de « l’effort majeur » (J. Berque), le travail moral à accomplir sur soi pour devenir un « Bel Agissant », toujours  selon l’expression de Jacques Berque (essai de traduction du Coran) car « celui qui bien se guide ne saurait s’égarer en s’éloignant du chemin de rectitude » : "Qui fait effort ne l'aura fait que pour lui-même"  "qui aura fait un atome de bien le verra ; qui aura fait un atome de mal le  verra" "Bel-agir trouverait-il récompense autre que bel-agir?" "Qui fait une oeuvre salutaire, c'est pour soi- même ; qui fait le mal, c'est contre soi-même." Berque commente : « le bien et le mal constituent leur propre rétribution » Il ne s‘agit donc rien moins que de faire le bien non pas en attente d’une quelconque récompense mais, simplement,  par amour du bien. Hannah Arendt dénoncera « la banalité du mal » chez un Eichmann déshumanisé et déresponsabilisé par un système totalitaire. Sa conclusion : « Eichmann wareinfach unfähig zu denken » Fanatisé, conditionné par la propagande nazie, Eichmann était en effet « incapable de penser par lui-même » comme ces Mehra ou Nemmouche et les centaines de gamins partis errer sur les sentiers de la guerre en Syrie, qui nous reviennent hagards et décervelés.


On nous explique que les aumôniers en fonction dans nos prisons -le plus souvent importés d’ailleurs- sont « vieux et peu ou pas au fait des mœurs occidentales et des problèmes identitaires des jeunes en déshérance ». De plus, de l’aveu même de de l'administrateur de l'Union des mosquées de Bruxelles :« Le président de la Ligue des imams est ici depuis 25 ans et il ne parle pas français. Le président du Conseil des Théologiens est ici depuis une trentaine d'années et ne parle ni français ni néerlandais. Ce n'est pas normal... »

Non franchement, c’est tout sauf normal !

Quand allons-nous enfin nous décider, ici, en Europe à former des imams et des aumôniers musulmans, des guides éclairés ("Trouvé dans l'errance, il te guidera") dans nos universités avec un enseignement solide et une lecture critique, actuelle, moderne du texte coranique fondateur qui- peu le savent- contient une éthique au moins aussi rayonnante que l’éthique chrétienne ou l’éthique juive que le Coran appelle l’éthique de « l’Agir Bellement »?

Les Merah, les Nemmouche qui s’acharnent sur des victimes expiatoires juives savent-ils que Coran et Thora affirment d’une même voix que  "Tuer une âme non coupable de meurtre d'une autre âme ou de dégât sur la terre, c'est comme d'avoir tué l'humanité entière; faire vivre une âme, c'est comme faire vivre l'humanité entière. " ? C’est cela qu’on aimerait entendre de la bouche d’imams, de médiateurs, d’aumôniers musulmans et profs de religion islamique.

 C’est que la majorité des musulmans pratiquants se contentent de respecter mécaniquement une orthopraxie musulmane (fondée sur un modèle comportemental basé sur des rituels de prière et le respect de règles alimentaires et vestimentaires : les cinq piliers de l’islam) ils sont généralement peu familiers de leur texte fondateur et de son éthique, même si les plus pieux d’entre eux savent lpe texte par cœur. On sait que, de la même manière, la majorité des catholiques connaissent à peine « leurs » évangiles, qu’ils les lisent et consultent rarement, contrairement aux protestants qui en font une lecture quotidienne, personnelle et libre-exaministe (le terme vient de chez eux) le plus souvent en famille et aux juifs pieux qui se coltinent en permanence avec leurs écritures.

Farhad Khosrokhavar précise qu’il manque des centaines d’aumôniers musulmans dans les prisons de France et sans doute un peu moins en Belgique, par simple déduction. N’est-il pas urgent, plutôt que d’importer des prédicateurs et des théologiens incertains, venus d’ailleurs, donc incontrôlables, de former enfin des imams et des aumôniers belges, français, européens, rompus aux subtilités théologiques, capables de comprendre ces jeunes déboussolés et désireux de les resocialiser, bref des salafistes à l’envers. "Trouvés dans l'errance, ils les  guideront vers la rectitude."


Cela exigera d’eux certes une connaissance approfondie du Coran mais également une maîtrise de la culture occidentale et un respect de ses valeurs, de larges notions en sociologie et en psychologie bref un curriculum complet et différencié, ce qui suppose au minimum un « bac plus quatre ». Certes on en parle depuis des années mais rien ne se fait concrètement et on perd un temps précieux qui ne se rattrapera pas.

Les lecteurs de cette interview du Nouvel Obs font diverses propositions mais elles sont de caractère essentiellement répressif, voyez plutôt : « il faut rendre légalement apatride tous ces terroristes "français" qui partent se former au meurtre en Syrie. » « Il faut leur interdire de rentrer sur le territoire national et en faire officiellement des ennemis de la France et les traiter en conséquence s'ils avaient des velléités de mettre en pratique en Europe les leçons apprises au Levant. » « Les démocraties ont l'obligation de se défendre avec fermeté et ne pas tenir compte de leurs lois de liberté avec ceux qui veulent détruire les valeurs de démocratie. » « C'est ainsi que nous avons vaincu le nazisme. En mettant sous le boisseau durant un temps, le respect des libertés fondamentales vis à vis de nos ennemis. » 

On constatera en lisant ces propositions radicales que la pensée « lepenniste » fait des adeptes, des « convertis » par milliers. « Le danger dans tout cela », écrit un internaute plus modéré « c'est l'amalgame qui risque d'être fait entre ces individus qui se radicalisent et tous les autres musulmans... ». En effet ! 

Ce qu'il faudrait désigner d’urgence, insiste un ami musulman « c'est un médiateur dont la tâche consisterait à débroussailler tout le fatras accumulé depuis 30 ans autour de l'islam (depuis la révolution iranienne en fait) afin de réconcilier à la fois les musulmans avec la réalité de leur spiritualité, de leur foi, de leur religion. Il s'agit aussi d'entamer rapidement un dialogue inter-religieux disons plutôt inter-éthique(s). Un médiateur dans chaque pays européen avec un "super" médiateur européen -pourquoi pas basé à Bruxelles- et qui travaillerait directement avec les gouvernements des différents pays de l'Union européenne. Tariq Ramadan est accrédité auprès du gouvernement britannique mais il ne fait pas le poids et on l’accuse, à juste titre, de pratiquer un double langage. Dans le cas du quadruple meurtre terroriste du musée juif, ce médiateur servirait de relais entre les autorités et la presse, les responsables religieux et associatifs afin d'éviter tout dérapage ou récupération, afin de centrer le débat autour des vrais enjeux.

 

Il serait chargé de rédiger –en s’inspirant notamment de la charte des musulmans de France- la charte de l'islam européen, citoyen, responsable et authentique, c’est-à-dire fondamentalement éthique ! »

 

L’enjeu est de taille car, comme l’avait compris le grand islamologue Mohamed Arkoun, le XXIème siècle sera soit le siècle de la modernisation de l’islam soit celui de l’islamisation de la modernité.

De même que dans la charte de la laïcité , il y a à boire et à manger dans les chartes pour un islam français et pour un islam européen que nous publions en annexe.

Tous ces textes sont amendables, ils ont le mérite d’exister et auraient grand avantage à être mieux connus du grand public.

MG

 



TUERIE DE BRUXELLES : "NEMMOUCHE A ÉTÉ RADICALISÉ EN SYRIE, PAS EN PRISON"


Pour le sociologue Farhad Khosrokhavar, la prison peut avoir poussé MehdiNemmouche au fondamentalisme, mais c'est son séjour en Syrie qui l'a transformé en "machine à tuer".



Mehdi Nemmouche. (STR/AFP)

Agé de 29 ans, Mehdi Nemmouche est soupçonné d'avoir perpétré la tuerie du Musée juif de Bruxelles. Le jeune homme a effectué de multiples séjours en prison où il aurait été gagné par le prosélytisme, relançant le débat sur la pratique de l'Islam dans les lieux d'enfermement. Sociologue à l'EHESS et auteur de "L'Islam dans les prisons", Farhad Khosrokhavar établit une distinction claire entre fondamentalisme et djihadisme.

 

BERNARD CAZENEUVE A-T-IL RAISON LORSQU'IL ÉVOQUE UNE "DIFFUSION D'UNE PENSÉE RADICALE" EN PRISON ?

- Peut-être a-t-il des informations dont je ne dispose pas. Je pense que c'est un mauvais déplacement de la thématique. En fait, ce dont on est sûr, c'est que Mehdi Nemmouche a été fondamentalisé en détention. En prison, si cela est vrai, il appelait à la prière collective, il avait des attitudes agressives à l'égard des autres musulmans qui ne pratiquaient pas. Ça, ce n'est pas la radicalisation, c'est le fondamentalisme. Ce salafisme est une version sectaire de l'Islam qu'on rencontre en prison mais aussi de plus en plus à l'extérieur. Mais ce n'est pas ledjihadisme.

 

MAIS ALORS COMMENT MEHDI NEMMOUCHE EST-IL PASSÉ DU FONDAMENTALISME À LA RADICALISATION ?

- La radicalisation, pour moi, c'est la Syrie. Il y a passé plus d'un an. Il a été intégré dans un groupe hyper-djihadiste, le summum de la violence et de la cruauté. C'est là qu'il a été djihadisé. Dans ce groupe, il a subi un lavage de cerveau idéologique. Ça dure au moins six semaines. Ensuite, on leur apprend le maniement des armes. Une fois de retour, ce sont des machines à tuer, ce qui n'était pas le cas avant de partir. Si Mehdi Nemmouche avait été djihadisé en prison, il n'aurait pas eu besoin de partir. Et s'il est allé en Syrie, c'est parce qu'il a voulu défendre ses frères musulmans contre le régime d'Assad qui est perçu comme hérétique. Dans le cas de Nemmouche, il ne faut pas occulter cet épisode syrien au nom d'une prééminence fictive de la prison. La prison est devenue un peu la tête de turc des autres institutions républicaines.

 

SES INCARCÉRATIONS SUCCESSIVES N'ONT DONC JOUÉ AUCUN RÔLE ?

- La prison a bien entendu pu avoir une influence amplificatrice. Le fait d'être enfermé accroît la haine. Les griefs contre la société y sont démultipliés par cent.

 

COMMENT EXPLIQUEZ-VOUS QU'IL N'Y AIT PAS DE RADICALISATION EN DÉTENTION ?

- L'entrainement idéologique tel que Mehdi Nemmouche l'a subi en Syrie, on ne peut pas l'avoir en prison. Tout y est contrôlé. Pour être endoctriné, il faut internet, hors son accès est très limité. Ceux qui sont perçus comme étant hyper-fondamentalistes sont étroitement surveillés. Ils peuvent être changés de division ou de prison et ils perdent tout repère. Même si je ne veux pas défendre la prison, lui attribuer la radicalisation relève d'une vision trop simpliste.

 

LE DÉBAT N'AVAIT-IL PAS DÉJÀ POINTÉ LORS DE L'AFFAIRE MERAH ?

- De manière moindre. Mehdi Nemmouche, comme multirécidiviste, a passé plusieurs années en prison. Mohamed Merah n'est resté incarcéré que quelques mois. On ne peut pas se radicaliser comme ça. Le processus est soit intensif comme ce qui se passe en Syrie soit il faut du temps. Il y a eu énormément de points sombres dans l'affaire Merah, notamment dans ses relations avec les services de renseignements.

 

LA QUESTION DU FONDAMENTALISME PEUT-ELLE ÊTRE LIÉE AUX LIMITATIONS DE LIBERTÉ DE CULTE DANS LES LIEUX D'ENFERMEMENT ?

- Nous sommes dans un système qui peut limiter les libertés individuelles. C'est un choix de société. Quand Mehdi Nemmouche a appelé à la prière collective sauvage, c'est contre le règlement de la prison. Il a été enregistré et surveillé. Ceux qui font du prosélytisme, leur nom est relevé. Cela peut sembler aller contre les droits de l'Homme mais, pour superviser ces phénomènes-là, il n'y a pas mille voies. On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre. On ne parle jamais des personnes qui sont neutralisées.

 

LE MANQUE D'AUMÔNIERS MUSULMANS EST AUSSI RÉGULIÈREMENT POINTÉ. CELA ÉVOLUE-T-IL ?

- Il y a entre 40 et 50% de musulmans en prison. Il faudrait entre 500 à 600 aumôniers musulmans. Ils sont actuellement 166. Bien sûr, cela a déjà évolué : quand j'ai publié mon livre, en 2004, ils n'étaient que 90. Cette augmentation reste très en retrait des besoins réels. Encore faut-il le budget, ce qui n'est pas le cas actuellement. Le problème aussi est que, bien souvent, les aumôniers musulmans ne comprennent pas les jeunes de banlieue. Beaucoup ont une mentalité de père ou de grand-père. Ils sont encore d'origine nord-africaine : le malaise de ces jeunes, leurs problèmes identitaires, leur échappent. Ils ne sont pas toujours à la hauteur de cette tâche qui consiste à jeter le pont entre la société et ces jeunes. Il faudrait des imans qui soient capables de les resocialiser. Pour le moment, ce n'est pas le cas.

Propos de Farhad Khosrokhavar recueillis par Louis Morice - Le Nouvel Observateur

 

 

CHARTE DU CULTE MUSULMAN EN FRANCE (10 DÉCEMBRE 1994)

- "Ô ! vous les humains ! Nous vous avons créés d’un homme et d’une femme, Nous vous avons répartis en peuples et en tribus afin que vous vous connaissiez. Le plus noble d’entre vous auprès de Dieu, c’est le plus pieux" (Coran 49 -13)

"Nous avons, en vérité, révélé la Tora où se trouvent une Direction et une Lumière."
(…)
"Nous avons envoyé, à la suite des Prophètes, Jésus, fils de Marie, pour confirmer ce qui était avant lui, de la Tora. "

"Nous lui avons donné l’Evangile où se trouvent une Direction et une Lumière"

"Nous t’avons révélé le Livre et la Vérité, pour confirmer ce qui existait du Livre, avant lui, en le préservant de toute altération. "

"Si Dieu l’avait voulu, il aurait fait de vous une seule communauté Mais il a voulu vous éprouver par le don qu’il vous a fait. "

"Cherchez à vous surpasser les uns les autres dans les bonnes actions. Votre retour, à tous, se fera vers Dieu ; il vous éclairera, alors, au sujet de vos différences "
(Coran, 5-44,46, 48)

PRÉAMBULE
L’Islam, deuxième religion de France par le nombre de ses fidèles, s’affirme à la fois comme une spiritualité à vocation universelle et une communauté désireuse de manifester sa spécificité et son organisation culturelles dans le cadre des lois de la République.

La présente charte est proposée par les instances musulmanes réunies au sein du Conseil Consultatif des Musulmans de France (CCMF). Elle définit le cadre général dans lequel les Musulmans de France entendent préciser :


La légitimité historique de leur présence sur le sol national
Les principes sur lesquels ils conviennent de s’unir
L'organisation de leur culte
Leur rapport à la société française et à l’Etat


L’Islam est une religion qui ne fait aucune différence entre les croyants. Aussi la présente charte s’adresse-t-elle à l’ensemble des Musulmans de France, sans distinction d’origine, de nationalité ou d’école de jurisprudence.

Hier par leur sang versé à Verdun ou Monte Cassino, aujourd’hui par leur labeur, leur intelligence, leur créativité, les Musulmans de France contribuent à la défense et à la gloire de la Nation comme à sa prospérité et à son rayonnement dans le monde. La communauté musulmane tient à garder vivante l’histoire de sa présence, en France et à préserver sa mémoire qui, comme celles des autres composantes de la Nation, est une partie intégrante de la mémoire nationale.

Cette Charte a été adoptée à l’unanimité par le Conseil Représentatif des Musulmans de France en date du 10.12.1994

 

CHARTE DES MUSULMANS D’EUROPE

PREAMBULE

La présente charte précise un certain nombre de principes fondateurs à la bonne compréhension de l’Islam dans le contexte européen. Aussi, se propose-t-elle, de consolider les bases d’un échange positif dans la société.

Cette charte s’appuie, notamment, sur :

• L’apport de l’Islam dans l’enrichissement de la civilisation européenne et la présence séculaire de musulmans de souche européenne – plus particulièrement à l’Est de l’Europe – en plus de la présence musulmane contemporaine.

• La nécessité de consolider une citoyenneté fondée sur la justice, l’égalité des droits et la reconnaissance aux musulmans du statut de communauté religieuse européenne. 
• Le nécessaire rapprochement entre les musulmans d’Europe afin d’accompagner et de soutenir l’élargissement et le développement de l’Union Européenne
• La consolidation des valeurs d’entente, de paix et de bien-être social, et le renforcement des valeurs de modération, de dialogue et d’échange entre les peuples et les civilisations loin de tout extrémisme et de toute marginalisation.

• La place importante de l’Islam dans le monde et son potentiel humain, spirituel et civilisateur nécessitent davantage de coopération et de rapprochement entre le Monde musulman l’Occident en général, et l’Europe en particulier afin de promouvoir la justice et la paix dans le monde.


Ces considérations ont conduit les institutions musulmanes européennes à élaborer cette charte en vue de soutenir le rôle utile des musulmans en Europe et d’établir des liens constructifs avec le Monde musulman.

DE LA COMPREHENSION DE L’ISLAM


1. Notre compréhension de l’Islam s’inscrit dans une acceptation consensuelle etprenant en considération l’environnement contemporain et les spécificités de la réalité européenne.
2. La compréhension qui exprime l’essence même de l’Islam est celle qui consiste à choisir le “ juste milieu ” dans le cadre des objectifs universels de cette religion. Un “ juste milieu ” qui bannit l’excès et le laxisme, qui concilie la guidance divine avec les lumières de la raison, qui respecte le juste équilibre entre le besoin matériel et le besoin spirituel de l’Homme et qui conçoit la vie comme une harmonie entre la recherche de l’au-delà et le bien être d’ici-bas.
3. L’Islam, de par ses principes, règles et valeurs, s’articule autour de trois domaines :
• Le dogme (al ‘aqidah)

• La législation (la Charia).
• Les règles morales qui définissent la voie du Bien

4. Parmi les caractéristiques générales de l’Islam : sa considération de la dimension humaine, sa souplesse législative et son respect de la diversité des êtres humains.
5. L’Islam honore l’Homme, un honneur qui englobe aussi bien l’homme que la femme sans distinction aucune.
6. L’Islam accorde une importance particulière à la dimension sociale et prône compassion, entraide, solidarité et fraternité.

7. L’Islam, dans le cadre de la dignité humaine et du respect mutuel, appelle à l’égalité entre l’homme et la femme. Il considère que la vie équilibrée se construit sur la complémentarité et l’harmonie entre eux. Il bannit toute idée ou attitude portant atteinte à la femme ou la privant de ses droits légitimes, quelles qu’en soient les justifications se référant à certaines traditions, us et coutumes. L’Islam reconnaît à la femme son rôle indispensable dans la société et s’oppose à son exploitation et à toute approche la réduisant à un simple objet de plaisir. 

8. L’Islam considère que la famille, unie et bâtie sur les liens du mariage entre l’homme et la femme, est le berceau naturel dans lequel seront élevées les générations futures. Elle est aussi la condition indispensable au bonheur de l’Homme et à la stabilité de la société. Aussi, l’Islam insiste-t-il sur la nécessité de prendre toutes les dispositions afin de consolider l’édifice familial et le préserver de ce qui pourrait l’affaiblir ou marginaliser son rôle.

9. L’Islam respecte les droits de l’Homme et appelle à l’égalité entre les êtres humains. Il combat toutes les formes de discrimination raciale, proclame la liberté, condamne la contrainte en religion et laisse à l’individu le libre choix de ses croyances. Il recommande cependant, dans sa vision équilibrée, que cette liberté obéisse aux valeurs morales afin d’éviter les atteintes à l’intégrité personnelle ou d’autrui.
10. L’Islam appelle les hommes à se connaître et à œuvrer pour le dialogue et la coopération entre les peuples et les nations, afin d’assurer la stabilité et garantir la paix dans le monde. Le concept de Djihad, tel qu’il est mentionné dans les textes islamiques, définit l’effort à fournir dans la quête du Bien, à commencer par l’effort sur soi-même jusqu’à la promotion de l’équité et la de justice entre les hommes.
L’acception du Djihad, en tant que combat armé, doit être comprise comme l’ultime recours auquel peut faire appel un Etat souverain pour se défendre légitimement contre toute agression armée. Ce que prévoit l’Islam dans ce cas, n’est nullement différent du droit international.
En vertu de quoi, l’Islam refuse la violence et le terrorisme, soutient les causes justes et reconnaît aux hommes la légitimité de défendre leurs droits par les voies légales loin de toute partialité et de toute injustice.
11. L’Islam appelle le musulman à l’honnêteté et au respect de ses engagements. Il lui interdit la trahison et la tromperie. Il lui ordonne l’excellence et le respect dans ses rapports avec autrui ainsi qu’avec toutes les autres créatures.
12. Compte tenu des vertus de la concertation (al shoura) et considérant les acquis de l’expérience humaine dans les domaines de l’action politique, législative et constitutionnelle, l’Islam reconnaît les principes du système démocratique fondé sur la liberté de choisir ses institutions politiques et sur le respect du pluralisme et de l’alternance pacifique du pouvoir.

13. L’Islam appelle l’Homme à l’exploitation responsable du patrimoine naturel qui lui a été donné, dans le respect de l’environnement et le devoir de le protéger de la pollution, de la dégradation et de tout ce qui pourrait rompre l’équilibre naturel. Il recommande aussi de sauvegarder les ressources naturelles, insiste sur la protection des animaux et interdit le gaspillage et la dilapidation des richesses.

DE LA PRÉSENCE DE L’ISLAM DANS LA SOCIÉTÉ

Fondements des rapports entre musulmans

14. Les musulmans vivant en Europe, par de là leurs différences ethniques et culturelles, et la diversité de leurs rites et leurs appartenances aux différentes écoles jurisprudentielles, constituent, dans le cadre des valeurs fondamentales immuables de l’Islam, une entité unie dans la fraternité islamique. Ils sont également liés, dans chaque pays européen, par leur appartenance à la même entité nationale. Toute discrimination ethnique entre eux est une entorse aux valeurs de l’union que prône l’Islam

15. Considérant les principes fondamentaux de l’Islam et les intérêts qu’ils ont en commun, les musulmans d’Europe sont appelés à œuvrer pour se rencontrer, s’entraider et coordonner les efforts de leurs institutions et leurs organisations.
Ceci n’interdit nullement particularismes et diversités, tant que ces différences restent conformes aux principes immuables de l’Islam et demeurent dans le cadre de la foi et des règles islamiques unanimement admises.
16. Tout en vivant leur appartenance aux différents pays européens et tout en accordant la primauté aux exigences de la citoyenneté, les musulmans d’Europe sauvegardent leur lien de fraternité avec tous les musulmans. Il s’agit d’un lien qui s’inscrit dans le cadre des relations naturelles entre membres d’une même communauté.

Exigences de la citoyenneté

17. Les musulmans d’Europe respectent les lois et les autorités compétentes chargées de les appliquer. Ceci ne les empêche pas, dans le cadre de ce qui est garanti à tous les citoyens, de défendre leurs droits et d’exprimer leur opinion et leur position, individuellement ou collectivement.
Ce droit à l’expression concerne aussi bien les problèmes spécifiques à la communauté musulmane que ceux communs à tous les citoyens. Lorsque les lois en vigueur s’opposent éventuellement aux pratiques et règles islamiques, les musulmans sont en droit de s’adresser aux autorités pour expliquer leurs points de vue et exprimer leurs besoins et ce, dans le but de trouver les solutions les plus adaptées.
18. Les musulmans respectent le principe de sécularisation fondé sur la neutralité de l’Etat à l’égard du religieux. Ceci implique un traitement équitable avec toutes les religions et garantit aux fidèles d’exprimer leurs convictions et de pratiquer leur culte, individuellement et collectivement, en privé et en public, conformément aux dispositions des droits de l’Homme et des conventions en Europe et à travers le monde. De ce fait, il est du droit des musulmans d’Europe en tant que communauté, de construire leurs mosquées et leurs propres institutions cultuelles, éducatives et sociales. Il est aussi de leur droit de pratiquer leur culte et de se conformer aux règles de leur religion dans leur vie quotidienne en ce qui concerne les prescriptions alimentaires et vestimentaires entre autre.
19. Les musulmans d’Europe en tant que citoyens européens considèrent qu’il est de leur devoir d’œuvrer pour l’intérêt général. Ils considèrent que l’exigence d’assumer leurs devoirs de citoyens est aussi importante que celle qui consiste à défendre leurs droits. Ils considèrent enfin, que la compréhension authentique de l’Islam exige du musulman d’être un citoyen actif, productif et utile à la société.

20. Les musulmans en Europe sont appelés à s’intégrer de manière positive dans leurs sociétés respectives, sur les bases d’un équilibre harmonieux entre la préservation de leur identité musulmane et leurs devoirs de citoyens. Toute intégration qui dénie aux musulmans le droit de sauvegarder leur personnalité et d’exercer leur culte, ne sert en vérité, ni les intérêts des musulmans, ni ceux des sociétés européennes auxquelles ils appartiennent.

21. Les musulmans d’Europe sont appelés à adhérer à la vie politique générale de leurs pays en tant que citoyens actifs. La citoyenneté véritable implique en effet l’engagement politique, à commencer par l’exercice du droit de vote en passant par la participation aux institutions politiques. Ceci serait facilité si ces institutions s’ouvraient davantage à l’ensemble des membres et catégories de la société, une ouverture qui prend en compte toutes les compétences et les idées.
22. Les musulmans en Europe vivant dans des sociétés où coexistent diverses convictions religieuses et philosophiques, confirment leur respect pour cette pluralité. Ils considèrent que l’Islam reconnaît le droit à la diversité et à la différence, et ne cherche nullement à les restreindre. Tout au contraire, il appelle à la connaissance mutuelle, à la coopération et à la complémentarité entre les membres de la même société.

L’apport de l’Islam en Europe

23. L’Islam, par ses principes humanistes universels, adhère au rapprochement entre les hommes qui respecte les droits des peuples et leurs particularismes et se conforme aux règles de justice dans les échanges et la coopération entre les hommes, loin de toute idée de domination et d’exploitation. Partant de ces principes, les musulmans en Europe considèrent qu’il est de leur devoir de participer à la consolidation des relations entre l’Europe et le Monde musulman. Cela exige de se libérer des préjugés et des images négatives qui se dressent entre l’Islam et l’Occident afin de construire des liens de rapprochement entre les peuples, et d’édifier des passerelles d’échanges fructueux entre les civilisations.
24. L’Islam, par les valeurs humaines qu’il porte et les expériences civilisatrices dont il est riche, peut à travers la présence musulmane en Europe participer à la consolidation de la place des valeurs utiles aux sociétés contemporaines telles que la justice, la liberté, la fraternité, l’égalité et la solidarité. Il accorde la primauté à la dimension humaine et morale dans le domaine social et celui du progrès scientifique, technique et économique. Cette participation ne peut être que bénéfique et enrichissante pour l’ensemble de la société.
25. La présence musulmane en Europe représente un élément important dans l’établissement des liens de cohabitation et d’échange entre les différentes religions et croyances, et ce, à travers, la promotion du dialogue interreligieux et intellectuel. L’Islam appelle à ce dialogue et l’encourage afin de préserver la paix dans le monde.
26. Les musulmans en Europe, par leur patrimoine religieux et leur présence dans les différents pays européens, constituent un facteur de consolidation aux efforts de rapprochement au sein de l’Union Européenne. Ceci fera de l’Europe un pôle important de civilisation, capable – grâce à sa richesse et à sa diversité religieuse et culturelle – de jouer un rôle déterminant pour assurer l’équilibre dans le monde.

 

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