jeudi 5 juin 2014

Un Roi ne peut parler à l’insu de l’autre

Le Soir

Béatrice Delvaux Éditorialiste en chef 
L’information politique, hier, n’était pas la prolongation de la mission de Bart De Wever par le roi Philippe, mais l’annonce de l’interview d’Albert II, le roi qui a abdiqué. Tout est dit avec ce seul énoncé : alors que son fils entre dans la partie la plus délicate et la plus déterminante de son action – une première pour lui –, voilà qu’Albert II accorde un entretien à RTL, en français.

Le roi « sortant » n’aurait-il pas le droit de parler ? Si. Il a droit à la liberté d’expression, et les règles en la matière tiennent plus de l’intelligence et du bon sens politiques, faute de réel précédent : en Belgique, un roi succède en général à un autre après sa mort. Léopold III s’étant, lui, tenu à des propos ethnologiques. Mais, même si l’on admet,primo, que l’ex-roi peut s’exprimer, et secundo, que cela ne fait – comme ceux qui ont vu l’interview l’affirment – que du bien à l’image de la monarchie et donc sous-entendu à Philippe, le seul objectif de la famille royale doit être d’éviter tout ce qui peut mettre le nouveau roi en difficulté. La communication des deux souverains doit donc être orchestrée et centralisée. Sinon qui va décider de ce qui est opportun ou non ? La maison royale de Philippe ou celle d’Albert ? Et par rapport à qui et à quoi ?

Le roi sortant ne voudrait que le bien de Philippe. Malgré lui ? En jouant in fine en « solo » et en n’acceptant pas de se plier aux volontés émises depuis le bureau de son successeur ? Si cela perdure, Albert II va devenir un problème pour le Palais et le monde politique belge qui ne lui demandent qu’une seule chose depuis son abdication : se mettre au service du nouveau roi. Or, tout embrouillamini, toute bisbille ou cacophonie nuit à la fonction royale et met potentiellement en cause le système monarchique.

Nous en sommes persuadés : Albert II, sur RTL, sera touchant, émouvant et drôle. Pas garanti du tout cependant que ce qu’il a cru vertueux de dire en français sur son (l’)histoire séduise ceux qui, en Flandre, veulent supprimer l’échelon royal. Y avait-il vraiment besoin, en ce moment politique précis, de prendre le risque de mettre de l’eau à ce moulin-là ?

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

ALBERT II DÉÇOIT APRÈS UN RÈGNE SANS FAUTE



 

Notre ci-devant roi, si habile et appliqué dans son rôle de souverain constitutionaliste soudain déçoit en commettant gaffe sur gaffe comme si VanYperseele, son fidèle et futé chef de cabinet, n’était plus là pour le garder de ses facéties.  Les forumeurs du Soir se montrent très critiques vis-à-vis de l’éditorial de Béatrice Delvaux. Ils prouvent ainsi qu’ils n’ont rien compris aumécanismes de la monarchie constitutionnelle qu’Albert II met inutilement en péril après l’avoir magnifiquement servie durant les 20 ans de son règne. En mettant son fils en difficulté, celui qui fut un excellent roi donne soudain raison à tous ceux qui ont vu en lui un mauvais père. Albert n’est plus désormais,comme vous et moiqu’un citoyen belge ordinaire, le citoyen Cobourg, car il a cessé d’incarner la fonction royale. En l’interviewant-uniquement en français-devant les caméras, Pascal Vrebos fera monter le taux d’audience de RTL en donnant un coup de poignard à la monarchie belge au moment où elle affronte un des épisodes les plus délicats de son histoire. C’est aussi cela la média,pardon la médiocratie.

MG

 

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