jeudi 31 juillet 2014

Dans Le Soir en 1914


Fred Sempels (d’après archives)

Le 30 juillet, la tension monte. Alors que François-Joseph s’adresse à « ses » peuples pour fustiger l’ingratitude serbe, Le Soir intime à ses lecteurs de garder la tête froide.


L'Empereur François-Joseph. © D.R.

Par une note autographe adressée à son ministre-président, l’Empereur François-Joseph annonce au peuple le « commencement de l’état de guerre ». Côté diplomatique, la proposition de Sir Edward Grey semble définitivement enterrée, mais des pourparlers se poursuivent encore à Saint-Pétersbourg.

Enfin, militairement parlant, c’est en mer que les choses bougent, tandis qu’en Belgique, trois classes sont rappelées afin de constituer un « effectif de paix ».


Le Soir, quant à lui, exhorte ses lecteurs à garder leur sang-froid et à se méfier des notes alarmistes et des fausses nouvelles.

 

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LE DERNIER EMPIRE COSMOPOLITE

Ce texte envoyé sous forme manuscrite et rédigé de la main du vieil empereur est bouleversant. Il est l’ultime expression d’un appel à la cohésion des peuples, au « vivre ensemble » de François-Joseph, que le vieil empereur zélé adresse à« ses peuples », -il ne dit pas « son peuple »- pour qui , dit-il ,il a, tout au long de son interminable règne voulu préserver un climat de paix et de concorde en leur épargnant les lourdes charges de la guerre et de graves sacrifices. Peine perdue, le bel empire cosmopolite qui fit rêver Schnitzler, Musil, Roth, Zweigva voler en éclat et être démembré par le traité de Versailles. En sombrant, le grand empire austro-hongrois multi-ethnique et multireligieux rejoint dans les oubliettes de l’histoire l’empire ottoman, le califat El Andalus, l’empire romain et celui d’Alexandre le Grand qui furent d’immenses rassemblements de peuples à vocation plus ou moins cosmopolite. Ce bref message du vieil empereur viennois mérite d’être relu et médité en silence comme les discours de Jean Jaures du reste. Il montre que le premier fonctionnaire zélé de ce bel empire qui venait de perdre son fils aîné et successeur désigné était sincèrement animé d’un idéal de paix et de concorde. Il montre aussi que sa bonne volonté se heurta à l’obstination exacerbée du nationalisme serbe.



En un mot, l’empire Austro-Hongrois était une confédération cosmopolite d’Etats disposant d’une assez large autonomie culturelle sous la couronne bienveillante des derniers Habsbourg.

Et si c’était ça le destin de l’Europe qui se cherche une voie en tâtonnant : devenir non pas un empire mais cette République cosmopolitique dont rêvait le grand Kant dans « vers la paix perpétuelle ?

MG



 

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