jeudi 17 juillet 2014

DEUX ETATS POUR UNE URGENCE



Par Jean Daniel du Nouvel Obs

 

La paix à vrai dire, là où j'attendais le président et ce qui m'intéressait le plus, c'était de voir comment il allait corriger, en tout cas, ajuster son tir à propos d'Israël et des Palestiniens. On ne peut pas dire sur ce problème que la France ait une position suspecte ou discutable. Sur d'autres questions de politique extérieure, comme l'Europe ou nos rapports avec les Etats-Unis, on pourrait toujours débattre et argumenter. Mais on attendait que sur Israël, pays avec lequel nous n'avons jamais eu de meilleures relations, l'indulgence ne se fasse pas trop complaisante. Or, depuis le discours du 14-Juillet, des précisions essentielles ont été enfin données.

On fera tout pour que le confit israélo-palestinien n'ait pas d'incidence. Mais s'il n'est pas question de changer notre point de vue sur l'indispensable sécurité d'Israël, il ne faudrait pas pour autant compter sur le gouvernement actuel pour qu'il infléchisse sa position à propos des deux Etats.

On sait que des négociations ont eu lieu entre plusieurs pays occidentaux et plusieurs pays arabes. Le dessein très clair de cette négociation est l'aboutissement de deux pays indépendants disposant des mêmes droits, des mêmes devoirs et de la même considération.
Chaque fois qu'elles étaient proches d'aboutir, les négociations ont volé en éclats par le comportement des terroristes. Lesquels ? Pratiquement les extrémistes des deux côtés mais surtout, il faut en convenir, les partisans d'une troisième intifada, et c'est aujourd'hui ce qui risque d'arriver.
Transporter en France les méthodes des terroristes, ce n'est pas seulement semer la terreur, ce serait contribuer à ce que notre pays abandonne sa position à l'égard des deux Etats. Or vouloir un Etat palestinien, c'est tout de même exiger l'évacuation de tous les colons d'Israël qui sont dans les territoires occupés et que les Palestiniens veulent à tout prix récupérer.
On ne peut pas sous-estimer la gravité de cette situation, mais ce n'est pas seulement aux gouvernements de prendre des mesures, qui ne seraient que policières. En cette période de ramadan, c'est avec les élites musulmanes que l'on doit pratiquer une politique d'entente et de compréhension, surtout auprès des jeunes. C'est aux élites juives de dissuader l'enracinement des colons israéliens dans les territoires occupés parce que non seulement ils sont un obstacle à la paix mais ils se préparent un avenir qui ne peut être que bien sombre.




COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« DONNER L’EXEMPLE DE LA RÉUSSITE DU VIVRE ENSEMBLE. »

Entente, détente et coopération sont les trois grands principes d’une cohabitation garantissant une bonne relation entre voisins. C’est vrai pour les simples citoyens, c’est encore plus vrai pour les communautés et les Etats. Cela se vérifie en effet à tous les niveaux, que ce soit au niveau bruxellois, belge, au niveau européen ou encore pour ce qui concerne la relation entre Palestiniens et Israéliens. C’est cette même équation qui a permis de surmonter la haine héréditaire entre les Français et les Allemands et également l’insurmontable opposition entre les Allemands et l’ancienne Union soviétique. On ne voit pas comment se résoudrait autrement le conflit qui oppose actuellement l’Ukraine et la Russie. Mais que fait l’OCSE ? Pour qui se donne la peine d’appréhender les tensions entre francophones et flamands dans le royaume de Belgique depuis la création de celui-ci, on arrive immanquablement à la conclusion que hormis la création d’une confédération de deux Etats vivant en bonne intelligence, on n’en sortira plus. Nous n’avons absolument pas la prétention d’avoir une quelconque recette pour résoudre le vieux conflit israélo-arabe mais, si on en croit des commentateurs aussi avisés que Jean-Daniel et Jacques Attali -tous les deux revendiquent leur judaïté - on se doit de se rallier à la seule position vivable, celle de la création de deux Etats, éventuellement au sein d’une confédération. Jacques Attali a raison, il reste peu, très peu de temps pour faire triompher cette solution qui est celle du bon sens. L’acharnement du Hamas a inonder Israël de missiles bricolés en créant dans l’Etat juif un climat de panique permanente et d’angoisse est insupportable. Mais plus insupportables encore sont les images atroces des corps de femmes et d’enfants mutilés par les bombardements quotidiens de l’aviation israélienne.

Il s’agit donc, une fois de plus de donner un ,exemple de la réussite du vivre ensemble.

Les recettes du nationalisme, du fanatisme, du jusqu’au-boutisme ne peuvent que déboucher sur toujours plus de haine en nourrissant l’escalade de la violence. C’est à croire que les leçons de l’histoire ne sont entendues par personne. On fête le centième anniversaire du déclenchement de la première guerre mondiale et c’est un devoir de mémoire indispensable. Et pourtant on ne peut se départir de l’impression que tous les éléments sont réunis pour un remake du scénario catastrophe. Avec tous ses défauts et l’on sait qu’il en a, le processus d’unification chaotique de l’Europe a cet immense mérite de remplacer la confrontation violente par une quête d’entente, de détente et de coopération. Il ne saurait y avoir d’autre voie que celle du dialogue entre les cultures, les civilisations et les religions.

MG

 

LA DERNIÈRE CHANCE D’ISRAËL ET DE LA PALESTINE

Encore une fois, un conflit éclate entre Israël et l’un de ses voisins ; cette fois, comme en 2008, contre le Hamas, qui gouverne encore à Gaza.

L’engrenage semble inexorable. L’assassinat de 3 jeunes israéliens. Le meurtre abominable d’un jeune palestinien. Des missiles lancés de Gaza par le Hamas sur les villes israéliennes et sur l’aéroport international, pour l’instant sans provoquer de catastrophe, en raison de l’extraordinaire efficacité des missiles antimissiles israéliens. Et des bombardements israéliens meurtriers sur Gaza pour mettre fin aux envois de missiles.

On voit bien où conduit cet engrenage : des milliers de victimes de la cote palestinienne, ce qui affaiblira le Fatah, accusé de « collaboration » avec Israël. D’autres victimes, du côté israélien, ce qui y nourrira un désir de vengeance.

Dans les deux pays, des gouvernants de plus en plus faibles.

En Palestine, un discrédit de tous les dirigeants ; au point que, si des élections y avaient lieu maintenant, le Hamas gagnerait en Cisjordanie et le Fatah à Gaza, laissant le pays, ou ce qui en tient lieu, totalement ingouvernable.

En Israël, une coalition branlante entre les extrémistes de M. Libermann et ceux de M. Netanyahou, en perte de vitesse. Tandis que le président Peres s’apprête à quitter la présidence.

A cote, une Egypte à peine convalescente et qui combat autant les Frères musulmans chez elle que le Hamas à Gaza. Un Liban paralysé par le Hezbollah, c’est à dire par l’Iran. Une Syrie martyre, dont le tyran, comme ses ennemis, soutiennent le Hamas. Un Irak en pleine déliquescence où émergent deux nouveaux Etats. L’un kurde et pacifique ; l’autre, islamique et sunnite, fer de lance d’une guerre de religions entre les deux branches de l’islam.

Face à cela, aucune grande puissance n’est à l’aise.

Les Etats Unis, qui se retrouvent alliés de l’Iran contre les terroristes sunnites, ont timidement proposé un arbitrage, dont personne n’a voulu. La France, qui est tiraillée entre la position traditionnellement pro-palestinienne du Quai d’Orsay et celle, beaucoup plus équilibrée, de la classe politique française, gauche et droite confondues. Une Europe sans direction. Une Russie et une Chine obsédées par le souci de ne pas nourrir les extrémismes islamiques à leurs propres marges.

Si cette situation perdure, les Arabes, les Turcs, les Perses, presque tous musulmans, sunnites et chiites, se réconcilieront bientôt sur le dos d’Israël, pour éviter de laisser le conflit israélo-palestinien nourrir la grogne chez eux. Et ils renonceront à la revendication de la création d’un Etat palestinien, constatant que la colonisation et le messianisme israéliens le rendent chaque jour moins viable. Ils réclameront un Etat unique et binational.

Ce sera alors la fin programmée de l’Etat d’Israël. Certains y accepteront l’Etat unique, convaincus d’y dominer ou d’en expulser les Arabes. D’autres verront le piège qui transformerait Israël en une nouvelle Afrique du Sud, vite mise au ban des nations. Avant de perdre son identité, par le jeu de la démographie et de la démocratie.

Il reste donc très peu de temps à Israël pour oser favoriser la création d’un Etat palestinien viable, à côté de lui. Et de lui fournir les moyens de son développement, sans pour autant baisser la garde face au danger terroriste. Comme le veut la grande majorité des Israéliens.

Il reste très peu de temps aux pays arabes, croulant sous leurs réserves de dollars, pour fournir à Gaza les moyens de devenir une magnifique destination touristique méditerranéenne.

Il reste encore moins de temps aux autres nations pour créer les conditions d’une solution à ce problème, qui nourrit toutes les violences. Nous ne devons pas rester de simples spectateurs de ce conflit.

En particulier, la France, où des communautés juives et arabes pourraient prendre parti et y puiser des sources de division, doit parler haut et fort. Et donner l’exemple de la réussite du vivre ensemble.

 

 

LE JEU DANGEREUX DU HAMAS

Le Monde

Pour de grands titres américains, le mouvement islamiste est le principal responsable de la nouvelle flambée de violence à Gaza, n'hésitant pas à sacrifier des vies pour obtenir des concessions d'Israël.



Un enfant passe devant un batiment administratif du Hamas touché par une frappe israélienne le 16 juillet 2014, à Gaza - AFP/Thomas Coex

Alors que l'opération Bordure protectrice dure depuis huit jours et que le Hamas a rejeté, mardi 15 juillet, une proposition égyptienne de cessez-le-feu avec Israël, la presse américaine critique durement le mouvement islamiste.

"Le Hamas joue un jeu dangereux avec les vies des Gazaouis", titre ainsi The Washington Post. Constatant l'incapacité du Hamas à infliger de réels dommages à Israël, le quotidien affirme dans un éditorial que "le mouvement islamique juge qu'il peut arracher des concessions à Israël et à l'Egypte non pas en frappant Israël, mais en prolongeant le massacre de son propre peuple dans des contre-attaques israéliennes". Pour le journal, "la bonne réponse pour la communauté internationale n'est pas de capituler devant la tactique méprisable du Hamas mais de continuer à faire pression pour qu'il accepte sans condition le cessez-le-feu proposé par l'Egypte".

Autre titre de tendance plutôt centriste, USA Today se montre également sévère envers le Hamas, estimant que "les roquettes du Hamas se retournent contre les Palestiniens". "S'il y a jamais eu un gouvernement attaché à l'autodestruction messianique, c'est bien le Hamas", écrit le quotidien. "Aujourd'hui, les civils palestiniens payent le prix." 

Le ton est encore plus véhément du côté du titre conservateur The Wall Street Journal"On ne tombe pas toujours sur un ennemi dont le fanatisme idéologique, si puissant soit-il, est néanmoins dépassé par son incompétence militaire et technologique", persifle l'un des éditorialistes du quotidien économique.

Il faut chercher du côté des tribunes ou de la presse de gauche pour trouver des points de vue dissonants. "Israël ne peut pas gagner ce conflit – ou n'importe quel conflit à venir – en bombardant Gaza", écrit ainsi un analyste de la Brookings Institution dans le Los Angeles Times. Cet observateur, IbrahimSharqieh, souligne l'échec des campagnes militaires successives d'Israël contre le Hamas et insiste sur la nécessité d'accorder aux Palestiniens les deux choses dont ils ont besoin : "Pain et dignité." Dans l'hebdomadaire de gauche The Nation, une contributrice, Phyllis Bennis, estime pour sa part que le discours sur Israël a changé aux Etats-Unis : "S'opposer au lobby israélien n'est plus politiquement suicidaire", assure-t-elle.

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