samedi 5 juillet 2014

Di Rupo s’interroge sur la «légitimité démocratique» des patrons


Véronique Lamquin, le Soir

Dans l’avion qui le mène au Brésil, le Premier ministre parle foot et politique.



Elio Di Rupo s’est envolé ce vendredi matin en compagnie de Didier Reynders et Pieter De Crem. Direction Brasilia, et le quart de finale des Diables face à l’Argentine. © Belga.

L’Airbus 321-200 de la Défense multiplie les rotations entre Melsbroek, son aéroport d’attache, et le Brésil. Pensez donc, avec des Diables qui cartonnent, on se bouscule pour occuper le siège belge de la tribune d’honneur. Contre la Russie, c’était le Roi, Didier Reynders et Pieter De Crem qui étaient du voyage. Ce vendredi, c’est avec Élio Di Rupo que les vice-Premiers ont embarqué. Douze heures de vol, entrecoupées d’une escale au Cap Vert (d’où est envoyé ce texte).

Le rendez-vous était fixé à 7h30 à l’aéroport militaire de Melsbroek. À cette heure-là, des journalistes, Alain Courtois et une dizaine de personnes, sponsors ou contractants de l’Union belge. Café, vue imprenable sur les pistes ensoleillées, et même atterrissage de l’appareil Brussels Airlines floqué noir jaune rouge, « l’avion des Diables ».

Neuf heures, Pieter De Crem arrive, montre tricolore au poignet. Didier Reynders, jeans baskets, se contente d’un pin’s aux couleurs de la Belgique. Elio Di Rupo osera-t-il le nœud pap noir jaune rouge ? La réponse est non. Lorsque le Premier ministre vient saluer, il arbore une simple chemise blanche. Suspense quand même car, samedi, dans la tribune officielle, le costume cravate est de rigueur. Un petit clin d’œil belgo-belge, à destination des objectifs n’est pas exclu…

Dans l’Airbus, on joue aux pronostics. Victoire belge 1-2, pour le Premier ministre. Avec ou sans prolongations ? « Je ne suis pas un poulpe », s’esclaffe Élio Di Rupo. Pieter De Crem mise sur un 0-1 pour la Belgique. « Et dans les nonante minutes réglementaires encore bien ! » Le ministre de la Défense,« qui adore le foot », est par ailleurs volontaire pour servir d’interprète à ses collègues. Le vice-Premier parle le portugais, langue apprise durant ses études en philologie romane. A défaut, il pourra aussi servir de médiateur entre le président du PS et le vice-Premier MR. Didier Reynders, lui, ne quitte pas l’avant de l’avion. Une discrétion médiatique par respect pour la mission de l’informateur ? Elio Di Rupo, n’a pour sa part pas hésité à répondre aux questions, footballistiques mais aussi politiques.

En plein ciel, quelque part entre le Portugal et le Cap Vert, Elio Di Rupo s est prêté avec une évidente bonne humeur au jeu de l’interview avec les journalistes qui l’accompagnent au Brésil. Le Premier ministre, tout sourire, jeans baskets, lance un « aujourd’hui je suis en mode sport ». Lisez : les questions politiques c’est pour plus tard. Mais chassez le naturel, il revient au galop. La preuve.

SUR LE PARCOURS DES DIABLES

« Ce qui me frappe c’est l’extraordinaire engouement. Je me souviens de 1986, ce n’était pas comme ça. Ici, ça a démarré beaucoup plus tôt, et c’est beaucoup plus intense. » Elio Di Rupo a choisi d’aller soutenir les Diables ce samedi pour des questions d’agenda. « Il me sera impossible de faire le déplacement mercredi si on est qualifiés pour les demi-finales. C’est pour cela qu’on a décidé de faire le geste physique de l’aller-retour ce week-end parce que l’agenda était allégé. » Le Roi pourrait alors être du voyage, pour les demi-finales ? Rien n’est décidé, assure le Premier ministre. Lequel n’exclut en revanche pas de revenir pour la finale, petite ou grande.

SUR L’IMPACT POUR LE PAYS

Pour le Premier ministre, le parcours des Diables« est une formidable opération sur le plan du marketing »« Vous imaginez, si on devait payer une campagne dans les gazettes américaines ? Ce serait cher ! Et dire qu’au début ils nous traitaient de Little Belgium ! D’abord, on n' est pas little, on est medium-sized ». Elio Di Rupo n n’a pas reçu de réponse de Barack Obama mais il lui a fait livrer, via l’ambassade américaine à Bruxelles, une caisse de bières belges. « Et si jamais les négociations fédérales se prolongent, je reverrai Barack Obama en septembre, à l’assemblée des Nations Unies et à l’Otan. »

De là à tirer des conclusions à portée politique de l’engouement autour des Diables, c’est un pas qu’Elio Di Rupo ne veut pas franchir. « J’ai suivi toute la campagne qualificative des Diables, j’ai vu monter l extraordinaire engouement. Mais j’ai toujours dit, depuis le début : le sport c’est le sport et la politique c’est la politique. Ce sont des réalités très différentes. Vous savez, parmi les 40.000 spectateurs du Stade Roi Baudouin, il y a des électeurs de tous les partis. » Conclusion du Premier ministre : « ce qui nous arrive est formidable, ce sentiment de fierté d’être Belge ! Mais ce serait une erreur que de lier l’évolution de notre équipe nationale à la situation politique »

SUR LE MONDIAL EN GÉNÉRAL

« Les négociations wallonnes avancent, c’est notamment pour cela que je n’irai en aucun cas au Brésil mercredi », précise le président du PS. Lequel ajoute quand même que les heures de travail sont parfois adaptées, afin de pouvoir être compatibles avec les matchs. Pas seulement ceux de la Belgique. « Je ne suis pas un expert en foot mais, comme beaucoup de gens, pendant le Mondial, je regarde et je me passionne. »Elio Di Rupo soutient (aussi) l Italie… et la France. François Hollande plutôt qu’Angela, une profession de foi politique ? « Non non c’est plutôt parce que, quand la France gagne, on a l’impression que tout se résume à la France. Il y a un de ces chauvinismes en France ! » Et le Premier ministre d’ajouter aussitôt, « enfin c’est vrai que nous, à notre manière, on se défend pas mal non plus ! »

SUR LES NÉGOCIATIONS WALLONNES

Le président du PS assure donc qu’elles avancent bien, et pense pouvoir constituer les gouvernements de la Région wallonne et de la Fédération Wallonie-Bruxelles avant la fin du mois. En même temps que l’exécutif bruxellois ? « Il y a deux écoles. Certains plaident pour la simultanéité. D’autres disent que chaque entité a sa logique. » En filigrane, Élio Di Rupo laisse entendre que Bruxelles pourrait être prête avant la Wallonie.« Certes, ils doivent négocier à six partis. Mais le cadre budgétaire est mieux défini. En Wallonie, c’est plus complexe à cause de la requalification d’ne partie de la dette par Eurostat. Cela prend un peu plus de temps. PS et CDH veulent être très précis sur ce qu’il faut faire. D’autant que c’est pour cinq ans ! Mais bon, il n’y aura pas des semaines de différence entre Bruxelles et la Wallonie. » Et de confirmer, une nouvelle fois, qu’il n’y a pas le moindre espace pour l’ouverture des discussions au MR.

SUR LA MISSION DE CHARLES MICHEL

« Oui nous avons des contacts », assure le président du PS. Qui confirme « il est trop tôt pour voir clair sur les contours d’une coalition ». Le PS n n’est donc pas écarté du jeu fédéral ? « Le PS est toujours en réflexion, vous savez ça quand même. Et nous avons pris nos responsabilités. Regardez où en est le pays ! Nous sommes dans le peloton de tête des pays européens. Parodie, il faut remettre les yeux en face des trous ! Bien sûr il y a des problèmes qu’il faut gérer. Mais quand on voit la situation in globo… »

SUR LES SORTIES DES PATRONS

« Peut-être qu’ils ont envie de se présenter aux prochaines élections », ironise le président du PS. Qui ajoute, suave : « ils auraient alors une légitimité démocratique. »Si le Premier ministre qu’il est toujours entend les critiques, virulentes, du patronat, quant à l’action de son gouvernement ? « Qu’ils défendent les intérêts des patrons, c’est bien normal. Mais je vous dis, peut-être qu’on va avoir des surprises au prochain scrutin, qu’il y aura des patrons sur les listes. Ce serait intéressant sociologiquement. »

SUR SON JOB

« Premier ministre en affaires courantes, c’est cool », lance Elio Di Rupo. Qui poursuit néanmoins son travail. « Il y a chaque semaine un conseil des ministres électronique. » Lundi soir, annonce-t-il, il convoquera un kern pour discuter du survol de Bruxelles. Pour rappel, à la veille du scrutin, Melchior Wathelet avait apporté des modifications à son plan, lesquelles avaient aussitôt fait l’objet d une procédure en conflit d’intérêts intentée par la Flandre. Le dossier, qui a fait l’objet d’un accord à Bruxelles et devra être abordé au fédéral, doit être géré, pour l’heure, par le gouvernement en affaires courantes. Mais le Premier n’a pas voulu s’avancer sur les pistes possibles.

SUR LE POSTE DE COMMISSAIRE EUROPÉEN

Le Premier ministre a transmis aux présidents de parti le calendrier européen.« Idéalement, il faudrait pouvoir se décider, au niveau belge, entre le 15 et le 31 juillet. » Élio Di Rupo rappelle alors la procédure européenne : « C’est le Conseil européen qui, en accord avec le nouveau président de la Commission, propose des commissaires, sur la base des suggestions des États membres. Ce sont donc des suggestions. » L’insistance interpelle : chaque État n’a droit qu’à une suggestion ?« Non non, explique le Premier ministre. On peut en faire plusieurs. Et plus vite on en fait plus vite on peut espérer prétendre à un portefeuille européen. Si on n’en fait pas, on est ridicules. » Les partis, s’ils ne s’entendent pas sur un nom, pourraient donc en proposer deux à Jean-Claude Juncker. Voire trois ou quatre… Si le PS proposera un candidat ? « On peut sûrement en trouver un mais à ce stade rien n’est décidé », sourit Élio Di Rupo. Qui confirme par ailleurs ne pas avoir, à ce jour, reçu officiellement la candidature de Marianne Thyssen.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LA TIARE D’ELIO



Franchement, cela me laisse complètement rêveur. L’homme porte trois casquettes, celle de président du parti le plus puissant de Wallonie, celle de premier ministre en affaires courantes et celle de bourgmestre de Mons. Trois couronnes, aussi lourdes que la tiare pontificale remisée au musée des vieux accessoires du Vatican. Et voilà que pourtant, Elio trouve 12 heures pour se rendre au Brésil, 12 pour en revenir est sans doute une douzaine sur place. Et pourquoi ? Simplement pour faire de la représentation et avoir le bénéfice d’une grosse interview en tenue de sport. À croire qu’il se prend pour le roi. On nous parle de la crise la plus aiguë que la Belgique ait connue depuis la guerre et ces messieurs trouvent le temps de jouer aux supporters.

Vraiment, cela dépasse mon entendement.

MG



Où est le chef,
Où est, où est Joseph ?

Refrain

Joseph est au Brésil,
Il danse la samba
Et va de ville en vill'
Pour en apprendre tous les pas.
Monté sur un cheval
Coiffé d'un sombrero
On l'voit dans tous les bals
De Bahia jusqu'à Rio.
Avouez que c'est un chef,
Mami, Mama,
Pourquoi n'revient-il pas ?

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