lundi 28 juillet 2014

Gaza: une église devient lieu de prière pour les réfugiés musulmans

AFP La Libre Belgique



Pour Mahmoud Khalaf, un habitant de Gaza, c'est une expérience pour le moins inhabituelle de se prosterner cinq fois par jour pour la prière musulmane sous le regard d'une icône de Jésus dans une église de l'enclave palestinienne.

Mais depuis que l'armée israélienne a commencé à pilonner sa ville de Chaaf, dans le nord de ce petit territoire de quelque 360 km carrés, il n'a pas eu d'autre choix que de se réfugier dans l'église grecque-orthodoxe Saint-Porphyre, dans le quartier du Vieux Gaza.

"Ils nous laissent prier. Cela a changé la vision que j'avais des chrétiens. Je n'en connaissais pas vraiment avant, mais ils sont devenus nos frères", explique ce musulman palestinien de 27 ans.

"L'amour entre les musulmans et les chrétiens grandit ici", témoigne-t-il.

Mahmoud Khalaf triture nerveusement son chapelet mais il se dit en même temps soulagé d'avoir trouvé refuge, avec quelque 500 autres déplacés, dans cette église dont personne n'ose imaginer qu'elle pourrait être une cible.

Il commence à s'habituer à prier dans un lieu de culte d'une religion étrangère, plus encore durant le ramadan, le mois sacré de jeûne musulman qui s'achève fin juillet.

Chaque jour, il se tourne vers La Mecque, le premier lieu saint de l'islam en Arabie saoudite, récite les versets du Coran et se prosterne, comme il le ferait dans une mosquée.

Et les prêtres comme les paroissiens de Saint-Porphyre sont attentionnés pour leurs hôtes.

FÊTE DES MARTYRS

"Les chrétiens ne jeûnent pas, bien sûr, mais ils évitent soigneusement de manger devant nous pendant la journée. Ils ne fument pas et ne boivent pas quand ils sont avec nous", observe Mahmoud Khalaf.

Mais il reconnaît qu'il est difficile de rester pieux quand les obus pleuvent alentour et que plus de 900 Palestiniens ont été tués, en majorité des civils et pour beaucoup des enfants.

"En temps normal, je suis un musulman pratiquant, mais j'ai fumé pendant ce ramadan. Et je n'observe pas le jeûne à cause de la peur et de la tension dues à la guerre", avoue-t-il.

La semaine prochaine, la grande fête du Fitr marquera la fin du ramadan. Mais pour les familles endeuillées, pour les dizaines de milliers de déplacés et pour tous ceux qui subissent encore les bombardements, le coeur ne sera pas à la fête.

"Les chrétiens et les musulmans vont peut-être célébrer l'Aïd ensemble ici", avance Sabrine al-Ziyara, une musulmane qui travaille depuis 10 ans comme femme de ménage à Saint-Porphyre.

"Mais cette année, ce ne sera pas la fête de la fin du jeûne, ce sera la fête des martyrs", dit-elle tristement.

"AIME TON PROCHAIN"

Malgré l'atmosphère de cohabitation et de tolérance, l'église, à l'ombre du minaret de la mosquée voisine, demeure au milieu d'un champ de bataille et les tensions restent vives.

Ainsi, l'arrivée de provisions provoque presque une rixe entre les femmes et les enfants qui se précipitent pour attraper les sacs contenant du pain et de l'eau, que des volontaires de l'église tentent de distribuer de manière aussi ordonnée que possible.

Alors que les explosions résonnent non loin de là, une dispute oppose l'archevêque grec-orthodoxe Alexios et l'un des volontaires, apparemment pour savoir qui laisser entrer dans l'église.

Mardi, le cimetière adjacent a été touché par des obus et les bâtiments de la cour sont grêlés d'impacts d'éclats. Mais les bombes ne font pas de discrimination: le cimetière musulman, en face, a aussi été touché par un missile israélien.

La communauté chrétienne de Gaza compte environ 1.500 âmes, des grecs-orthodoxes pour la plupart, sur une population majoritairement musulmane de 1,8 million d'habitants. Il ne resterait plus que quelque 130 catholiques romains.

De fait, la coexistence n'est pas toujours aussi amicale. La minorité chrétienne a fait l'objet de plusieurs attaques imputées aux extrémistes islamistes et condamnés par le Hamas, qui contrôle Gaza.

Mais l'expérience de subir ensemble les bombardements, renforce les liens.

"Jésus a dit: 'Aime ton prochain'. Pas seulement ta famille, mais ton collègue, ton camarade de classe: musulman, chiite, hindou, juif", explique Tawfiq Khader, un volontaire chrétien. "Nous ouvrons nos portes à tous".


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

EL ANDALUS RETROUVÉ ?



Ceci me remet en mémoire un film inoubliable : « des hommes et des dieux ». C’est l’histoire des moines de Tiberi vivant la paix et la concorde dans un environnement musulman : une histoire qui se termine mal mais qui donne à réfléchir. Il ressort de ce récit bouleversant d’humanité que si les hommes peuvent se haïr en tant que groupe abstrait désigné sèchement par le qualificatif de « l’autre », en revanche le visage concret de l’autre, son regard interpelle comme nous l’enseigné le philosophe Levinas. Dans le récit de la femme adultère, Jésus écoute les yeux baissés vers le sol tandis que parlent les accusateurs. Puis doucement il se redresse et regarde l’adversaire dans les yeux avant de dire : « que celui qui n’a jamais fauté jette la première pierre ». C’est toujours le regard de l’autre qui désarme. « Mahmoud Khalaf trouvé refuge, avec quelque 500 autres déplacés, dans cette église dont personne n'ose imaginer qu'elle pourrait être une cible. "Ils nous laissent prier. Cela a changé la vision que j'avais des chrétiens. Je n'en connaissais pas vraiment avant, mais ils sont devenus nos frères", explique ce musulman palestinien. » Khalaf le dit clairement : sa vision, son « regard de l’autre » a changé comme s’il regardait tout à coup les chrétiens avec d’autres yeux, c’est ce que mon ami soufi originaire d’Istanbul appelle le « regard aimant ».

"L'amour entre les musulmans et les chrétiens grandit ici dans une atmosphère de cohabitation et de tolérance. L'église, à l'ombre du minaret de la mosquée voisine, demeure au milieu d'un champ de bataille ; les tensions restent vives.L'expérience de subir ensemble les bombardements, renforce les liens. "Jésus a dit: 'Aime ton prochain'. Pas seulement ta famille, mais ton collègue, ton camarade de classe: musulman, chiite, hindou, juif", explique Tawfiq Khader, un volontaire chrétien. "Nous ouvrons nos portes à tous".

Cet homme parle et agit avec son coeur comme Gandhi, comme Nelson Mandela mais aussi comme Jean Daniel et Daniel Barenboïm dont nous publions ici les témoignages qui ne sauraient laisser indifférent.

On lira également cette surprenante fable du Bronx qui raconte que les dirigeants d’une mosquée new-yorkaise ont accueilli dans leur mosquée des juifs pratiquants appartenant à une communauté en régression incapable d’assumer l’entretien financier de sa synagogue. Ce sont des textes d’espoir comme on aimerait en lire plus souvent. Il est regrettable que les médias assoiffés de sensationnalisme nous privent assez systématiquement de nouvelles qui réjouissent les cœurs. En publiant ces textes DiverCity espère désamorcer deux ou trois lecteurs à l’esprit belliqueux chargés comme des revolvers, des bazookas, des chars d’assaut, des couteaux à égorger. La guerre de 14 dont on célèbre le centenaire n’aurait pas eu lieu si les esprits n’avaient antérieurement été mobilisés en classe, chauffés à blanc par une propagande patriotique diffusée par les hussards de la république, du Reich ou de l’empire aux deux aigles. On les avait élevés à haïr.



“We were not brought up to hate.”

Therefore the importance of teaching tolerance more broadly, and for turning the school—which was itself founded at the nearby St. Helena Catholic Church on, of all days, Sept. 11, 2001—into a model of sorts for religious tolerance in New York.

“We’re not as divided as the media portrays us to be,” Drammeh said. “Almost 90 percent of Jewish, Muslim, and Christian teachings are the same.” “People have a misconception that Muslims hate Jews,” said Baumann. “But here is an example of them working with us.” But “there’s no reason why we should hate each other, why we cannot be families.” . “We are able to co-exist together side by side in the same building,” said Rabbi Avi Friedman, 42. “That’s sort of like a taste of the future world to come—the messianic future where all people live in peace.”

Il y a deux façons de regarder la religion. On peut l’envisager comme un ensemble de règles strictes à respecter, comme une liste de prescrits alimentaires et vestimentaires auxquels on ne saurait déroger en vertu d’une application stricte et sans nuance des textes fondateurs. Mais une autre lecture de ces textes est possible, celle qui s’émancipe de la lettre pour en envisager l’esprit, alors en effet 90 % de l’éthique religieuse des trois religions monothéistes se rejoignent et se recoupent sous forme d’une éthique transcendantale. C’est dans ce lien éthique et essentiellement en lui que les hommes srencontreront, se fixeront dans les yeux et apprendront à regarder enfin dans la même direction. En dehors du regard aimant, du respect de l’autre, du dialogue avec lui, il n’est point de salut pour l’humanité. Toute solution violente ne laisse sur le terrain que haine, rancœur et esprit de vengeance, bref : rien que des perdants. C’est vrai pour le conflit israélo-palestinien, pour la guerre civile qui déchire en Ukraine les russophones et les autres. C’est vrai aussi pour notre pays où le discours haineux des hommes et des femmes politiques de part et d’autre de la frontière linguistique relayé par des médias complaisants pourrissent les relations entre le peuple du nord et le peuple du sud, les Germains et les Latins au nom d’idéologies droitières ou gauchisantes. Qui nous donnera la force de surmonter de telles tensions ? Incontestablement, Jean-Daniel et Daniel Barenboïm nous aident à dé sceller les paupières  et à regarder l’autre les yeux dans les yeux, à reconquérir enfin l’esprit de El Andalus.

MG

 

A BRONX TALE

After the congregants of an Orthodox synagogue could no longer afford their rent, they found help in the local mosque.

By Ted Regencia and Lindsay Minerva|January 23, 2012


 

Members of the Chabad of East Bronx worship in the Islamic Cultural Center of North America. (Ted Regencia)

Near the corner of Westchester Avenue and Pugsley Street in Parkchester, just off the elevated tracks of the No. 6 train, Yaakov Wayne Baumann stood outside a graffiti-covered storefront on a chilly Saturday morning. Suited up in a black overcoat with a matching wide-brimmed black fedora, the thickly bearded 42-year-old chatted with elderly congregants as they entered the building for Shabbat service.

The only unusual detail: This synagogue is a mosque.

Or rather, it’s housed inside a mosque. That’s right: Members of the Chabad of East Bronx, an ultra-Orthodox synagogue, worship in the Islamic Cultural Center of North America, which is home to the Al-Iman mosque.

“People have a misconception that Muslims hate Jews,” said Baumann. “But here is an example of them working with us.”

Indeed, though conventionally viewed as adversaries both here and abroad, the Jews and Muslims of the Bronx have been propelled into an unlikely bond by a demographic shift. The borough was once home to an estimated 630,000 Jews, but by 2002 that number had dropped to 45,100, according to a study by the Jewish Community Relations Council. At the same time, the Muslim population has been increasing. In Parkchester alone, there are currently five mosques, including Masjid Al-Iman.

“Nowhere in the world would Jews and Muslims be meeting under the same roof,” said Patricia Tomasulo, the Catholic Democratic precinct captain and Parkchester community organizer, who first introduced the leaders of the synagogue and mosque to each other. “It’s so unique.”

The relationship started years ago, when the Young Israel Congregation, then located on Virginia Avenue in Parkchester, was running clothing drives for needy families, according to Leon Bleckman, now 78, who was at the time the treasurer of the congregation. One of the recipients was Sheikh Moussa Drammeh, the founder of the Al-Iman Mosque, who was collecting donations for his congregants—many of whom are immigrants from Africa. The 49-year-old imam is an immigrant from Gambia in West Africa who came to the United States in 1986. After a year in Harlem, he moved to Parkchester, where he eventually founded the Muslim center and later established an Islamic grade school. Through that initial meeting, a rapport developed between the two houses of worship, and the synagogue continued to donate to the Islamic center, among other organizations.

But in 2003, after years of declining membership, Young Israel was forced to sell its building at 1375 Virginia Ave., according to a database maintained by Yeshiva University, which keeps historical records of synagogues. Before the closing, non-religious items were given away; in fact, among the beneficiaries was none other than Drammeh, who took some chairs and tables for his center.

Meanwhile, Bleckman and the remaining members moved to a nearby storefront location, renting it for $2,000 a month including utilities. With mostly elderly congregants, Young Israel struggled to survive financially and, at the end of 2007, was forced to close for good. The remaining congregants were left without a place to pray. During the synagogue’s farewell service, four young men from the Chabad Lubavitch world headquarters in Crown Heights showed up. Three months earlier, Bleckman, then chairman of the synagogue’s emergency fund, had appealed for help from the Chabad.

“The boys from the Chabad said they came to save us,” said Bleckman. “We were crying.”

At this point, Chabad took over the congregational reins from Young Israel, with members officially adopting the new name Chabad of East Bronx. Still, for the next six to seven weeks, Bleckman said they could not even hold a service because they had nowhere to hold it.

When Drammeh learned of their plight, he immediately volunteered to accommodate them at the Muslim center at 2006 Westchester Ave.—for free.

“They don’t pay anything, because these are old folks whose income are very limited now,” said Drammeh, adding that he felt it was his turn to help the people who had once helped him and his community. “Not every Muslim likes us, because not every Muslim believes that Muslims and Jews should be like this,” Drammeh said, referring to the shared space. But “there’s no reason why we should hate each other, why we cannot be families.” Drammeh in particular admires the dedication of the Chabad rabbis, who walked 15 miles from Brooklyn every Saturday to run prayer services for the small Parkchester community.

For the first six months, congregants held Friday night Sabbath services inside Drammeh’s cramped office. As more people began joining the congregation, Drammeh offered them a bigger room where they could set up a makeshift shul. (When it’s not in use, students from the Islamic school use it as their classroom.) Inside the synagogue, a worn, beige cotton curtain separates the men and women who attend the service. A solitary chandelier hangs just above the black wooden arc that holds the borrowed Torah, which is brought weekly from the Chabad headquarters. A large table covered with prayer books stands in the center, and a picture of the Lubavitcher Rebbe is displayed prominently on a nearby wall. During Shabbat, when Jewish congregants are strictly prohibited from working, they have to rely on the Muslim workers at the center or on Drammeh to do simple chores such as turning on the light and switching on the heater.

At first, it did not make sense, said Hana Kabakow, wife of Rabbi Meir Kabakow. “I was surprised,” said the 26-year-old congregant who was born and raised in Israel. “But when I came here I understood.” The Kabakows have been coming to the service from Brooklyn for the last two years.

Harriet Miller, another congregant, said she appreciated the center’s accommodating the synagogue. “They are very sweet people,” said the 79-year-old Bronx native and long-time resident of Parkchester, who added that she welcomes the new Muslim immigrants in her neighborhood: “We were not brought up to hate.”

Drammeh also understands the importance of teaching tolerance more broadly, and for turning the school—which was itself founded at the nearby St. Helena Catholic Church on, of all days, Sept. 11, 2001—into a model of sorts for religious tolerance in New York.

“We’re not as divided as the media portrays us to be,” Drammeh said. “Almost 90 percent of Jewish, Muslim, and Christian teachings are the same.”

His latest project involves introducing fifth-grade Jewish and Islamic school students to each other’s religious traditions. Other participants of the program, now in its sixth year, include the Solomon Schechter School of Manhattan, the Al Ihsan Academy of Queens, and the Kinneret Day School of Riverdale. At the end of the program, students organize an exhibit that shows family artifacts of their respective cultures and religion. The principal of the Islamic school, who is also Sheik Drammeh’s wife, said that even after the program ended, the participants became “fast friends” and would visit each other’s homes.

“They would have birthday parties together,” Shireena Drammeh said. “When someone invites you to their house, I mean, that says it all right there and then.”

While the Jewish congregants are thankful for their new home, they hope that one day they can rebuild their own synagogue. That day may be far off: Even now that they have space to worship, they still struggle to operate. They don’t have proper heating inside, and the portable working heater could not reach the separate area where the elderly women are seated, forcing them to wear their jackets during the entire service. Congregants are appealing for financial support from the Jewish community and other congregations.

But Leon Bleckman and others say they now also have loftier goals, including reviving the Jewish presence in the neighborhood and reaffirming the positive relationship with their Muslim friends. “We are able to co-exist together side by side in the same building,” said Assistant Rabbi Avi Friedman, 42. “That’s sort of like a taste of the future world to come—the messianic future where all people live in peace.”

Ted Regencia is a digital-media student at the Columbia University Graduate School of Journalism. His Twitter feed is at @tedregencia. Lindsay Minerva, a digital-media student at the Columbia University Graduate School of Journalism, is an intern at NewsweekHer Twitter feed is at @lindsayminerva.

 

 

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