jeudi 10 juillet 2014

Israël - Palestine : les enfants et la mort



Par Jean Daniel. Nouvel Observateur

Chaque fois qu'on a été proche d'un accord, et la dernière fois est toute récente, un attentat a eu lieu, qui a provoqué des représailles en chaîne et a relancé les hostilités.



Des enfants palestiniens à Gaza City, le 8 juillet 2014. (MAHMUD HAMS/AFP)

 

Tous ceux qui depuis longtemps et sans se lasser ont combattu pour que des droits égaux soient donnés aux Palestiniens et aux Israéliens, tous ceux qui ont créé des hôpitaux, des écoles et des orchestres mixtes, tous ceux enfin qui ne faisaient pas de différence dans l'indignation entre la mort d'un enfant palestinien et celle d'un enfant israélien, tous ceux-là ont le droit d'éprouver à la fois de la honte et de la rage. On les traitait d'utopistes tandis qu'ils gagnaient lentement du terrain. Tout est-il à recommencer ? "Non", répondent-ils. Nous ne sommes pas loin pourtant, ne nous le cachons pas, d'une nouvelle intifada. On ne l'aura pas vue venir.

Les Israéliens pendant quelques longues années ne se sont pas sentis concernés par les confits d'Afghanistan, d'Irak et de Syrie ni pratiquement par aucune des révolutions méditerranéennes. Restait bien sûr le problème de l'antisémitisme iranien. Mais même ce problème était en train de s'atténuer. Le successeur du sinistre Ahmadinejad, qui voulait raser Israël de la carte du monde et dont les Israéliens avaient fait leur obsession, s'est mis à déclarer que les Palestiniens étaient seuls juges des combats qu'ils devaient mener pour leur émancipation. L'intervention en Libye des Franco-Britanniques avait été, croyait-on, un succès total.

Bref, d'un point de vue purement israélien, il régnait une certaine paix qu'on avait rarement connue jusque-là. Dans tous les domaines, et notamment économique et scientifique, les succès remportés dépassaient les espérances. Tout le monde savait cependant qu'il subsistait un problème jusque-là insoluble et dont les Palestiniens avaient toutes les raisons de se servir : celui de l'évacuation des territoires occupés.

Avant d'accuser qui que ce soit, il faut dire qu'aucun homme d'Etat israélien ni aucune autorité civile ne se sont jamais opposés à l'installation de nouveaux immigrants qui remplissaient leurs devoirs religieux. Ils faisaient leur alya, mais il faut dénoncer ce fait révoltant à savoir que chaque fois qu'on a été proche d'un accord, et la dernière fois est toute récente, un attentat a eu lieu, qui a provoqué des représailles en chaîne et relancé plus ou moins les hostilités.

Tous les présidents et les diplomates américains, de Jimmy Carter à Barack Obama et de Henry Kissinger à John Kerry se sont perdus dans ce labyrinthe savamment organisé par ceux des Israéliens qui ont tout de même à leur passif le crime des crimes : l'assassinat d'Yitzhak Rabin. Aujourd'hui je ne crois pas, comme John Kerry s'en persuade, qu'il y ait une nouvelle possibilité de constituer, comme c'était le projet, les "deux Etats".

INSUPPORTABLE MASCARADE

Maintenant il faut savoir que les organisations palestiniennes radicales et même modérées étaient furieuses d'être abandonnées par le monde arabe et même islamique. Les relations entre le Hamas et l'Egypte se crispaient de plus en plus. C'est pourquoi, au moment où renaissent des formations musulmanes encore plus radicales que les émules de Ben Laden, il n'était pas étonnant que les Palestiniens se rappellent au monde.

Les nouveaux, ce sont les djihadistes qui se sont emparés d'une manière incroyablement facile d'un tiers de l'Irak et d'un quart de la Syrie. Dimanche dernier, Laurent Fabius précisait qu'ils jouaient volontiers au football avec les têtes qu'ils venaient de couper. Je ne crois pas que le dernier film d'horreur aitjamais inventé une aussi insupportable mascarade.

Or ces djihadistes, voici qu'ils surgissent de toutes parts, et que chaque puissance en a peur car leur barbarie profondément religieuse ne fait pas de quartier. Des chrétiens et des Africains ont été le mois dernier des victimes abandonnées à leur sort. Mais l'affrontement sanglant chiites-sunnites qui tue de nombreux musulmans avait même fini par éclipser le confit israélo-palestinien.

LA PHRASE DE GOLDA MEIR

Mais pour finir sur Israël je peux confier, à l'âge où je parviens, que l'un de mes échecs personnels a été de ne pas arriver à persuader les élites juives de sauver leur peuple et leurs âmes. Sur la violence, il y a eu les plus grands textes. Et sur celle qui concerne les enfants, on ne peut pas oublier Dostoïevski.

Voyant revenir les stigmates annonciateurs de la fraternelle cruauté entre Israéliens et Palestiniens, je ne puis m'empêcher de repenser aux fameux propos prêtés à la redoutable et remarquable Golda Meir : "Ce que je vous reproche, vous serez étonnés de l'apprendre, ce n'est pas tant de tuer nos propres enfants, mais c'est de nous forcer à tuer les vôtres." Cette phrase peut avoir mille interprétations. Un de mes amis arabes était révolté que je puisse m'y attarder. Non seulement elle se trouve une excuse pour l'assassinat, mais y ajoute un nouveau procès de notre comportement.

C'est vrai que cette phrase a plusieurs sens selon la conscience que l'on a de sa propre immobilité. Mais si sensible que je sois au destin palestinien, je ne puis m'empêcher d'y voir une volonté de ne pas se consoler du meurtre même qu'on prétend justifier par notre défense. Le meurtre, c'est le meurtre. Les enfants des autres, ce sont les nôtres. Aujourd'hui, presque partout, il ne s'agit que d'enfants ou d'adolescents. Ils sont la majorité chez les djihadistes.

 

 

COMMMENTAIRE DE DIVERCITY

"CE QUE JE VOUS REPROCHE, CE N'EST PAS TANT DE TUER NOS PROPRES ENFANTS, MAIS C'EST DE NOUS FORCER À TUER LES VÔTRES." (Golda Meir)

L’homme est un loup pour l’homme. Je ne sache pas que le plus cruel des loups dévore les petits des autres loups. L’homme ose ; l’homme ose tout et davantage. « Le meurtre, c'est le meurtre. Les enfants des autres, ce sont les nôtres. Aujourd'hui, presque partout, il ne s'agit que d'enfants ou d'adolescents. Ils sont la majorité chez les djihadistes. »(JD)

Le scandale est partout, dans chacun des deux camps. Et on commence seulement à mesurer l’horrible logique qui se met en place dans le camp des djihadistes rassemblant des dizaines milliers de gamins de chez nous et d’ailleurs fanatisés quelque part entre la Syrie et l’Irak sur le territoire d’un Califat tout neuf qui entend convertir les cœurs, le cimeterre à la main.

Comme Kronos, les extrémistes fanatisés qu’ils soient juifs ou musulmans dévorent leurs propres enfants.

 


C’est plus insupportable encore que le tableau terrifiant de Goya. Naftali FrenkelGilad Shaar, Eyal Yifrach, Mohamed Abu Khudeir ont été arrachés cruellement à la vie. Ces arrières-petits-fils d’Abraham n’ont pas été épargnés par le couteau sacrificateur du « père des croyants »ni par la main divine.« Quatre adolescents à peine pubères, donnés en pâture et sacrifiés dans une débauche de violence sur l’autel de la haine, sourde, aveugle, identitaire : trois Israéliens et un Palestinien victimes d’un contexte où de plus en plus l’extrémisme tient le haut du pavé. Difficile d’imaginer un cocktail plus explosif » Choc des identités meurtrières ? De toute évidence !

« Le journaliste juif  Gideon Levy observe dans Haaretz que la génération des juifs qui étaient à l’unisson de Martin Luther King et Nelson Mandela ont été depuis remplacés par ceux qu’il appelle la génération Netanyahu, des jeunes gens et des jeunes femmes nés en Israël et qui pour la plupart d’entre eux n’ont jamais vu un visage palestinien de près mais qui sont pourtant persuadés qu’il est l’ennemi de l’État d’Israël contre qui tout est permis. Et dans le même temps grandit en Palestine une génération sacrifiée qui, de l’avis de Yuval Diskin, ancien directeur des services de sécurité israéliens Shin Bet, n’a aucun avenir, ni politique, ni économique, mais seulement un passé. En un mot comme en 100 : une communauté paranoïde fait face à une communauté malade de frustration ;difficile d’imaginer un cocktail plus explosif que celui-là » (J.D.)

Et tandis qu’Israël tremble, l’Europe s’inquiète, la Belgique, la Flandre, Bruxelles également car tout le monde a peur de voir revenir au pays les ados frustrés et décervelés partis pour tuer et sans doute déterminés à semer la mort à leur retour dans le pays d’accueil comme Mehdi Nemmouche « au nom de ce qu’il y a de plus redoutable : la race, la religion, le nationalisme, l’histoire, la terreur et le territoire » .  

Tout est lié en un embrouillamini inextricable, complexe et inflammable comme un baril de poudre, prêt à exploser à tout instant, exactement 100 ans après les coups de feu d’un nationaliste serbe  adolescent (il avait 19 ans lui aussi) se jetant sur le symbole vivant du cosmopolitisme de l’époque : l’héritier présomptif de l’empire austro-hongrois et son épouse.



Après ce quadruple meurtre, qui immanquablement fait écho à celui du musée juif de Bruxelles, le baril de poudre de la zone de Gaza est prêt à exploser. Et pourtant, un geste que l’on peut qualifier de surhumain, d’abrahamique a été accompli. Il montre qu’une réconciliation entre Israéliens et palestiniens est de l’ordre du possible au nom de l’éthique réparatrice. Le retour à l’éthique est l’ultime recours car l’éthique est au-dessus des fanatismes et même des religions.  Contrairement aux fous de Dieu qui tuent, le Dieu du Coran « s’assigne à Lui-même la miséricorde ». Vous avez dit miséricorde ? Dimanche, un juste, un Mensch au sens étymologique du terme, l’oncle de Naftali Frenkel l’une des trois victimes israéliennes a téléphoné au père de Mohammed Abu Khdeir, l’adolescent palestinien brûlé vif pour présenter ses condoléances à la famille des victimes. Ce geste surhumain lourd de sens est la preuve symbolique que les rivalités et les tensions entre les peuples ne pèsent pas lourd face à la mort de jeunes victimes innocentes.  Hélas on ne peut pas dire que les leaders du Hamas et le gouvernement et l’armée israélienne soient inspirés par cet esprit de clémence, de concorde et de réconciliation. Que du contraire : les représailles totalement disproportionnées qu’exerce actuellement l’aviation israélienne sur ordre du gouvernement sont en train de pulvériser le rêve israélien de pouvoir mener une vie paisible en toute sécurité. En recourant, une fois de plus, à l’escalade de la violence, les deux camps semblent devenus totalement insensibles au « visage de l’autre » (Lévinasà la douleur de leur adversaire.

 




Il est bien certain qu’avec ses tirs réguliers de roquettes artisanales visant des civils israéliens dans les banlieues des grandes villes, Hamas suscite une angoisse insoutenable dans les familles israéliennes réduisant à néant leurs espoirs paix à l’abri des menaces.  Le bruit des sirènes annonçant que dans les minutes qui suivent leur logement peut être anéanti par une roquette palestinienne, nourriun traumatisme quotidien de plus en plus mal vécu par les familles israéliennesLa riposte glaciale et complètement disproportionnée de l’état-major israélien qui sème la mort dans la bande de Gaza et a déjà fait 35 victimes n’y changera rien, sinon de générer toujours plus de haine, de résistance et de rébellion. Parmi les 35 victimes palestiniennes, on compte une majorité de civils, de femmes et d’enfants pour une poignée d’activistes du Hamas. Riposte israélienne disproportionnée ? En 2009, 28 civils et 10 militaires israéliens ont péri contre 565 morts du côté palestinien.

C’est à tort que les Israéliens se sont imaginé qu’ils pourraient vivre en paix et en toute sécurité à l’abri d’un interminable mur de séparation et d’une protection militaire réputée infaillible. La mort de trois jeunes Israéliens innocents, celle d’un jeune garçon palestinien et les roquettes du Hamas ont réduit cette illusion à néant, ce qui provoque un sentiment de frustration indescriptible.

Plus encore que les projectiles artisanaux du Hamas, ce sont les chasseurs F15 et les hélicoptères apache de leur propre armée qui pulvérisent cette illusion avec leur riposte hors de proportion, générant toujours plus de haine et de volonté de vengeance. Une fois de plus, les Palestiniens de la bande de Gaza sont dans l’œil du typhon.

Et Benjamin Netanyahu, premier ministre et membre du parti conservateur Likud d’annoncer son intention d’intensifier les attaques contre Gaza et de rappeler 40.000 réservistes le cas échéant pour organiser une attaque terrestre. Hamas riposte en annonçant qu’avec ses 10.000 roquettes en stock il a de quoi riposter et pourrir la vie de centaines de milliers d’Israéliens. Comme on est loin du geste apaisant des familles Frenkel et Abu Khdeir, inspiré par la dynamique du dialogue interculturel et l’éthique réparatrice et reconstructive.

Il rappelle l’agenouillement de Willy Brandt devant le monument aux morts du ghetto de Varsovie victimes du fanatisme nazi.



Le fanatisme politique ou religieux ne mène à rien, sinon à générer la violence, les larmes et le sang. Comme le populisme nationaliste, son frère, ils ne peuventêtre vaincus et éradiqués que par l’éducation, celle des familles et celle de l’enseignement de la maternelle à l’université.

C’est le seul contrepoison que l’on puisse opposer à l’aveuglement des fous de Dieu des deux camps. Ce ne sont ni les rockets, ni le F15, ni les fusils ni les couteaux ni la kalachnikov de Mehdi Nemouche qui tuent mais les cerveauxfanatisé des hommes qui les arment.

Le seul désarmement qui vaille est celui des consciences car, comme l’écrivaitJean Burgers à la veille d’être pendu par ses bourreaux nazis : « le salut ne viendra pas des esprits au garde à vous. »

MG




 

EEN PARANOÏDE GEMEENSCHAP TEGEN EEN ZIEK GEFRUSTREERDE gemeenschap, zijn er explosievere cocktails?

DM STANDPUNT Naftali FrenkelGilad ShaarEyal Yifrach, Mohamed AbuKhudeirVier jongenspuberskinderen eigenlijk nog, geofferd in een evenwreed als zinloos opbod van geweld en haatDrie Israëli's en een Palestijn,slachtoffer van een conflict waarin extremen steeds meer de agenda dreigen tebepalenMeer dan de stem van de gematigden en de verzoeners.


© Yann Bertrand.

Het is aan de politieke leiders Netanyahu en Abbas om weerstand te biedentegen al diegenen die langs beide kanten aandringen op verdere wraak enretributie

Het conflict tussen Israël en de Palestijnen leek wat op de achtergrondgedrongen, na de Arabische Lente, Syrië, en de recente sectarische gevechtentussen soennitische en sjiitische moslimsVier moordenlukraak maar metvoorbedachten rade en het idee dat het afslachten van de jeugd een valabelestrategie voor sommigen ishebben opnieuw duidelijk gemaakt dat dit decenniaoude conflict nog steeds springlevend isBeladen met al wat gevoelig is: ras,godsdienstnationalismegeschiedenisterreur en territoriumveel meerconflictstof op elkaar gestapeld in een overbevolkt gebied is nergens anders terwereld te vinden.

En het verbetert niet. De Joodse journalist Gideon Levy merkte in de Haaretzterecht op dat de Joden die mee marcheerden met Martin Luther King en Nelson Mandela inmiddels vervangen zijn door wat hij de Netanyahu-generatie noemt. In Israël geborenmeestal nooit een Palestijn van dichtbij gezien, maar weldenkend er alles over te weten, met name dat hij de vijand is tegen wie allesgepermitteerd is. Dromend van de 'Joodse staat' die Netanyahu als ultiem doelsteldeniet wetend wat dat dan juist zou moeten zijn, maar die wel verdedigentegen ieder onheil.

Ondertussen groeit in die afwijzing en in dat vijandbeeld een nieuwe Palestijnsegeneratie op. Een generatie, die volgens Yuval Diskingewezen directeur van deIsraëlische Shin Bet-veiligheidsdienstalleen een verleden heeft en geentoekomst. Die haar grondgebied verder ingepalmd ziethaar economischetoekomst onbestaand, en nergens steun of hulp te verwachten heeft.

Een paranoïde gemeenschap tegen een ziek gefrustreerde gemeenschapzijn ernog explosievere cocktails te bedenken?(…)

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