mercredi 2 juillet 2014

Le patronat flamand joue la menace … et le bouclier


Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef
Le Soir

Zandhoven. C’est dans ce canton de la province d’Anvers, à quelques kilomètres de Mol et Brasschaat que la N-VA a obtenu son score le plus élevé en mai dernier : 53 % des habitants de Schilde se sont ainsi portés sur le parti de Bart De Wever. Interrogés sur ce coup de foudre massif pour le parti nationaliste, ils confessaient : «  On ne peut pas dire que nous ayons beaucoup de problèmes dus aux Wallons.  » Alors, quoi ? «  Les gens ici, ont voté avec leur porte-monnaie. Contre les impôts dérangeants, le tram et les autres dangers qui peuvent encore arriver. Nous ne sommes pas des habitants de grosses villas, nous sommes des couples à deux salaires qui travaillent beaucoup.  » Ras le bol des nouvelles taxes sur les voitures de sociétés, sur les sociétés fiscalement attractives dans lesquelles on pouvait glisser sa villa, ou des droits d’enregistrement. Et de l’Open-VLD en l’occurrence, qui a, selon ces anciens électeurs, «  adopté le PS model  ».

C’est le syndrome Zandhoven qui vit dans le patronat flamand. Les Voka et autres Unizo, et leurs individualités (de Vinck, ex-manager de la SNCB à Torfs, patron de magasins de chaussures) attendent de la N-VA – et du gouvernement de centre-droit qu’elle peut rendre incontournable –, une seule chose : un environnement favorable aux entreprises et aux cadres. Comme les habitants de Schilde, ils sont pro N-VA, non parce qu’ils ne veulent plus des Wallons, mais parce qu’ils veulent moins de taxes et plus de flexibilité. Ils ont donc tout fait depuis des mois pour convaincre Bart De Wever de laisser tomber le communautaire – qu’ils n’aiment pas car cela impatiente les clients et les marchés –, mais aussi les « autres » que la N-VA s’était convertie. Lors d’une de leurs assemblées générales récemment, ils avaient été clairs : tout sauf Elio II, sinon certains allaient délocaliser des lignes de production.

C’est dire leur grand bonheur à l’idée de ce gouvernement de centre-droit travaillé par l’informateur De Wever, et leur immense colère, lorsque Lutgen lui a dit non. Pas question cependant pour eux de laisser tomber leur (soudain) accessible Graal et donc il font tout pour : 1) faire pression et un peu peur – le sondage ; 2) trouver des alliés en poussant les autres patrons (belges, wallons et bruxellois) à sortir du bois, histoire de montrer aux partis du sud qu’ils ne monteront pas dans un gouvernement avec la N-VA dans un désert/enfer francophone ; 3) convaincre que le CD&V et le patronat flamand seront le meilleur rempart de ces francophones, « embedded », contre le séparatisme génétique de la N-VA.

Cela marchera-t-il ? Pour le MR, l’interrogation reste grande, car liée à deux questions : 1) l’envie au sud du pays de bouter le PS dehors sera-t-elle plus grande que sa peur de la N-VA, et pour quelle frange et pourcentage des « gens » ? 2) Si le bouclier patronal flamand et celui du CD&V sont nécessaires, seront-ils suffisants mais surtout, fiables ? Car le CD&V a son aile confédéralisre et le Voka n’aimera pas longtemps l’idée de supporter les budgets wallons. C’est tout cela qui est (entre autres) compté et ausculté.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

«  LES GENS ICI, ONT VOTÉ AVEC LEUR PORTE-MONNAIE »

Certains, ils sont nombreux, sont intoxiqués par le foot. Personnellement, j’yrésiste sans grande difficulté. En revanche, je suis obsédé par l’avenir immédiat de notre beau pays. Une fois de plus, l’analyse de Béatrice Delvaux qui connaît bien sa Belgique, pardon ses Belgiques, est bluffante et marquée au coin du bon sens.

Je n’aurais pas l’outrecuidance de qualifier notre système d’antidémocratique, ce serait bien excessif que de l’insinuer. En revanche, je le trouve franchement pervers quand je constate qu’un parti croupion comme le CDH qui a fait un score médiocre tient à nouveau le pays en haleine pour ne pas dire en otage. Il me semble que le système démocratique belge donne infiniment trop de pouvoir aux présidents de parti. La preuve, c’est que Elio Di Rupo n’a qu’une ambition : non pas de se maintenir au 16 rue de la loi, non pas d’investir l’Elysette, qu’il a occupée déjà mais bien de retrouver son fauteuil  de président du PS d’où il dirige la francophonie et peut imposer sa vision politique et sa volonté à la Flandre.

Il entend bien reprendre son parti en main, une main de fer gantée de velours rouge. Il a senti le souffle du boulet : la FGTB a failli le lâcher pour le PTB. Elio Di Rupo premier ministre sait qu’il a perdu pas mal de crédit chez les plus progressistes en faisant trop risette à la droite flamande. Il entend bien gouverner à gauche désormais : à Bruxelles, en Wallonie sans le MR et, si c’est possible, au fédéral avec lui. Les Flamands ne sont pas dupes de sa stratégieSon seul challenger c’est le président d’en face, Bart de Wever mais son plus grand adversaire c’est le MR quil s’efforce de mettre dans les cordes pour cinq ans. Tout indique qu’à terme, il y parviendra, à force de rouerie et de patience : la patience est son atout majeur dont il joue comme un virtuose de son Stradivarius.

Tout, chez nous, se passe au second tour entre les présidents de partis et leur garde rapprochée. À ce jeu de stratego, le PS dispose d’une arme secrète : son centre d’études Emile Vandervelde qui est d’une redoutable efficacité. Il l’a prouvé lors des précédentes  et interminables négociations fédérales.


Un forumeur commente avec finesse : « Le Voka a crée son propre parti la NVA à partir d'une plate-forme thatchérienne, il phagocyte le mouvement flamand, intègre l'extrême droite et démantèle la structure de l'Etat avec ses exigences. La NVA n'est pas belge, mais est-elle même flamande ? » Non elle est avant tout capitaliste et intéressée par le profit et l’expansion. Le capital est volatile et il s’installe là où les conditions sont les plus avantageuses et va placer ses billes ailleurs si les conditions s’y avèrent plus profitables, quitte à délocaliser. Di Rupo sait cela parfaitement mais ceux qui votent pour lui ont d’autres préoccupations.

Un autre forumeur commente : « De droite ou de gauche, si un système comme l'indexation des revenus empoisonne notre économie, il faut l’adapter... la différence est qu'un parti de droite va l'annoncer en toute transparence quand un parti de gauche va le faire en douce, indirectement »

Difficile de ne pas être d’accord avec lui.

Certes, le président du PS est suprêmement habile mais seulement à court terme. À moyen terme, il est en train de faire le jeu des nationalistes de la N-VA en jouant délibérément son joker, une carte gagnante certes mais qui est en train de démontrer de la façon la plus claire qu’il y a deux Belgique et que le confédéralisme est en train de se mettre en place par l’entremise de sa stratégie machiavélique. La NV-A ne participera pas au prochain gouvernement fédéral. En vérité, elle ne demande que cela et elle est persuadée que le temps travaille pour elle. Encore faut-il que son leader charismatique tienne physiquement et psychiquement le coup jusqu’aux prochaines élections. Pardon, lecteurs de constamment taper sur les mêmes clous, d’écrire et de réécrire inlassablement le même article. J’ose espérer que ce petit jeu durera moins de 500 jours. En attendant, le trépidant Charles Michel est en train de gaspiller ses meilleures énergies, sans doute en pure perte.

MR

 

 

 

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