samedi 12 juillet 2014

Le Proche-Orient au bord du gouffre


Gérald Papy

Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express

 

A force de ne plus susciter le moindre espoir de résolution, le conflit israélo-palestinien avait fini par sombrer dans la léthargie de l’indifférence. Fin avril, unxième cycle de discussions échouait lamentablement sans provoquer de sursauts des cénacles diplomatiques internationaux. Il fallait escompter des jours meilleurs et... des dirigeants plus responsables.

Suivant un engrenage trop connu, la confrontation militaire actuelle entre l’armée israélienne et le groupe islamiste Hamas ne déroge pas davantage à la macabre routine du Proche-Orient. En 2002, 2004, 2006, fin 2008-début 2009, la Bande de Gaza a été le théâtre de poussées répétées de violences. Sauf que le contexte a changé. Au point que le risque d’aggravation profonde du conflit et de contagion régionale en cascade est sensiblement plus grand aujourd’hui qu’hier. 

Plus la perspective d’un règlement négocié s’éloigne, plus l’audience des extrémistes grandit. Fort de ses succès électoraux, le Hamas a pris le pouvoir à Gaza en 2007 au détriment du Fatah, organisation fondatrice de l’indépendantisme palestinien. Récemment pourtant, il a dû se résoudre à former avec lui un gouvernement d’union nationale en raison de son isolement consécutif à la rupture avec l’allié iranien et à l’éviction des Frères musulmans du pouvoir en Egypte. L’enlèvement et l’assassinat de trois jeunes Israéliens en Cisjordanie, attribués à des membres, téléguidés ou non, du mouvement islamiste, sont venus ruiner la nouvelle stratégie palestinienne. Ironie de cette histoire contemporaine marquée par l’effondrement des valeurs de modération, le Premier ministre israélien, le pourtant très radical Benjamin Netanyahou, apparaît comme le seul dirigeant en mesure d’empêcher une escalade aux conséquences incertaines. Il a dénoncé le meurtre du jeune Palestinien tué en représailles, annoncé l’arrestation de ses meurtriers présumés, des extrémistes juifs, et renoncé – provisoirement ? – à la vaste opération terrestre anti-Hamas réclamée par certains de ses ministres les plus radicaux. 

Ces considérations conjoncturelles ne peuvent occulter que les Palestiniens, faute de perspectives raisonnables d’amélioration de leur quotidien, sont face à un dilemme insoluble : composer avec un statu quo de plus en plus invivable ou privilégier l’option violente en rejoignant les rangs des mouvements qui la prônent et qui, demain, seront plus extrémistes encore que le Hamas. 

C’est à cette issue que ne manquerait pas de conduire une guerre totale entre Israël et islamistes palestiniens. Avec cette hypothèque nouvelle pour Israël : la mobilisation possible en faveur des « frères » palestiniens de djihadistes de l’Etat islamique depuis leur sanctuaire irako-syrien. C’est pourquoi, après la guerre des pierres (1987-1993) et celle d’al-Aqsa (2000-2003), une troisième Intifada pourrait avoir des répercussions particulièrement déstabilisatrices et dangereuses, jusqu’en Europe (exportation du conflit, hausse des prix des produits pétroliers...) 

En regard de ces enjeux et de l’indolence sur le dossier du traditionnel médiateur américain, l’inaction des dirigeants de l’Union européenne est sidérante. Le Hamas, Benjamin Netanyahou et ses ministres les plus radicaux sont impardonnables « car ils ne savent pas ce qu’ils font »

 

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY :

  LA GUERRE !


« L’effondrement des valeurs de modération »

La formule est terrible, elle fait penser à l’assassinat du pacifiste Jaures, le 31 juillet 1914 au café du Croissant, aux dérives terroristes des nazis dès leur arrivée au pouvoir en 1933.

Les Jihadistes déchaînés rappellent par leur cruelle radicalité les groupes paramilitaires de la SA et de la SS. On se souviendra de la fameuse « nuit des longs couteaux » (29-30 juin 34) au cours de laquelle les SS ont éliminé la Ssur ordre de Hitler. Il semble donc que les combattants sanguinaires du mouvement EIIL, sous les ordres du nouveau calife autoproclamé Abou Bakr al-Baghdadi  pourraient et voudraient, après s’en être pris à leurs frères shiites, se mobiliser contre Israël. (« Al-Baghdadi a su inspirer un tel effroi à ses ennemis que ces derniers -les soldats chiites de l'armée irakienne officielle- ont fui pratiquement sans combattre »Figaro). Tout cela est bien entendu à mettre au conditionnel. En tout état de cause si ce cas de figure devait se concrétiser sur le théâtre des opérations, il ne fait aucun doute qu’une guerre totale islamisto-israélienne se verrait transposer ipso facto en territoire européen. Dès à présent, les Européens redoutent le retour des combattants islamistes partis en Syrie et dont un certain nombre seraient déjà rentrés au pays. Il se confirme que proportionnellement, c’est en Belgique que fut recruté le plus grand nombre de mercenaires islamistes. Il semble que dès à présent nos services de sécurité antiterroristes soient dépassés c’est-à-dire incapables de surveiller efficacement l’ensemble des volontaires rentrés du front syrien. Difficile de ne pas partager l’avis de Gérald Papy, lorsqu’il affirme être sidéré par la passivité européenne.

« Plus la perspective d’un règlement négocié s’éloigne, plus l’audience des extrémistes grandit Si elle n’y prend garde, l’Europe pourrait bien être prise en tenaille entre deux foyers de tension extrême le premier au Moyen-Orient, le second en Ukraine et un allié américain de moins en moins motivé pour jouer son rôle de gendarme du monde. Tout se passe comme si le président Obama était lobotomisé par un Nobel de la paix attribué prématurémentLes missiles aveugles du Hamas et les salves de bombes ultra précises de l’aviation israélienne sèment la mort et anéantissent tout espoir de concorde.« Effondrement des valeurs de modération ! »  On avance doucement vers une situatioextrêmement dangereuse. Mais le plus grand péril, selon nous, proviendrait du fait que la jeunesse d’Occident soit largement démotivée, désillusionnée, au point que certains, souvent les plus brillants, se tournent carrément vers d’autres horizons tandis que les plus enragés rejoignent la lutte armée en Syrie. Il y a certes une part de romantisme dans cet élan rappelant le « on n’est pas  sérieux quand on a 17 ans » d’Arthur Rimbaud  ou les tribulationsd’un André Malraux, d’un Hemingway, d’un Orwell dans les brigades républicaines quand explosa à la guerre civile d’Espagne, l’engagement d’un Régis Debray jeune auprès de Che Gevara.

Iest grand temps que l’Europe fasse à nouveau rêver sa jeunesse avec un grand dessein, à exempldes brigades de la paix de John F. Kennedy (« Our Peace Corps is designed to permit our people to exercise more fully their responsibilities in the great common cause of world development.» )par exemple des brigades pour le sauvetage de la planète ou tout autre élan et mobilisation en faveur de la concorde, la coopération et pourquoi pas la dynamique interculturelle et la cause cosmopolite« And so my fellow citizens of the world: ask not what America will do for you, but what together we can do for the freedom of man. » John Fitzgerald Kennedy.

Faute de quoi, nous perdrons nos meilleurs jeunes, soit qu’ils décident d’émigrer vers des cieux plus cléments, soit qu’ils se retournent contre une société qui ne leur offre qu’un gavage de consommation matérialiste qui ne fait plus rêver personne. 

« L’effondrement des valeurs de modération » est plus qu’une mauvaise nouvelle, c’est une catastrophe apocalyptique.

MG

 

 

 

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