vendredi 11 juillet 2014

L’école francophone serait mal organisée: les pistes de ÉRIC BURGRAFF


Robert Deschamps, professeur à l’Université de Namur, estime qu’il faut réorganiser l’enseignement au bénéfice d’une plus grande autonomie des écoles. Quitte à briser des tabous.



Enseignement: l’indispensable décloisonnement

Éric Burgraff, Journaliste

 

Quatre écoles fondamentales concurrentes pour 2.000 habitants : une libre, deux communales – qui se font elles-mêmes concurrence – et une officielle. L’exemple est rural, wallon, mais bien réel. C’est parce qu’il a des grands frères à Bruxelles et aux quatre coins de la Belgique francophone qu’il n’a rien d’une caricature. C’est pour la même raison qu’il nourrit désormais la réflexion de gens qui veulent du bien à l’école. Robert Deschamps, professeur à l’université de Namur, est de ceux-là. « Si les performances de notre enseignement ne sont pas à la hauteur des moyens consentis, ce n’est pas une question d’argent mais d’organisation », estime-t-il. Prudent, il ne charge pas le personnel, il met en cause le système.

Et que fait-on quand un système est en panne ? On lui offre une bonne révision, on change les pièces qui font défaut, on prépare au besoin un nouveau moteur. Un nouveau moteur pour l’enseignement, c’est précisément ce sur quoi travaillent les éminences du PS et du CDH en négociant le gouvernement de la Communauté française. Avec ceci comme contrainte supplémentaire : la belle mécanique devra consommer moins, coûter moins cher à la collectivité. On devra donc évacuer les impayables promesses de la campagne : des repas gratos pour tous, l’école libre financée au même niveau que l’école officielle.

Et si, dans les propositions des chercheurs, il y avait un début de solution ? Passons sur l’iconoclaste fin des prépensions qui, on le voit d’ici, fera hurler les syndicats. Passons sur la sécheresse des chiffres qui masquent mal la grande misère de certaines écoles. Par contre, attardons-nous un instant sur la relation de confiance à reconstruire entre la Communauté française et les institutions : la responsabilisation des acteurs de terrain, l’autonomie accrue dans l’affectation des moyens serait un pas vers une école de réussite.

Attardons-nous aussi sur le fonctionnement en piliers. Les professionnels le savent, l’organisation actuelle arrive tout doucement – contraintes budgétaires obligent – au bout de sa logique. Si un réseau unique à la française est politiquement impensable et impayable, un décloisonnement est, lui, budgétairement indispensable. Au-delà d’un rapprochement – donc de la suppression des doubles emplois flagrants – entre institutions publiques, le prochain gouvernement serait bien inspiré d’inviter écoles libres et officielles à se parler, à échanger, à collaborer. Pourquoi ce qui est désormais la ligne – la contrainte d’ailleurs – dans l’enseignement supérieur ne pourrait-il pas s’appliquer dans l’obligatoire ? Se poser la question, c’est intégrer ceci : la concurrence exacerbée sert peut-être la gloriole de quelques-uns mais, au final, elle ne crée pas d’emplois. Et ne rend certainement pas les élèves plus performants.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« PUISQUE NOTRE SYSTÈME D’ENSEIGNEMENT NE FONCTIONNE PAS, CHANGEONS LE ! » Robert Deschamps 

Et si, la vraie raison de l’alliance précipitée entre les socialistes (PS) et les chrétiens-démocrates (DDH) était leur volonté de réformer l’école dans ses fondements ? Voilà qui changerait tout, et « tout » est toujours une question de point vue, ce point d’où on regarde les choses. Soyons donc bon prince et faisons mine de croire, le temps d’un édito, que telle serait bien la volonté des socialistes et des chrétiens démocrates coalisés. N’a-t-on pas dit et répété que le centre de gravité des prochaines coalitions régionales devrait se situer autour de la problématique de l’enseignement ?

Il y a des années que l’on nous serine que la Communauté française serait bientôt en cessation de paiement. Le gros du budget de Wallobrux ce n’est pas la culture ni l’audiovisuel mais c’est surtout l’enseignement (2.500millions d’euros) et son énorme volet salarial (quand elle consacre 100 euros à l’enseignement elle en dépense 90 en salaires). Cet enseignement qui nous coûte si cher bénéficie d’un taux d’encadrement qui dans le secondaire tourne autour de un enseignant pour 9,4 élèves. Un record européen. Mais on se plaint de classes surchargées ? Il s’agit d’une moyenne qui est la résultante d’un éparpillement des charges d’enseignants sur divers réseaux : l’officiel (la Communauté française, les communes, les provinces), le libre, la promotion sociale. Les doubles emplois sont nombreuxLes enseignants détachés pour raisons diverses sont très, voire trop nombreuxIl y a des années qu’on le dit, et des années qu’on ne fait rien pour corriger le tir. D’aucuns ont proposé la création et la multiplication des bassins scolaires au sein desquels il serait possible de procéder à des rationalisations, tous réseaux confondus. C’est une piste intéressante trop peu exploitée jusqu’à présent.

Il « semble » que soudain avec cet article on lève un voile sur le secret des négociations. Le PS comme le CDH savent qu’il n’est pas de salut pour Bruxelles et pour la Wallonie sans une réforme profonde de l’enseignement. Actuellement l’échec scolaire, les redoublements, le décrochage scolaire plombent l’avenir de la jeunesset par conséquent celui de Wallobrux.

Il faut évidemment se demander si le grand chantier de la réforme de l’enseignement aurait été concevable avec la présence du Mouvement Réformateur hostile à toute stratégie de mixité sociale dans les écoles. C’est clair, le PS et le CDH réunis ne peuvent que s’engager dans la voie d’une réforme progressiste au cœur de laquelle se trouvera immanquablement la priorité de l’égalité des chances.

En toute hypothèse, il est légitime d’imaginer que l’on pourrait se trouver à l’aube d’une révolution copernicienne comparable à la conclusion du pacte scolaire en1959, ou à l’introduction de l’enseignement rénové qui tourna la catastrophe budgétaire.

Beaucoup le disent et depuis longtemps, le professeur Robert Deschamps le confirme, « notre enseignement ne souffre pas d’une insuffisance de moyens financiers, ni d’un nombre trop faible d’enseignants. Si problème il y a, ce n’est pas là qu’il faut en chercher la cause n’est non plus le remède. Notre enseignement de Communauté française a le triste privilège d’être à la fois le plus cher d’Europe et l’un des moins performants face aux épreuves Pisa.  Nous sommes dépassés par une quinzaine de pays industrialisés dont tous nos voisins ; beaucoup de moyens et de trop faibles résultats : oui il y a un problème. »

Et si socialistes et chrétiens-démocrates étaient déterminés à le résoudre, ce problème en négociant un nouveau pacte scolaire ou quelque chose qui y ressemble ? Quelque chose qui soit l’inverse d’une nouvelle guerre scolaire laquelle manquerait de soldats et de militants. Un consensus, voire un nouveau pacte, est nécessaire entre l’école libre et l’école officielle, surtout devant la menace non négligeable de la création d’un réseau libre musulman qui dans peu d’années risque de faire perdre beaucoup d’élèves et au libre et à l’officiel. Mais tout ceci n’est qu’hypothèses qui méritent d’être vérifiées. Quid du reste de la création d’un réseau unique, comme en Finlande ? Plus personne n’ose aborder ce véritable tabou. Pourtant ce serait la voie de la sagesse.

« En réalité, ce dont souffre notre enseignement, ce n’est ni d’un manque d’argent ni d’un manque d’enseignants, la question centrale est celle de l’organisation de notre enseignement qui l’empêche d’être aussi performant qu’ailleurs. Et le professeur Deschamps de préciser, prudent : « les enseignants ne sont pas en cause » et puisque le système ne fonctionne pas, « changeons le »

Constatons tout de même qu’une des pierres d’achoppement qui entravent la formation du gouvernement flamand porte également sur la problématique de la réforme de l’enseignement flamand. (La N-VA est très hostile à une réfonte dun premier degré en tronc commun pour tous les élèves d’une même tranche d’âge). Celle-ci, pilotée par les socialistes flamands (SPa) sous la houlette du ministre Pascal Smet a paralysé les travaux du gouvernement flamand.

Si l’enseignement peut être regardé comme un facteur de réussite dans les pays nordiques et singulièrement en Finlande, il est chez nous, en Communauté française, un facteur d’échec qui entrave sérieusement l’avenir du pays. Tout est à revoir : la question du redoublement, l’enseignement de la langue maternelle (qui est une seconde langue pour les élèves issus de familles immigrées), la formation des maîtres initiale et continuée et plus encore celle des chefs d’école, le rôle des inspecteurs, la collaboration parents-école, le rôle des syndicats. Bref, comme nous le disons ici depuis des années, article après article, ce qu’il faut c’est convoquer des Etats généraux de l’enseignement en Communauté française. C’est plus que nécessaire, c’est vital et urgentissime. Il y a péril en la demeure. Marie Arena s’y est essayée mais sans grand succès. La feuille de route des libéraux est difficilement compatible avec un projet « progressiste »cosigné CDH et PS (le CDh n’est-il pas le parti de l’école libre et le PS celui de l’enseignement officiel ?)

 

Surtout, il conviendra de repenser de fond en comble l’organisation de l’enseignement technique et professionnel en vue de « réhabiliter la salopette et « l’intelligence au bout des doigts »

Si plan Marshall il y a, il ne saurait faire l’économie d’une réflexion crue et téméraire sur les carences actuelles des pourvoyeurs de main-d’œuvre à notre économie wallonne et bruxelloise. Il conviendra d’y associer le monde de l’entreprise dont la participation financière et technique doit être exigée. Ce n’est pas tout de vanter les mérites de l’enseignement dual (synergie école-entreprise) à l’allemande, encore faut-il envisager de le créer chez nous. Il faut oser reconnaître qu’une des forces de la Flandre résulte de l’excellent niveau de son enseignement technique et professionnel, singulièrement de l’enseignement libre flamand. Fi des tabous, qu’ils soient de nature philosophique, religieuse, syndicale ou autre, il faut tout remettre à plat et reconstruire l’édifice brique par brique. Le plus grand problème de notre enseignement francophone résulte non pas de la médiocrité des équipes pédagogiques, des directions mais bien de sa structure globale. Il faut changer de paradigme. Les gouvernements wallon et bruxellois ont cinq années pour s’y atteler. C’est beaucoup mais c’est insuffisant pour concrétiser une réforme à moyen terme. Il faut bien voir que le rénové est un échec mais que le retour à l’enseignement dit traditionnel voulu par certains ne résoudra rien, que du contraire. Il faut s’inspirer des bonnes pratiques telles qu’on les applique dans le nord de l’Europe et singulièrement dans ce pays mal connu qu'est la Finlande. Il n’y subsiste qu’un réseau unique d’enseignement dont l’organisation est confiée aux grandes villes. En Finlande la carrière d’enseignant est une vocation et non pas choix par défaut comme trop souvent chez nous. En Finlande les équipes pédagogiques bénéficient d’une belle autonomie. En Finlande les chefs d’école sont des chefs d’équipe avec une vision, une autonomie d’action et une obligation d’empathie, ce sont eux qui recrutent les enseignants en fonction du profil de leur projet éducatif. En Finlande le redoublement n’existe pas mais les élèves sont coachés à la première faiblesse, au premier frémissement d’échec. En Finlande, on apprend vraiment à apprendre dans les écoles et à acquérir une vraie méthode de travail, une boîte à outils pour affronter les nouveaux savoirs et les nouveaux défis. En Finlande, l’informatique fait partie intégrante de la panoplie des élèves et des enseignants. En Finlande, on s’efforce de former des autodidactes dans l’esprit que préconisait déjà le grand Emmanuel Kant : « ce que l’on apprend le plus solidement et ce que l’on retient le mieux, c’est ce que l’on apprend en quelque sorte par soi-même. Il n’y a pourtant qu’un petit nombre d’hommes qui soient en état de le faire. On les appelle en grec autodidactoi »

"L’enfant n’est pas un vase qu’on remplit, mais un feu qu’on allume" disait déjà Montaigne. Il s’agit donc bien de promouvoir « un enseignement différent qui permettra à  nos enfants d'être les bâtisseurs de ce nouveau monde....C'est maintenant et « Sans plus attendre ! » écrit Guibert del Marmol dans un livre qui porte précisément ce titre.

MG

 

 

MYRIAM BOURHAIL, FILLE D'OUVRIER MAROCAIN, OBTIENT 21,03 DE MOYENNE AU BAC

éducation(228)

Par Maina Fauliot


Myriam Bourhail, une lycéenne française, fille d'un ouvrier marocain, a obtienu plus de 21/20 au bac, soit la meilleure note de Picardie et probablement de France. 

Myriam Bourhail, élève du lycée européen de Villers-Cotterêts dans l’Aisne, décroche son bac S avec l’impressionnante moyenne de 21,03 sur 20. Elle cumule les sans-fautes en anglais, en espagnol, en physique, en mathématiques et en SVT (Sciences et vie de la terre) avec cinq 20 sur 20. Sa plus mauvaise note : un 15 en sport, puis un 18 en histoire-géographie et un 19 en philosophie. Ses deux options facultatives, grec et section européenne, ont permis de doper la note finale.

La jeune fille de 18 ans a tenu à souligner l’aide de ses professeurs et de sa famille, notamment de son père, né au Maroc, titulaire du bac D (mathématiques et Sciences de la nature) et ouvrier. "Mes parents nous ont toujours poussés à donner le meilleur de nous-mêmes, ils nous ont orientés aussi vers la culture", a déclaré Myriam au journal le Parisien.

L’adolescente, qui met en avant sa "double culture", compte entamer des études de médecine. Elle se dit également très intéressée par la politique. Son père la voit déjà maire de leur ville, Villers-Cotterêts. Un siège aujourd’hui occupé par l’élu FN Franck Briffaut, qui s’était illustré en avril dernier par son refus de commémorer l’abolition de l’esclavage.

L’Éducation nationale doit recevoir lundi les résultats de toutes les académies et pourra ainsi confirmer qui détient le titre de "meilleur bachelier 2014". En 2013, le record était détenu par une lycéenne d’Evreux, Salima, avec une moyenne de 21,21 au bac S.


 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

L’ADOLESCENTE, QUI MET EN AVANT SA "DOUBLE CULTURE"


Cet article prouve en quelque sorte par l’absurde qu’il n’est pas de réussite scolaire sans volonté de vaincre les difficultés, sans le soutien actif et permanent de la famille, des enseignants, du ou des coachs. Exceptionnelles sont les réussites scolaires éclatantes d’enfants abandonnés à eux-mêmes. Certes, à cœur vaillant rien d’impossible, mais il ne faut pas rêver. Même la mixité sociale si vivement prônée, voire même décrétée par le pouvoir politique ne peut y arriver. La réussite scolaire spectaculaire de notre actuel premier ministre Elio Di Rupo ne se conçoit pas sans le soutien actif et persistant de son professeur de chimie du secondaire.

L’échec spectaculaire affligeant de l’élève Mehdi ne peut s’expliquer que par l’absence de soutien de son milieu scolaire et familial.

MG

 

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