mercredi 23 juillet 2014

Rudy Demotte critique sévèrement le MR

Le Soir

Le socialiste fustige ceux qui « ont pris le risque de placer la minorité francophone dans une position de minorité politique ».



Le nouveau ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Rudy Demotte, a asséné mercredi, lors de la présentation de la déclaration de politique communautaire de la majorité PS-cdH devant le Parlement, un coup de griffe à l’adresse du MR, entré officiellement mardi en négociation pour former une coalition avec la N-VA, le CD&V et l’Open-Vld au fédéral.

Depuis la tribune de l’assemblée francophone réunie au grand complet, M. Demotte a fustigé ceux qui «  ont pris le risque de placer (la) minorité démographique francophone dans une position de minorité politique aussi extrême que sans précédent ».

« En tant que ministre-président, compétent pour les relations intra-belges, j’exercerai la plus grande vigilance et la plus grande fermeté quant au respect des intérêts des francophones, Wallons et Bruxellois », a-t-il martelé avant de lancer une dernière pique.

DES ÉCLATS DE VOIX DANS LES RANGS MR

« Il y a encore quelques semaines tous les partis francophones, lancés à la conquête des suffrages de nos concitoyens, défendaient cette position. Force est de constater qu’en quelques jours de canicule les résolutions de certains ont fondu comme neige au soleil ! ».

Ces propos ont suscité quelques remous et éclats de voix sur les bancs MR, immédiatement couverts par les applaudissements des députés de la majorité, rendant ainsi les derniers mots du discours de M. Demotte inaudibles ;



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LES DONNEURS DE LECONS NE SONT PAS CEUX  QUI DONNENT ET CREENT DU TRAVAIL


Et voici que l’artillerie sociale-démocrate et les chars d’assaut de la démocratie chrétienne tirent à boulets rouges contre les libéraux francophones. Sachez Messieurs et vous aussi, Madame Onkelinx, que la campagne électorale est terminée. Gardez donc votre poudre sèche pour les cinq années qui viennent. Il se pourrait que la majorité kamikaze fasse long feu et qu’une nouvelle chance vous soit donnée de monter au fédéral. Personne, vraiment personne n’est en mesure de prédire ce qui va arriver. Ce qui est certain c’est que dans tous les cas de figure, les tensions vont s’exacerber entre une majorité fédérale et une Flandre droitière face à un Wallobrux soucieux de  radicaliser son profil progressisteIl est clair que le MR va subir des volées de bois vert de la gauche et des medias en général. Il s’y prépare, il s’y résigne même mais il tiendra le cap et veillera à freiner d’éventuelles velléités communautaires de la part du parti de Bart De Wever. Sans doute n’est-ce pas le bourgmestre  d’Anvers qu’il faut redouter le plus, mais ses zélés lieutenants. Rappelons qu’au mois de novembre de cette année, le président de la N-VA remettra son mandat qu’il n’est pas autorisé à renouveler une troisième foisPersonne ne sait qui succédera au guide, il faudra tenir compte aussi des velléités et des desiderata de la base du parti. Si toutefois le parti de Bart de Wever devait, comme nous le pensons, respecter le pacte gouvernemental qui veut que cette équipe n’aborde que les problèmes socio-économiques, il se pourrait bien que ce cabinet abatte un travail énorme nonobstant la résistance de principe des gauches et des syndicats. En somme la N-VA va jouer son crédit et sa réputation dans la législature qui commence maintenant. «  Projet cohérent, possibilité de faire des vraies réformes  », nous disaient hier les leaders du MR. Le pays, de fait, en a besoin. Et peut-être que l’absence des socialistes peut permettre des avancées jusque-là taboues. Mais c’est au MR et au MR seul – tout seul ! – de prouver que ce sera possible sans bain de sang social, et sans dissolution « cachée » et « perverse » de la Belgique. »( BD)

C’est au pied du mur qu’on reconnaîtra la crédibilité de la Nouvelle alliance flamande.  Le PS a tout fait pour acculer le MR au mur. Voilà qu’il se rebiffe et passe à la contre-offensive selon une maxime de Reynders selon laquelle une majorité sans le PS vaut bien une réforme de l’Etat. Autre maxime du même : "ne serait-il pas temps de se demander, avec les Flamands ce que nous désirons encore faire ensemble?" Voilà qui nous réserve la perspective d’une législature agitée mais passionnante.

MG

 


POURQUOI PROMETTRE, SI C’EST POUR SE PARJURER?

Béatrice Delvaux éditorialiste en chef Le Soir

Le très grand gagnant du jour est Bart De Wever : le modèle N-VA vient de mettre K.-O. le modèle PS. La victoire du parti nationaliste flamand – l’ennemi numéro un du sud du pays avant l’élection – est d’autant plus forte, que c’est un parti francophone qui lui offre le scalp de Di Rupo. La N-VA gagne la partie sans mener de bataille. Et ce n’est pas De Wever qui va se faire clouer au pilori mais Charles Michel, le président du MR, devenu le « traître » et le « menteur », au minimum pour le PS et le CDH.

« Si nous avons la main, nous ne monterons pas dans un gouvernement avec la N-VA »  : c’est au Standaard que Charles Michel a fait cette déclaration le 29 avril, après avoir poussé Didier Reynders à déclarer au Soir qu’il n’était pas question de gouverner avec la N-VA qui a «  un côté destructeur pour l’avenir de l’Etat  ». Si Michel force alors Reynders à faire ce coming out quasi contre sa nature, c’est parce que l’ambiguïté de ce ténor du parti pourrit la campagne du parti. Ne pas commettre l’erreur délirante d’abîmer le MR dans une coalition avec la N-VA, à laquelle Charles Michel ne fait pas confiance : c’est bien l’engagement proclamé d’initiative, répété et complété par l’accusation de «  relents racistes  ». Mais voilà, en politique, ce qui compte à l’évidence, c’est le pouvoir, peu importe la manière. Le MR a ainsi joué dans un premier temps « jamais avec la N-VA » pour gagner l’élection, mais dans un deuxième temps « avec la N-VA » pour accéder au pouvoir. «  Il faudra faire de la pédagogie  », déclarait hier un membre du MR. Il faudra surtout demander d’être amnésique, cynique ou sans colonne vertébrale pour comprendre qu’un parti «  destructeur pour l’avenir de l’Etat  » devient le partenaire de la «  seule coalition cohérente idéologiquement. » Ce n’est pas tant la montée ultra-périlleuse dans cet attelage – où les francophones sont ultra-minoritaires et où un parti nationaliste et séparatiste domine politiquement – qu’on pourrait reprocher au MR, que de n’avoir pas dit sa vraie vérité avant l’élection : pour Michel, Reynders & cie, la haine du PS était plus grande que celle de la N-VA.

Le MR n’est pas le seul à s’asseoir sur ses engagements : Prévot et Magnette ne devaient-ils pas rester bourgmestres, Verhofstadt ne jamais s’allier avec la N-VA et le PS ne pas conclure de coalitions régionales avant la fédérale ? C’est l’intérêt de chaque parti francophone qui a dominé – Lutgen est le seul qui peut se vanter d’avoir été fidèle à ses promesses –, et non un projet commun, ou une alliance sacrée contre les nationalistes, pour la Belgique. Le PS ne peut ainsi se laver les mains dans ce qui arrive : il aurait pu barrer la route du fédéral à la N-VA, en rouvrant les majorités régionales. Si le parjure du MR est le plus fort, le tout jette pour le moins l’électeur dans un abîme de perplexité. Il y a trois ans jour pour jour, MR et CD&V permettaient de faire la coalition « anti-DeWever » au nom du sauvetage de la Belgique ; ce sont les deux mêmes, aujourd’hui, qui sacrent De Wever, en usant du même argument. Qui peut comprendre ?

«  Projet cohérent, possibilité de faire des vraies réformes  », nous disaient hier les leaders du MR. Le pays, de fait, en a besoin. Et peut-être que l’absence des socialistes peut permettre des avancées jusque-là taboues. Mais c’est au MR et au MR seul – tout seul ! – de prouver que ce sera possible sans bain de sang social, et sans dissolution « cachée » et « perverse » de la Belgique. C’est l’honneur et le sort des francophones qu’ils mettent ici en jeu. La responsabilité engagée est très lourde et l’erreur ne leur est pas permise. Elle serait mortelle, pas seulement pour ce parti, mais pour le pays.

 

 

 

 

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