vendredi 8 août 2014

Et si l’UE disparaissait?


CONTRIBUTION EXTERNE La libre Belgique


OPINIONS

Un scénario fiction de Maroussia Klep, analyste politique à l’OCDE.

Nous sommes en 2034. L’Union européenne n’a pas résisté aux pressions populistes et aux mouvements euro-sceptiques. Quand la population a compris ce qui se passait, il était déjà trop tard. Sur la carte, les frontières sont réapparues et chacun est rentré chez soi.

Ayant perdu le lien qui les unifiait, plusieurs pays européens sont aujourd’hui entrés en conflit. Les évènements survenus en Ukraine quelques années avant l’éclatement de l’UE ont peu à peu déclenché la panique au sein des pays les plus dépendants du gaz russe. La Pologne a été la première à tourner le dos à ses anciens partenaires européens en se ralliant à la Russie en 2017 et faisant désormais payer un prix démesuré pour ses exportations à la France, la Belgique ou les Pays-Bas pour qui les réserves gazières de la mer du Nord ne suffisent plus depuis longtemps.

Plus que jamais, les anciens pays membres ressentent le besoin d’assurer leur indépendance énergétique en développant le secteur de l’énergie renouvelable. Mais la crise économique et politique qui suivit l’effondrement de l’UE a réfréné tout intérêt dans les questions environnementales au cours des deux dernières décennies. L’Europe a perdu son leadership et est maintenant à la traîne derrière les États Unis et la Chine dans sa transition écologique.

Plusieurs années après la disparition de l’Union, beaucoup de pays sont encore en crise et ne sont pas prêts d’en sortir. C’est en particulier le cas de ceux qui dépendaient fortement des échanges intra-européens. En France par exemple, la disparition du marché unique et la suppression des aides allouées à l’époque par la PAC (Politique Agricole Commune) ont fait tomber des millions d’agriculteurs français dans une situation d’extrême précarité. En effet, le prix des importations entre pays européens est devenu bien plus élevé et fluctuant aux taux de change depuis que chaque État a réinstauré sa propre monnaie.

Cette situation instable au sein de ce qui fut un jour l’UE lui a fait perdre tout intérêt aux yeux des autres puissances mondiales. Le Royaume-Uni, qui se réjouissait tant de se débarrasser d’une Union encombrante, a été délaissé par ses partenaires de toujours qui ne voient plus l’intérêt d’y placer leurs investissements. 


L’île est désormais réduite à sa City qui continue de tourner malgré une défiance croissante à l’égard d’un centre financier affranchi des anciennes régulations européennes. En contrepartie, le Premier ministre actuel Nigel Farage tente désespérément d’attirer des entrepreneurs qui n’arrivent plus, du fait des conditions laborieuses d'obtention de visa mises en places au fil des années pour décourager l’immigration. Comme beaucoup le prédisaient à l’époque, Farage s’est fait prendre à son propre piège.

L’immigration aux portes du continent européen est d’ailleurs devenue un véritable désastre. Sans UE, la solidarité entre pays européens a disparu, laissant les pays frontaliers se charger seuls des vagues d’immigrants fuyant les désastres politiques ou climatiques. Et souvent pas des façons les plus humaines ; à croire que les valeurs sur lesquelles s’était érigée l’Union Européenne ont coulé avec le navire. Lampedusa s’est transformée en un Guantanamo bis, et les canots embarquant d’Afrique du Nord coulent quotidiennement au large de la Méditerranée. Depuis l’arrivée de la Présidente Le Pen au pouvoir, la France n’a plus accueilli légalement un seul immigrant.

S’il faut trouver un aspect positif à la disparition de l’Union c’est sans doute le renouveau patriotique qu’elle a provoqué en Belgique. Devant désormais se débrouiller seul, le petit pays s’est vite rendu compte qu’il aurait tout intérêt à rester solidaire ; ce qui a entraîné un rapprochement entre la Flandres et la Wallonie, à l’époque au bord de la séparation. Mais c’est sans compter les revendications des Pays-Bas, qui menacent actuellement d’entrer en conflit avec le nord de la Belgique afin de récupérer ses anciens territoires portuaires.

Ces événements étaient totalement imprévisibles vingt ans auparavant, alors que la paix semblait acquise pour toujours sur le continent. La nouvelle génération européenne n’a pas connu l’UE et s’étonne souvent du projet utopiste que leur décrivent leurs parents. Ceux-ci évoquent, honteux, les Erasmus et la facilité de déplacements touristiques et professionnels dont leurs enfants ne peuvent plus bénéficier.

Ici et là, les citoyens européens d’autrefois se plaignent. Certains haussent la voix contre leurs gouvernements qui par une politique nationaliste et protectionniste rendent l’éclatement européen de plus en plus irréversible. Mais dans le fond, ils reconnaissent leur tort. Il y a 20 ans, l’UE était confrontée à un choix. Celui de se redéfinir, afin de s’adapter aux besoins d’une société en évolution. Ou celui de capituler, face aux critiques intempestives d’eurosceptiques n’y croyant plus. Et ces derniers ont gagné, soutenus par une population aveuglée et perdue, propulsant soixante ans d’efforts dans le néant.

Éparpillés aujourd’hui dans leurs pays respectifs, les idéalistes et les nostalgiques s’accrochent encore à un rêve pas si lointain et essayent progressivement de rallier leurs forces. Peut-être trouveront-ils ensemble le même élan créateur qui a permis à Jean Monnet de déclarer soixante ans plus tôt : « nous ne coalisons pas des États, nous unissons des hommes ».



 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LA VOIX DES SAGES


Je suis sidéré de voir à quel point les propos bellicistes fusent dans les médias et les réseaux sociaux depuis que l’on célèbre le centième anniversaire du début de la guerre de 14. Tout se passe comme si les esprits étaient soudain chamboulés. Rien de plus dangereux en somme que cette flambée de bellicisme dans les têtes. En relayant ce genre de messages, les médias prennent une responsabilité considérable. Par chance il demeure quelques esprits lucides qui savent raison garder. Écoutons- les et méditons ce qu’ils ont à nous dire. « J’enrage au total, de voir la civilisation occidentale, issue de la rencontre judéo-grecque, renforcée par les apports successifs du christianisme et de l’islam, transcendée par les Lumières, toute entière tendue vers la conquête des libertés, se révéler pour l’instant, par son égoïsme, son aveuglement, son obsession du court terme, incapable de démontrer au monde qu’elle vaut bien mieux que l’obscurantisme de ses opposants. Et se trouver en situation de perdre la grande guerre idéologique qui a commencé entre la liberté et la fatalité, la modernité et la tradition, la joie de vivre et la terreur. La raison et l’obscurantisme. »(Attali)

Faut-il que nos hommes politiques occidentaux et singulièrement européens soient tombés bas pour qu’on en arrive au stade tellement bien décrit par Jacques Attali dans son coup de gueule salutaire. On finira par avoir honte d’être européen alors que, unie et parlant d’une seule voix, celle de la raison, elle pourrait, devrait dicter à tous ces nationalistes pervers les conditions du retour à la paix ; en retour aléatoire et pourtant impératif. Nos dirigeants ont désormais peur de leur ombre et leur ombre c’est l’ombre portée des sondages de leurs électeurs. Nous vivons sous la dictature du court terme et de la procrastination. Il n’y a plus d’hommes d’État, seulement des politiques pusillanimes sans vision ni caractère.

 MG



GUERRE, MODE D’EMPLOI



(Par PATRICK NORDMANN [PJ Investigations])

 

BOUM BOUM BOUM   Petite question idiote en ces temps où une guerre mondiale pointe à nouveau le bout de son nez : un ennemi (allez, mettons la Russie pour faire plus peur), peut-il directement déclarer la guerre à l’Union Européenne ?

Vu l’état (et les Etats) de cette Europe si peu solidaire, le cas me semble peu plausible.

Existe-t-il dans le traité européen des clauses qui indiquent qu’une déclaration de guerre peut être notifiée à l’UE dans son ensemble ?

Si quelqu’un connait la réponse à cette question purement spéculative (!), nous serions bien heureux de la connaître !

Et si l’Union Européenne n’est pas l’instance à laquelle un ennemi vindicatif peut diplomatiquement faire savoir qu’il a l’intention de l’envahir, alors à qui doit-il s’adresser ?

Suffit-il que cet envahisseur agresse un seul pays de l’UE (allez, mettons la Pologne, pour faire plus peur) pour que tous les pays européens soient obligatoirement embrigadés dans ce désastre ?

 

 

VIVE L’OCCIDENT !

Paru dans L'Express |

Il est particulièrement facile, en ce début d’août 2014, d’être pessimiste pour l’avenir de l’Occident. Il suffit de regarder notre planète ; et d’observer le mauvais rôle qu’il y joue :

J’enrage de voir se répandre les guerres civiles en Irak, en Syrie, en Lybie et ailleurs, largement provoquées par l’inconscience d’Occidentaux qui se sont crus capables d’y faire naître des démocraties sans s’en donner les moyens.

J’enrage de voir un virus terrifiant se répandre à grande vitesse à travers l’Afrique, parce que l’Occident, égoïste, croit qu’il ne sera pas concerné par le fléau et qu’il ne fait aucun effort pour fournir à ces pays les moyens de la prévention.

J’enrage de voir le gouvernement d’Israël, avant-poste de l’Occident, tomber dans tous les pièges que lui tendent les extrémistes du Hamas, tirer aveuglément sur des civils palestiniens, qui devraient pourtant être ses principaux alliés, et déclencher ainsi, à travers le monde, des milliers de réflexes antisionistes, antisémites et antioccidentaux.

J’enrage d’assister au retour, en Europe même, de la guerre froide, parce que les Européens s’accrochent à une vieille doctrine antisoviétique, pour décréter contre la Russie, sans preuve, un embargo qui, comme à chaque fois, ne profitera qu’à un tiers, ici la Chine, organisant l’alliance contre l’Occident de régimes autoritaires.

J’enrage de voir l’Europe incapable de s’organiser pour devenir enfin en pratique la première puissance du monde, qu’elle est depuis des siècles en théorie.

J’enrage enfin de voir l’actuel gouvernement français, comme ses prédécesseurs, continuer de procrastiner devant les réformes inévitables, sans lesquelles chacun sait que le pays est condamné au pire.

J’enrage au total, de voir la civilisation occidentale, issue de la rencontre judéo-grecque, renforcée par les apports successifs du christianisme et de l’islam, transcendée par les Lumières, toute entière tendue vers la conquête des libertés, se révéler pour l’instant, par son égoïsme, son aveuglement, son obsession du court terme, incapable de démontrer au monde qu’elle vaut bien mieux que l’obscurantisme de ses opposants. Et se trouver en situation de perdre la grande guerre idéologique qui a commencé entre la liberté et la fatalité, la modernité et la tradition, la joie de vivre et la terreur. La raison et l’obscurantisme.

Et pourtant, malgré cela, on ne doit pas baisser les bras. Parce que jamais les valeurs de l’Occident n’ont été plus unanimement idéalisées par toutes les jeunesses du monde. Parce que l’Histoire du monde avance, contre vents et marées, avec parfois des mouvements de recul difficiles, vers la liberté dont l’Occident est le seul véritable défenseur. Parce que c’est en Occident que se fait encore l’essentiel des découvertes scientifiques et des innovations capables de résoudre les grands défis de demain. Parce que l’Occident, à son meilleur, est capable d’apprendre des magnifiques autres civilisations du monde. Enfin, accessoirement, parce que l’Occident est, de très loin, et pour longtemps encore, la première puissance économique, technologique et militaire du monde.

Alors, les démocrates, les républicains, de droite comme de gauche, ne doivent pas abandonner aux nationalistes et aux populistes la glorification des valeurs de l’Occident. Ils n’en sont pas dignes.

Tout cela peut sembler évident. J’ai l’intuition qu’il faudra, bientôt, avoir le courage de le redire haut et fort.

j@attali.com


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