mardi 5 août 2014

François Hollande pointe un risque de déflation en Europe


AFP 


Le président français François Hollande pointe un "vrai risque déflationniste en Europe", dans des propos tenus au Monde dimanche et publiés lundi par ce quotidien.

"Il y a un vrai risque déflationniste en Europe: en France, l'inflation n'a jamais été aussi basse", déclare le chef de l'Etat.

"Or, si une faible croissance pèse sur les rentrées fiscales, une faible inflation a également des conséquences budgétaires négatives sur les recettes comme sur la dette", poursuit François Hollande.

"Beaucoup va dépendre du niveau de l'euro qui a baissé ces derniers jours mais encore trop peu. La Bundesbank est consciente du problème, comme le montre son souhait de voir les salaires augmenter en Allemagne de 3%. Quant à la Banque centrale européenne, elle doit prendre toutes les mesures nécessaires pour injecter des liquidités dans l'économie. Je sais qu'elle y réfléchit", assure-t-il.

Son Premier ministre, Manuel Valls, s'était, lui aussi, inquiété vendredi, à la sortie d'un séminaire gouvernemental à l'Elysée, d'un "risque de déflation réel" car "au niveau européen, la croissance et l'inflation sont en retrait par rapport à ce que nous pouvions attendre".

François Hollande déclare aussi qu'il attend de l'Allemagne "un soutien plus ferme à la croissance". "Ses excédents commerciaux et sa situation financière lui permettent d'investir davantage. C'est le meilleur service que l'Allemagne peut rendre à la France et à l'Europe".

Le président français souhaite par ailleurs que Berlin s'engage plus fortement à l'international. "La France a toutes les raisons de souhaiter une Allemagne plus présente sur la scène mondiale", dit-il au Monde. "Nous n'avons pas à vocation à agir seuls. Je suis favorable à un partage de la responsabilité sur le plan politique, militaire et budgétaire".

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

DEFLATION, COMME LORS DE LA GRAND DEPRESSION DE 1929


Attention, danger : « inflation » est ce qui fait le plus peur aux Allemands : elle ruina la classe moyenne dans les années vingt et provoqua plus de 6 millions de chômeurs et aussi le succès d’Adolf Hitler.  En revanche, « déflation » rappelle le souvenir de la grande crise des années trente aux États-Unis. « Il avait fallu attendre Roosevelt et une politique d'investissement public pour endiguer la spirale. » C’est ce qu’on a appelé le New Deal. Une espèce de plan Marshall que les States se sont appliqués à eux-mêmes.

LE 04 MARS 1933 ROOSEVELT LANCE LE "NEW DEAL"



 

Elu en novembre 1932, le nouveau président des Etats-Unis, Franklin DelanoRoosevelt, prend officiellement ses fonctions. Dans son discours d'investiture, il présente son nouveau programme de redressement économique : le "New Deal" (Nouvelle Donne). Depuis 1929, le pays fait face à une récession sans précédent. Entouré d'une équipe de jeunes technocrates appelée "Brain Trust", Roosevelt met en place un programme de financements publics destiné à lancer des grands travaux. Le concept de "New Deal" vient du titre d'un ouvrage écrit par l'économiste américain Stuart Chase en 1932. Les réformes du New Deal ne permettront pas au pays de retrouver sa croissance d’autrefois mais bouleverseront l'histoire de la politique américaine. En effet, le capitalisme prend une tournure nouvelle avec le principe d'intervention de l'Etat dans les affaires économiques et sociales du pays.



Hitler aussi lance dès 1934 une politique de grands travaux qui mettra des milliers de chômeurs au travail qui bâtiront un réseau tout neuf d’autoroutes dont le Allemands ignorent alors les finalités stratégiques et militaires. Dans le célèbre film de Leni Riefenstahl le triomphe de la volonté (congrès derenberg en 1934) on voit des dizaines de milliers d’homme en uniforme armés d’une simple bêche en guise de fusil. 




Le traité de Versailles limitait à 100.000 hommes le contingent de l’armée allemande d’après la défaite de 1918. Qui n’a pas vu ce film à l’ esthétiqueextrêmement singulière peut difficilement comprendre ce que fut l’engouement d’un peuple pour un dictateur redoutable qui le précipitera dans la ruine, le déclin et le suicide « ein Ende mit Schrecken ». Ce film surprenant nous permet de comprendre de quelles ressources de propagande disposaient les nazis. À partir de 1934 et sous la direction du Docteur Goebbels, la machine de propagande utilisant la radio et le cinéma ont tenté de modeler l’âme allemande sur fond d’inflation galopante, d’explosion du chômage et de démoralisation de l’ensemble du peuple allemand.

 


Il faut bien voir et bien comprendre combien les forces nationalistes ont prise sur un peuple en plein désarroi. Nous nous enfonçons, en Europe, dans une crise économique et sociale aussi dramatique que celle des années 30. De même que la Wallonie a besoin d’un plan Marshall comme de pain, de la même manière, l’Europe aurait besoin d’un New Deal à la Roosevelt. Cela, Guy Verhofstadt le dit avec fougue dans le livre qu’il a rédigé avec Daniel Cohn-Bendit. Il semblerait que le nouveau président de la Commission, le Luxembourgeois Juncker, envisage un sursaut de ce type. Il ne réussira son coup que s’il agit très vite en prenant des mesures téméraires extrêmement fortes. À défaut de ce remède de cheval l’Europe ira à vau-l’eau.

Il serait temps qu’on mette nos jeunes chômeurs (40% des moins de trente ans à Molenbeek) au travail dans le cadre d’un vaste programme de travaux publics, un New Deal à la Bruxelloise.

 

MG



LE CERCLE INFERNAL DE LA DEFLATION EN TROIS ETAPES

Le Monde.fr | Par Mathilde Damgé

 


La baisse des prix n'est pas une bonne nouvelle en termes de déficit et de salaires. | CC/istolethetv

0,4 % C'est l'augmentation des prix en juillet (par rapport à juillet 2013) dans la zone euro, soit le rythme d'évolution le plus faible depuis quatre ans et demi.

Se faisant l'écho des déclarations, vendredi 1er août, de son premier ministre,Manuel VallsFrançois Hollande, dont les propos ont été rapportés par Le Monde, a estimé qu'il y avait un « vrai risque déflationniste » :

« En France, l'inflation n'a jamais été aussi basse. Or, si une faible croissance pèse sur les rentrées fiscales, une faible inflation a également des conséquences budgétaires négatives sur les recettes comme sur la dette. »

M. Hollande exagère : en 2009, année de récession du fait de la crise dessubprimesl'inflation avait été de 0,1 %. 

Mais pourquoi la déflation fait-elle peur ? Le danger d'un phénomène de baisse durable des prix dans la zone euro et en France ne concerne pas que l'Etat et les nantis, comme on peut le lire çà et là.

Ce phénomène concerne en réalité tous les salariés, consommateurs, épargnants... Sous ses airs de bonne nouvelle, une baisse des prix est un poison mortel pour l'économie. Explication en trois étapes :



1. POURQUOI ACHETER AUJOURD'HUI CE QU'ON PEUT ACHETER MOINS CHER DEMAIN ?

Certes, le phénomène de déflation n'est au départ que théorique. Il se met en place lorsque les consommateurs jugent qu'il est préférable d'acheter demain plutôt qu'aujourd’hui, puisque les prix vont baisser.

En termes savants, on dit que la déflation se caractérise par des anticipations générales de baisse des prix futurs. Le problème est que, lorsque cela se produit, il est déjà bien tard pour agir, explique l'économiste Jean-Pierre Petit.

« Il n'y a pas de signes certains de l'entrée en déflation. Surtout lorsque celle-ci ne prend pas une forme brutale et dépressive comme dans les années 1930, l'Argentine de 1998-2002 et, plus récemment, des pays comme l'Islande, l'Irlande, les pays baltes ou la Grèce. »

2. MOINS DE BENEFICES POUR LES ENTREPRISES, BAISSE DE L'INVESTISSEMENT ET DES SALAIRES

Pour s'adapter, les entreprises produisent moins et baissent encore plus leurs prix, puis réduisent les salaires ou licencient. Ce qui pèse alors encore plus sur laconsommation et les investissements.

C'est ce qui a commencé à se passer en Allemagne, avec une baisse des salaires l'an dernier, un phénomène inédit depuis 2009, année de crise, où l'économie allemande avait enregistré un recul de sa croissance de 5 %.

| Infographie/Le Monde

Le président de la Bundesbank a récemment demandé aux patrons allemands deremonter les salaires : selon Jens Weidmann, des augmentations de 3 % cette année ne seraient pas malvenues. Une position étonnante de la part d'un banquier central, et à rebrousse-poil de la politique d'austérité salariale menée en Allemagne de manière très consensuelle au cours de la dernière décennie. Les syndicats allemands eux-mêmes incitaient à accepter des contrats revus à la baisse pour relancer la croissance.

Lire l'analyse: Le recul des salaires allemands relance la question sur la déflation

3. LES EMPRUNTS « VALENT » PLUS CHER ET SONT PLUS DIFFICILES A REMBOURSER

Là où l'inflation profite aux endettés, la déflation les handicape. Tout est histoire de taux d'intérêt « réels » et « nominaux ». Par exemple, votre taux d'emprunt à la banque dont la valeur nominale est, mettons, de 2 %, doit être « corrigé » de l'inflation : votre pouvoir d'achat évolue pendant la durée de l'emprunt, la valeur de ce dernier aussi.

Si les prix baissent de 0,3 %, comme en Espagne le mois dernier, votre taux d'intérêt réel sera de 2,3 %, puisqu'il faut soustraire l'inflation... qui est négative.

A l'inverse, si l'inflation était de 2,1 %, comme aux Etats-Unis en juin, votre taux d'intérêt réel serait de – 0,1 %, soit un taux d'intérêt réel négatif et une véritable incitation à s'endetter !

Le phénomène s'applique de façon similaire pour tous les Etats. Or, dans la zone euro, peu de pays affichent des finances publiques florissantes, la plupart étant endettés et empruntant donc sur les marchés. La déflation ne fait donc quecompliquer le problème, alors que dans le même temps les recettes de l'Etat, TVA et impôt sur les sociétés, s'affaissent. Le phénomène est particulièrement difficile à endiguer dans la zone euro, puisque les taux d'intérêt pratiqués par la Banque centrale européenne sont déjà proches de zéro (0,15 %).

Pour réagir à la hausse de la dette, les gouvernements peuvent être tentés deréagir en bradant des actifs publics pour se renflouer, ou en allant plus loin dans la rigueur. Mais le risque est d'alimenter un véritable cercle vicieux, en pesant encore davantage sur les prix et sur les salaires. La sous-consommation est l'une des raisons, avec la spéculation des marchés financiers, qui ont expliqué la Grande Dépression qu'ont connue les Etats-Unis dans les années 1930. Il avait fallu attendre Roosevelt et une politique d'investissement public pour endiguer la spirale.


 

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