mardi 19 août 2014

Le pari et le grand défi de Charles Michel


Béatrice Delvaux éditorialiste en chef 
Le Soir

Et voilà, c’est parti. Dès ce lundi, les gros bras de la N-VA, du CD&V, de l’Open VLD et du MR vont se retrouver pour tenter de faire aboutir leur coalition suédoise. Si le monde politique est très divisé sur la durée de vie de ce potentiel gouvernement – tiendra 5 ans ou explosera après six mois –, tous pensent que « Peeters Ier  » devrait voir le jour. Parce que l’occasion de réaliser ce gouvernement de centre-droit/droite est trop unique et parce qu’un échec avant même le démarrage serait trop cuisant, en particulier pour le MR qui pose un des gestes à la fois les plus audacieux et périlleux de son histoire.

Charles Michel sait tout cela mieux que quiconque. Un naïf aveuglé par cette part de gâteau du pouvoir à laquelle son parti n’a jamais pu prétendre ? Il a entendu tous ces commentaires. L’histoire nous le dira, mais il faut d’emblée créditer l’homme de deux éléments : 1) Il ne fait pas dans le mou mais au contraire, il ose, jusqu’au « transgressif », au nom du bien du pays. Le jeune président libéral a ainsi, en trois ans, rompu avec le FDF, permettant à un… socialiste de devenir Premier ministre, et rompu avec les autres partis francophones, permettant à un parti...séparatiste de monter au pouvoir au fédéral ; 2) Charles Michel assume. C’est lui qui, à chaque fois, a mouillé sa chemise. Il ne se cache derrière personne, il monte sur le ring pour prendre et gérer son risque.

C’est d’autant plus osé que c’est pour son parti et donc pour son président, que la tâche dès ce lundi sera la plus lourde et la plus risquée, sur le fond - on l’a déjà écrit - comme dans la forme. Charles Michel est en effet le plus jeune et le plus inexpérimenté des négociateurs. Le plus seul aussi : son unique véritable bras droit de poids est Didier Reynders, dont on connaît la relation difficile avec son président, et qui pourrait avoir la tête plus à l’Europe qu’au fédéral. Au-delà, tout le monde le souligne : le MR manque de formats à la table de négociation comme en dehors. Le parti va souffrir de l’absence d’un véritable centre d’études. Celui réanimé récemment n’a rien à voir avec la machine de guerre du PS – le fameux IEV – ou avec celle désormais de la N-VA. Mis en difficulté il y a trois ans lors des négociations face au rouleau compresseur socialiste, le parti de Bart De Wever a développé depuis son think-tank de choc. Le CD&V compte lui, traditionnellement, sur nombre d’intelligences qui gravitent autour du parti. Le déséquilibre est d’autant plus handicapant que le MR est le seul francophone à la table et ne pourra compter que sur lui-même pour calculer les effets collatéraux communautaires cachés des mesures proposées par ses trois « partenaires » flamands. Désormais, comme le dit le dicton, c’est au pied du mur qu’on va voir le maçon.



 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LE TEST ULTIME DU VIVRE ENSEMBLE

La grande, la seule question qui se pose est de savoir ce que ce que francophones et Flamands veulent encore faire ensemble. Il n’est pas du tout certain qu’une grande coalition sans la N-VA (le rêve du PS) eût été la meilleure réponse à cette question. On l’a vu, la formule « gouvernement papillon » a fortement irrité la Flandre de par la kyrielle de taxes et d’impôts qu’elle a générée. La vraie question qui se pose est de savoir si un« gouvernement kamikaze » Peeters-Michel sera de nature à favoriser ou rendre impossible le vivre ensemble entre Flamands et francophones. En effet, la coalition qui se met en place se propose de résoudre le déficit de 17 milliards par des réformes structurelles. En clair cela veut dire « dépenser beaucoup moins et beaucoup mieux » : moins de sécurité sociale, moins de prépensions, moins de gratuité, moins de fonctionnaires, moins de culture mais globalement moins d’impôt. Il se pourrait cependant, en bonne logique, que l’on se retrouve avec les deux calamités à savoir moins d’État et plus d’impôts. Ce qui est sûr, c’est que l’opposition se déchaînera contre ce gouvernement au Parlement fédéral, mais sans doute aussi dans la rue. L’automne risque d’être très chaud.

Il se pourrait bien que ce gouvernement kamikaze soit le test ultime du vivre ensemble à la belge. En effet si les partis de gauche francophone et flamand et les syndicats devaient rendre impossible la vie de ce gouvernement et le faire tomber, ils provoqueront une radicalisation soudaine et profonde du parti de Bart de Wever qui mobilisera alors toutes les forces de Flandre pour demander, voire exiger la séparation et l’indépendance. Autrement dit, par leur promptitude à vouloir conclure des alliances anti MR à Bruxelles et en Wallonie, le PS et le CDH pourraient très bien avoir précipité la Belgique dans le confédéralisme et accéléré le processus de divorce belge conduisant à la séparation tant redoutée par le PS.

MG

 

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