dimanche 31 août 2014

Le Polonais Donald Tusk, nouveau président du Conseil européen

Le Monde.

Donald Tusk va quitter une Pologne émancipée et dynamique pour prendre ses quartiers à Bruxelles. Le premier ministre polonais, âgé de 57 ans, a réussi àfaire l'unanimité samedi 30 août parmi les principaux dirigeants de l'UE pour occuper le poste de président du Conseil européen. Il ne parle pas français, très mal anglais, parfaitement allemand. Cela donne une idée assez précise de ses penchants géopolitiques : proximité avec Berlin, plus grand réalisme vis-à-vis des Etats-Unis, et distance polie avec la France.

Un premier ministre usé dans son pays peut-il devenir un président dynamique du Conseil ? Tel est le défi qui se pose à Donald Tusk, à l'heure de prendre la succession d'Herman vanRompuy, dont le manque de charisme et de poids politique a illustré la volonté des capitales de garder la main sur le devenir de l'UE.

Le leader du parti Plateforme civique (PO, centre droit) dirige le gouvernement polonais depuis 2007, après avoir essuyé une défaite à l'élection présidentielle deux ans plus tôt. Pragmatique, opportuniste, rompu à la communication politique, il a résumé son approche des affaires publiques en une expression : son ambition est d'assurer « l'eau chaude dans le robinet ». Pas de quoi soulever l'enthousiasme des nouvelles générations, qui n'ont jamais connu les privations de l'époque communiste, ni celui de la Pologne la plus conservatrice, focalisée sur les questions identitaires.

UN ALLIÉ DU MILIEU DES AFFAIRES

Né à Gdansk, membre du syndicat Solidarité dans les années 1980, Donald Tusk a aussi connu une expérience entrepreneuriale, avec une société de peinture. Il est généralement vu comme un allié du milieu des affaires. M. Tusk croit dans les vertus du libéralisme et de la concurrence, qui ont transformé son pays, sans pour autant se priver des moyens étatiques lorsqu'il s'agit de s'attirerles grâces d'une catégorie particulière.

Il n'a jamais brillé par la sophistication de sa vision européenne, mais c'est sous son autorité que la Varsovie a acquis un poids inédit dans l'UE. Alliant un conservatisme ferme sur le plan religieux et social à un libéralisme décomplexé sur le plan économique, Donald Tuskpeut s'enorgueillir d'avoir conduit la Pologne pendant les années les plus spectaculaires de sa mutation. Son pays est le seul à n'avoir jamais connu de véritable ralentissement ni de récession depuis la crise de 2008.

La désignation de M. Tusk comme président du Conseil européen a un double sens historique. Vingt-cinq ans après les premières élections libres dans son pays, elle est une extraordinaire reconnaissance des nouveaux équilibres au sein de l'UE et de l'avènement de la Pologne comme pivot de l'Europe orientale. Il s'agit d'un « énorme succès » pour le pays, a estimé le président Bronislaw Komorowski.

UNE EXFILTRATION

Cette désignation intervient aussi dans un moment dramatique, alors que les métastases de la guerre se développent dans l'est de l'Ukraine. Depuis six mois, Donald Tusk a été en pointe sur ce dossier, avec ses homologues baltes, sans pour autant basculer dans des positions anti-russes primaires, lui qui a tenté d'initier une réconciliation historiographique entre les deux pays. Alors qu'Angela Merkel et François Hollande n'ont cessé de tergiverser face à Vladimir Poutine, dans l'espoir vain d'une baisse de température au Kremlin, le premier ministre polonais a tout de suite pris la mesure des nouveaux défis posés par l'annexion de la Crimée, puis la guerre dans l'Est.

Avocat d'une véritable politique énergétique européenne, Donald Tusk a aussi critiqué les membres de l'OTAN timorés sur le plan budgétaire, qui attendent trop, par habitude, l'ouverture du parapluie américain pour les protéger.

Mais le paradoxe de cette promotion est qu'elle représente aussi une exfiltration, le sauvant d'une tourmente politique intérieure redoutable, à un an des élections législatives. DonaldTusk s'était lancé le défi de conduire sa formation vers un troisième succès de rang, contre son adversaire de longue date, le leader de Droit et justice (PiS), Jaroslaw Kaczynski, chantre d'un populisme nationaliste à la Viktor Orban.

RAPPROCHEMENT HISTORIQUE AVEC L'ALLEMAGNE

Au fil des ans, le premier ministre a réussi méthodiquement à écarter tout rival sérieux à l'intérieur de son parti. Mais l'usure du pouvoir et les scandales à répétition – tel celui de mystérieuses écoutes, en juin, concernant certains ministres – pèsent lourd dans l'opinion.

Ils expliquent l'écart dans les sondages en faveur du PiS. Faute d'une alternative crédible au sein de la PO, le départ vers Bruxelles de Donald Tusk pourrait avoir des conséquences dramatiques pour son camp, qui se prépare à la défaite. Or, une alternance pourrait porter atteinte à l'image de la Pologne, élève vertueux des réformes. Il serait assez inouï d'imaginer Jaroslaw Kaczynski, foncièrement antiallemand et antieuropéen, devenir premier ministre, tandis que M. Tusk présiderait le Conseil. Les retrouvailles à Bruxelles seraient glaçantes.

Donald Tusk avait pris l'engagement de conduire la Pologne dans la zone euro. Mais la crise a ralenti les ardeurs de son gouvernement, qui a cessé d'avancer un calendrier précis. En revanche, M. Tusk a beaucoup misé sur les fonds structurels européens : dans le dernier budget quinquennal, la Pologne en était le premier bénéficiaire. Ils lui ont permis de conduire de grands travaux et de moderniser ses infrastructures.

Autre réussite de ses mandats : le rapprochement historique avec l'Allemagne. Au-delà de l'estime personnelle qu'il partage avec Angela Merkel, Donald Tusk a réussi à développer des relations apaisées, amicales, constructives avec Berlin. A l'échelle de l'histoire, il s'agit d'une vraie révolution diplomatique.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

DELORS PARDONNE LEUR, ILS NE SAVENT PAS CE QU’ILS FONT


 

En somme hormis Jacques Delors, l’Europe n’aura jamais été dirigée que par des leaders ternes. Ainsi le veulent les dirigeants nationaux, ce club de confédéralistes -Merkel en tête- qui ne veulent pas au-dessus d’eux d’une autorité qui lepriverait d’une once de souveraineté.

L’Europe fédérale rêvée par ses pères fondateurs ne sera pas. L’Europe fut au départ une idée française portée ensuite par le grand Européen français que fut Jacques Delors avec la complicité de François Mitterrand . François Hollande aurait pu, aurait dû, se profiler comme un grand Européen, il ne l’a pas pu, il a tout perdu : l’Europe, la France, son destin politique.

Notre rêve européen tourne au cauchemar, celui d’une civilisation asservie par Washington, assiégée par Moscou, muselée par Londres, cornaquée par Berlin.

Nos grands-pères ont voulu faire de l’Europe un rempart contre la guerre ; nous perdrons l’Europe et nous aurons la guerre.

MG

 

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