lundi 25 août 2014

Ouragan politique





François Hollande lors de son discours sur le 70e anniversaire de la Libération de la France, sur l'île de Sein, le 25 août. (Fred Tanneau. AFP)


Nouvel Obs

 LAURENT JOFFRIN

On dit parfois que François Hollande a du mal à décider. Cette fois c’est le contraire. En deux entrevues brèves avec Manuel Valls, tard le soir et tôt le matin, avant un déplacement à l’île de Sein, le sort du gouvernement –et selon toute probabilité celui d’Arnaud Montebourg– était scellé. Le Président et le Premier ministre veulent une équipe homogène, disciplinée, tout entière dédiée à l’application de la ligne fixée depuis l’allocution du 31 décembre dernier : rigueur budgétaire, compromis avec le patronat, réformes de structure à tonalité plutôt libérale… Les mauvais résultats obtenus au bout de six mois ont accentué la fronde déjà lancée depuis des mois par la gauche du PS. La contestation s’est exprimée au cœur de l’équipe gouvernementale, par la voix d’un ministre de l’Economie réfutant avec une éloquence flamboyante la politique qu’il était justement chargé d’appliquer. On pouvait penser qu’il s’agissait d’un jeu de rôles, d’une répartition des tâches. Rien du tout : on ne veut voir qu’une seule tête et, surtout, n’entendre qu’un seul discours. L’exécutif fait acte d’autorité. On lui a tant reproché le contraire qu’il faut bien souligner cette promptitude dans l’action.

Pour le reste, François Hollande devra affronter une tempête politique de plus en plus forte, à l’image de la pluie battante sous laquelle il a rendu ce matin hommage aux marins de l’île de Sein partis à Londres dès 1940, image terrible d’un président en butte à la bourrasque. En se coupant d’Arnaud Montebourg, l’exécutif laisse à l’extérieur de l’attelage un destrier fringant et fougueux qui porte avec talent l’idée d’une politique alternative. L’autorité de Manuel Valls se renforce mais elle s’applique à une base politique de plus en plus ténue. Peut-on gouverner un pays en crise en s’appuyant sur une fraction aussi étroite de l’opinion ? Peut-on gouverner alors même que la majorité parlementaire risque de sortir réduite comme peau de chagrin de cet épisode ? Le parti se renforce en s’épurant, disait Lénine. Mais Lénine se moquait comme d’une guigne des règles de la démocratie.

DILEMME CRUEL

Le remaniement d’automne –le deuxième en quatre mois– risque fort d’ouvrir une crise institutionnelle aiguë, où les socialistes se retrouveraient au bout du compte placés devant un dilemme cruel: se rallier à une politique qu’ils réprouvent ou bien rendre impossible la tâche de leur propre gouvernement et provoquer une dissolution dont ils sortiraient décimés.

Un seul rayon de soleil dans cet ouragan politique: des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour demander une politique européenne nouvelle, qui s’attache d’abord à la croissance et moins au rétablissement des finances, comme le demandent sur des tons différents François Hollande et… Arnaud Montebourg. Mario Draghi, dans une déclaration à Jackson Hole, le rendez-vous planétaire des banquiers centraux, a plaidé en ce sens, de toute évidence préoccupé par les risques déflationnistes qui menacent le vieux continent. S’il est entendu –il est tout de même gouverneur de la Banque centrale européenne– une reprise de la croissance viendrait soudain au secours d’un pouvoir français au bord de la rupture. Le pionnier Hollande est encerclé par les tribus hostiles, criblé de flèches et bientôt à court de munitions, l’arrivée de la cavalerie européenne le sauvera-t-il ?

Laurent JOFFRIN Nouvel Obs



 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

CAPITAINE COURAGEUX



Cette image de François Hollande affrontant la bourrasque est émouvante. Il est de bon ton de railler l’homme. Osons les questions qui fâchent : Sarkozy l’agité aurait-il mieux géré la France en crise ?ou Marine Le Pen ? Un seul l’aurait puUn seul aurait pu tenir tête à Merkel et aux Français de gauche, de droite, du centre et d’extrême droite en sauvant l’Europe dans le même élan. Il ne s’appelait pas Mendes France mais il lui ressemble par ses bons côtés, sa zone de lumière et son immense talent. Oui, vous avez deviné, c’est DSK et ceux qui l’ont éliminé, comme on assassina Jaurès, portent une lourde responsabilité, nonobstant ses zones d’ombre qu’on ne saurait nier.

Cela dit, Hollande tient bon, il ne courbe pas l’échine, il finira par réussir, même vent debout et quitte à dissoudre l’Assemblée et à gouverner avec la droite, une droite de bras cassés en pleine déconfiture. Après tout, l’Allemagne a opté pour une grande coalition, un synonyme allemand du mot cohabitation.

C’est dans l’épreuve que se révèlent les grands caractères.

Les rebelles de gauche ont tort de faire tanguer la barque, il faut soutenir Hollande dans l’épreuve et le pousser à prendre le leadership en Europe en lui faisant changer de cap maintenant. « Des voix de plus en plus nombreuses s’élèvent pour demander une politique européenne nouvelle »

Il a eu raison de conserver Vals le teigneux et de sacrifier le bellâtre arrogantsurtout de surprendre en remaniant son gouvernement à la vitesse de l’éclair dans un geste jupitérien. Charles Michel, c’est évident, risque d’affronter le même vent mauvais dans un contexte différent mais avec les mêmes problèmes. Il n’est plus temps de gouverner à gauche, nos pays ont besoin d’une  cure de libéralisme social ou de social-démocratie ce qui est pareil à quelques nuances près et synonyme de réformes radicales, comme celles que s’imposa l’Allemagne alors sous gouvernement social-démocrate. Nos nations  européennes surendettées et plombées par le chômage et la déprime économique, sociale et psychologique ont besoin d’un remède de cheval sous la forme d’un New Deal hardi à la Roosevelt pour sortir de l’ornière et reprendre, tous ensemble, du poil de la bête grâce à une politique de grands travaux pour moderniser nos infrastructures, notamment ferroviaires et électriques. C’est notre dernière chance avant le déclin qui menace, l’effondrement et le chaos.

MG

 

 

 

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