samedi 9 août 2014

Pourquoi il faut stopper l’État islamique


La Libre Belgique


 

Un édito de Christophe Lamfalussy.

Le sort réservé aux minorités chrétienne et yézidie d’Irak aura donc été l’ultime raison pour riposter aux forces de l’État islamique (EI). Vendredi, deux avions américains ont bombardé des pièces d’artillerie des jihadistes non loin de la ville kurde d’Erbil. Le message est clair : les Etats-Unis ne laisseront pas ce groupe de fanatiques faire fuir des dizaines de milliers de civils innocents et sans défense. Car en dépit du risque pris par le président Obama de "revenir" en Irak, il faut empêcher ce groupe d’instaurer un califat dans cette région comme les talibans l’ont fait dans les années 90 en Afghanistan et au Pakistan, avec les conséquences que l’on sait. L’État islamique se nourrit d’une idéologie totalitaire qui fait fi des différences d’opinion, de culture et de religion. Il est responsable de nombreux crimes de guerre qu’il expose dans les réseaux sociaux pour semer la terreur. D’inspiration takfiriste, il prend des otages dont il négocie la libération pour s’acheter des armes. Enfin, il militarise de nombreuses recrues belges qui finiront bien, un jour, par revenir au pays.

Les Etats-Unis viennent au secours d’un État défaillant - l’Irak - dont ils ont eux-mêmes contribué à la fragilité. Après avoir conquis le nord de la Syrie et une quinzaine de villes en Irak, les jihadistes ont profité des divisions qui minent le gouvernement irakien et de son incapacité à rassurer les sunnites, minoritaires dans ce pays. Ce n’est donc pas uniquement en arrêtant l’État islamique (dont les forces ne comptent que 20 à 30 000 hommes) mais aussi en ayant un gouvernement d’union nationale, qui bannit les discriminations communautaires à Bagdad, que le pays pourra être stabilisé.

 



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LISLAMISME EST UN BARBARISME


Un spectre hante ce monde : le spectre de l’islamisme. Toutes les puissances de la vieille Europe aux Etats-Unis jusqu’à la grande Russie s’unissent en une Sainte-Alliance pour traquer ce spectre : le pape et le nouveau tsar, la CIA et l’ONU,  Obama et Junker, les démocrates de France et le BND d'Allemagne, les services secrets d’Israël.

Il en résulte un double enseignement.

Déjà l’islamisme est reconnu comme une puissance par toutes les puissances du monde.

Il est grand temps que les islamistes exposent à la face du monde entier, leurs conceptions, leurs buts et leurs tendances; qu'ils opposent au conte du spectre de l’islamisme un manifeste de leurs intentions réelles« L’État islamique se nourrit d’une idéologie totalitaire qui fait fi des différences d’opinion, de culture et de religion. » car il entend bien façonner le monde à son image.

Surtout, il est plus que temps que les musulmans d’Europe et du monde entier élèvent la voix gravement et avec force pour se distancier de la façon la plus claire et la plus nette des excès inacceptables de ceux qui se battent au nom de leur Dieu et de leur religion, au mépris de la vie humaine et de tous ceux qui pensent autrement. « Non, on ne peut pas dire que le djihâdisme soit consubstantiel à la religion. » Oui, il faut dénoncer la cruauté des frappes militaires israéliennes à Gaza mais de la même manière il convient d’accuser l’islamisme de crimes de guerre et de lui faire une guerre sans merci car l’islamisme est à l’islam ce que le National-Socialisme était au socialisme c’est-à-dire un cancer qu’il faut éradiquer avant qu’il ne paralyse nos démocraties ou qu’il ne les fragilise dangereusement.  

MG

 

 

HAMAS, FRÈRES MUSULMANS, DJIHADISTES : LES DIFFÉRENTS VISAGES DE L'ISLAMISME


 

Par

FIGAROVOX/ENTRETIEN - QU'Y A-T-IL DE COMMUN ENTRE UN PRÉDICATEUR SALAFISTE ET UN COMBATTANT DU HAMAS ? ENTRE TARIQ RAMADAN ET LE CALIFE DE MOSSOUL ? LA CHERCHEUSE ANNE-CLÉMENTINE LARROQUE NOUS DONNE LES CLEFS POUR COMPRENDRE LA NÉBULEUSE ISLAMISTE.

 

 

Anne-Clémentine Larroque est historienne de formation, maître de conférences à Sciences Po en Questions internationales. Elle a tenu une chronique internationale sur la Matinale France Inter (été 2013). A paraître: Géopolitique des islamismes chez PUF, collection Que sais je?, en octobre prochain.

 

FIGAROVOX: SOUS LE NOM D' «ISLAMISTES», ON REGROUPE DES RÉALITÉS QUI N'ONT RIEN À VOIR: LE HAMAS, LES FRÈRES MUSULMANS, LES DJIHADISTES D'EEIL. QU'EST CE QUE L'ISLAMISME?

Anne-Clémentine Larroque: Sur le sujet, les amalgames sont quotidiens, c'est une thématique complexe qu'on a tendance à vouloir désespérément rendre simple. Il convient avant tout de distinguer islam, islamisme et islamisme radical ou violent, terminologies très souvent confondues dans le débat public.

L'ISLAM correspond à la religion monothéiste numériquement la plus importante au monde aujourd'hui, mais chronologiquement la dernière apparue après le judaïsme et le christianisme. Les Sunnites sont majoritaires et se placent à côté des Chiites, branche minoritaire.

L' «ISLAMISME» est la dénomination occidentale d'un «réveil de l'islam» au moment de la Modernité occidentale. C'est une idéologie politico-sociale qui a un ressort religieux, né au XIXème siècle en réaction à la Modernité qui a touché le monde musulman, via la colonisation.

L'ISLAMISME S'INSCRIT PARMI LES GRANDES IDÉOLOGIES (SOCIALISME, LIBÉRALISME, MARXISME) NÉES AU XIXE SIÈCLE.

On oppose systématiquement l'islamisme au progrès, alors que cette idéologie n'est pas anti-moderne au départ. Au contraire les réformistes MuhammadAbduh et Jamal Afghani, pères du réformisme islamiste au XIXème siècle, prônent une réinstauration de l'islam dans les sociétés musulmanes tout à fait compatibles avec les valeurs modernes. Finalement, l'islamisme s'inscrit parmi les grandes idéologies (socialisme, libéralisme, marxisme) nées au XIXe siècle.

En revanche l'islamisme radical ou islamisme violent est une des formes que prend l'islamisme (qui peut aussi s'incarner dans des mouvements pacifiques de prédications qui refusent la violence). Les salafistes prédicateurs barbus que l'on voit dans certains quartiers sont loin de tous prôner le djihad armé! A certains égards on pourrait les comparer aux ordres mendiants dans la Chrétienté car leur vocation est uniquement missionnaire.

Finalement, il y aurait trois familles d'islamismes: l'islamisme missionnaire, l'islamisme politique et l'islamisme violent ou djihâdisme, que vous nommez islamisme «radical».

Ainsi, les Frères Musulmans sont des islamistes réformistes avec un projet politique ; certaines de leurs branches ont pu évoluer vers la violence mais ce n'est pas l'objectif sous-tendu, le Hamas a été fondé par les Frères: cependant, il est constitué d'un parti puis d'une branche armée, tandis que l'EIIL est un groupe djihadiste.

QUEL EST LE POINT COMMUN ENTRE CES DIFFÉRENTES FORMES D'ISLAMISME?

Le point commun de tous ces islamismes est la volonté de mettre en place un Etat islamique, c'est-à-dire une structure étatique où l'autorité mène une politique islamique, au sein de laquelle la «charia», la loi islamique, demeure centrale et est imposée à l'ensemble des habitants. Cependant, leurs moyens diffèrent et leur objectif varie selon l'échelle de temps et d'espace.

QU'EST-CE QUE LE SALAFISME?

La Salafiyya symbolise une nouvelle idéologie islamiste défendant le «retour à l'islam» ou le «réveil de l'islam» favorisant la remise en question de celui-ci vis-à-vis la Modernité occidentale. C'est une idéologie islamiste apparue au XIXe siècle. Le salafisme prône le retour vers le message des pieux ancêtres (salafsignifie «ancêtre»). Mais il prend aussi un visage réformiste avec l'émergence de l'islam politique. Suivant la même logique que l'islamisme, trois formes différentes de salafisme existent:

-LE SALAFISME MISSIONNAIRE ou de prédication: éducation, œuvres de bienfaisance, etc

-LE SALAFISME POLITIQUE : réformisme menant à la création d'un Etat islamique par des voies «politiques»: les Frères musulmans par exemple.

-LE SALAFISME DJIHADISTE qui ne veut pas se limiter au strict message politique et va plus loin en utilisant l'action violente et terroriste soit à l'intérieur d'un pays musulman (comme le Hamas) soit à l'extérieur (comme Al-Qaïda).

QUELLES SONT LES RACINES DU «DJÎHADISME»? EST-CE UN PHÉNOMÈNE CONTEMPORAIN AU CONSUBSTANTIEL À L'ISLAM EN TANT QUE RELIGION?

Non, on ne peut pas dire que le djihâdisme soit consubstantiel à la religion. Si le djihâd existe littéralement dans l'islam (petit et grand djihâd dans le Coran), le «djihâdisme»: (idéologie qui place le djihad comme moteur d'action et comme finalité), est un mouvement contemporain qui puise ses racines dans les thèses de deux grands idéologues:

-La pensée de Sayyid Qotb (1906-1966), militant des Frères musulmans qui lutta activement contre l'Etat de Nasser jugé «mécréant» car ne respectant pas la loi coranique et théorisa dans les années 60 le retour à un islam politique où le djihad prend une place centrale.

-La pensée de Maulana Maududi (1903-1979) théologien fondamentaliste pakistanais qui à la même époque pense et encourage la lutte pour la création d'un état islamique pakistanais. Ses thèses seront suivies par les Talibans: il prône un retour au djihad global.

L'application du djihâd se résume en trois vagues successives dans le monde musulman:

-Dans les années 70-80, dans le cadre de la guerre d'Afghanistan contre les Soviétiques ;

-Le djihâd des années 90, contre les régimes militaires algérien, égyptien et en Bosnie

-Depuis la fin des années 90, le nouveau djihâd contre l'Occident, qui est devenu la raison d'être du mouvement d'Al-Qaida.

On pourrait ajouter une quatrième «vague»: que ce soit Boko Haram au Nigéria, EEIL en Irak ou Al-Nosra en Syrie, les shabbabs en Somalie on assiste à l'émergence d'un djihâdisme plus ancré territorialement qui s'inscrit d'abord localement dans une histoire particulière avant de revendiquer une perspective internationaliste globalisée.

VOUS DISTINGUEZ ISLAMISME DE PRÉDICATION, ISLAMISME POLITIQUE ET DJIHÂDISME. DANS QUELLE CATÉGORIE SE TROUVE LE HAMAS?

Le Hamas, «Mouvement de résistance islamique» est une émanation des Frères musulmans en Palestine, où leur présence date des années 30. Dans les années 40, se crée une branche armée dont le but est de lutter contre les Britanniques et le projet de création de l'Etat d'Israël, Etat sioniste pour eux.

Le Hamas actuel est créé en 1987 lors de la première intifada. L'objectif affiché est alors d'anéantir Israël et le sionisme tout en islamisant la Palestine. Ils lancent les premières vagues d'attentats dans les années 90. En 2006, ils deviennent la première force politique du pays, devant le Fatah, en remportant les élections législatives palestiniennes avec 56 % des suffrages.

On pourrait donc dire que le Hamas constitue un groupe islamiste politique (au départ fondé par les Frères musulmans) qui adopte les moyens d'une mouvance djihadiste de résistance.

LE PRINTEMPS ARABE AVAIT VU LA CONSÉCRATION DES FRÈRES MUSULMANS QUI SONT DEVENUS UNE FORCE POLITIQUE CAPABLE DE RASSEMBLER LES MASSES ARABES, À L'INSTAR DU NATIONALISME PANARABE AUTREFOIS. QUELLE IDÉOLOGIE VÉHICULENT LES FRÈRES MUSULMANS?

Les Frères musulmans sont un mouvement islamiste réformiste fondé par Hassan Al-Banna en 1928, en Egypte, peu après l'effondrement de l'empire ottoman. La confrérie prône une conquête du pouvoir politique par le bas mais elle s'inscrit dans les trois formes d'islamismes que je décris: missionnaire, politique et violent. Cependant, son but reste politique. Certaines branches radicales violentes en sont issues mais ne fondent pas le cœur de leur action. Ils font partie du mouvement des Salafistes réformistes. Leur but est avant tout politique: mettre en place un Etat islamique et installer la Charia. Leur évolution est corrélée à leurs rapports avec les pouvoirs en place.

Dans les années 1960-80, Nasser et Sadate jouent entre répression et instrumentalisation des Frères Musulmans, ce qui pousse ceux-ci à migrer en péninsule arabique et notamment en Arabie Saoudite où ils s'allient momentanément avec les wahhabites. C'est la période particulière du «wahhabo-salafisme».

Les Frères musulmans prennent dès lors, une dimension internationaliste et essaiment dans de nombreux pays, y compris en Occident au travers des prises de positions d'intellectuels musulmans réformateurs comme Tariq Ramadan, petit-fils du fondateur des Frères Musulmans Hassan Al-Banna, même s'il ne revendique pas son appartenance à la Confrérie.

ON A LONGTEMPS CRU QUE LES DICTATURES ARABES RÉUSSISSAIENT À CANTONNER ET MAITRISER LES ISLAMISTES. MAIS EN RÉALITÉ, L'ISLAM RADICAL S'EST RENFORCÉ EN RÉACTION AUX POUVOIRS DICTATORIAUX

OÙ EN EST L'ISLAMISME POLITIQUE QUATRE ANS APRÈS LES RÉVOLUTIONS ARABES?

On a longtemps cru que les dictatures arabes réussissaient à cantonner et maitriser les islamistes. Mais en réalité, l'islam radical s'est renforcé en réaction aux pouvoirs dictatoriaux, le nationalisme de Nasser puis l'autoritarisme de Moubarak en Egypte, la tyrannie de la dynastie Assad en Syrie, la «ploutocratie»de Ben Ali en Tunisie. Dans les années 2000, certains tentent l'ouverture et l'adoucissement, c'est le cas d'Hosni Moubarak en Egypte, lors des élections de 2005, mais cela ne suffit pas car les revendications économiques et sociales du peuple prennent le pas et les islamistes s'intègrent au mouvement de protestation.

Ensuite, les révolutions arabes ont révélé au grand jour la «frérisation» du monde arabe. Mais les Frères musulmans n'ont pas su garder le pouvoir. L'islamisme a gagné socialement, «par le bas: les stigmates visuels de l'islamisation se sont multipliées en dix ans dans bon nombre de pays arabes. Mais il ne l'a pas gagné politiquement. Les islamistes ont perdu le pouvoir, faute d'expérience, de vision politique et économique globale. Hormis deux exceptions: la Tunisie où le parti Ennahdha de Ghannouchi a su s'adapter à la transition politique du pays, et la Turquie d'Erdogan, qui n'a pas fait la Révolution mais où l'islamisme politique a gagné depuis 2002, dans un pays laïc où se dessinent aujourd'hui les contours de ce que l'on peut qualifier de «post-islamisme».

 

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