dimanche 24 août 2014

Ukraine : Angela Merkel appelle à un cessez-le-feu bilatéral




La chancelière allemande Angela Merkel, en visite à Kiev samedi, a appelé à un cessez-le-feu bilatéral dans l'est de l'Ukraine, où s'affrontent les rebelles pro-russes et les forces armées ukrainiennes. L'"intégrité territoriale" de l'Ukraine est "essentielle" pour le gouvernement allemand, a indiqué Angela Merkel lors d'une conférence de presse à l'issue d'un entretien avec le président ukrainien Petro Porochenko. "Nous ne pouvons pas exclure de réfléchir à de nouvelles sanctions s'il n'y a pas de progrès" dans la résolution de la crise, a-t-elle encore affirmé.

Interrogée sur la Crimée, péninsule ukrainienne rattachée par la Russie en mars, Angela Merkel a qualifié cette annexion d'"illégale" ajoutant que si l'Europe reconnaissait les actions de Moscou comme légitimes, alors l'intégrité territoriale de tous les pays européens serait menacée.

"Nous n'avons pas choisi la guerre. Elle nous a été imposée de l'extérieur", a de son côté déclaré Petro Porochenko.

"Il est temps que la paix s'installe dans le Donbass. Le pouvoir ukrainien fera tout avec nos partenaires européens pour que cela arrive. Mais pas au dépens de la souveraineté, de l'intégrité territoriale et de l'indépendance de l'Ukraine", a-t-il ajouté.

Les deux dirigeants ont annoncé la création prochaine d'un fonds spécial de 500 millions d'euros destiné à la reconstruction des infrastructures du Donbass, bassin minier de l'est de l'Ukraine ravagé par le conflit entre insurgés prorusses et forces gouvernementales. "Nous nous rappelons tous le plan Marshall pour l'Europe d'après-guerre. Je peux dire aujourd'hui que c'est le début du plan Merkel pour la reconstruction des infrastructures du Donbass", a lancé M. Porochenko.

La visite de la chancelière allemande, la plus importante dirigeante occidentale à se rendre en Ukraine depuis le début de la crise, intervient à un moment symbolique, à la veille de la fête de l'Indépendance. La visite précède un sommet régional qui doit se tenir mardi à Minsk auquel participeront les présidents russe Vladimir Poutine et ukrainien Petro Porochenko ainsi que des responsables de l'Union européenne.



Une famille tuée dans un bombardement dans l'est de Donetsk

Au moins trois civils, un père, une mère et leur fille selon leurs voisins, ont été tués dans un bombardement dans l'est de Donetsk, fief des séparatistes prorusses dans l'Est de l'Ukraine, ont constaté des journalistes de l'AFP. A l'aube, deux hommes, également des civils, avaient été tués par un bombardement à la bordure nord du centre de Donetsk

Le quartier touché est situé à quelques centaines de mètres d'un cantonnement du bataillon de volontaires russes et ukrainiens Vostok, qui aurait pu être la cible visée par l'armée ukrainienne, selon des habitants.

A l'aube, deux hommes, également des civils, avaient été tués par un bombardement à la bordure nord du centre de Donetsk. Là encore, il était survenu près d'un bâtiment occupé par les rebelles séparatistes.

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« LA GUERRE EST TOUJOURS LA CONSÉQUENCE D’UN MANQUE DE DIALOGUE, DE TOLÉRANCE, D’INTELLIGENCE ET DE CRÉATIVITÉ."



Cette sage maxime d’Elio Di Rupo dont nous faisons notre miel devrait inspirer Angela Merkel dans sa tentative de médiation entre les dirigeants ukrainiens et russes. 

La situation est extrêmement préoccupante et risque d’échapper à tout contrôle, un peu comme la crise diplomatique déclenchée en août 1914 et dont nous suivons les péripéties pratiquement en temps réel, un siècle après les événements tragiques.

Pour comprendre l’ampleur de cette crise, la plus aigüe depuis l’effondrement de l’empire soviétique en 1989, il faut, comme le fait Jean-Michel Quatrepoint prendre du recul et de la hauteur.

Il se pourrait bien en effet que si l’Europe soit le dindon de la farce et la principale victime des sanctions économiques que Washington et Londres entendent imposer à la Russie.

Une chose est claire : Washington est déterminée à envenimer le climat entre Moscou et Berlin. À cette fin, les États-Unis s’appuient sur Londres, leur alliée traditionnelle mais aussi sur les nouveaux Etats européens et anciens satellites de l’Union soviétique qui exècrent la Russie. Cette situation paralyse l’union européenne écartelée entre une Allemagne de plus en plus liée économiquement à la Russie, une France lobotomisée et les nouvelles républiques de l’Est européen résolument tournées vers Washington.

En se rendant personnellement à Kiev pour proposer ses bons offices de médiation, Angela Merkel fait une ultime tentative pour mettre fin au conflit par « le dialogue, la tolérance, l’intelligence et la créativité. » Ses chances de réussite sont minces mais si la démarche de la chancelière devait aboutir, l’Allemagne prendrait ipso facto la direction politique de l’Europe entraînant un rafraichissement des relations avec Washington.

Voyons cela de plus près avec Jean Michel Quatrepoint.

MG






NOUS ALLONS PERDRE NOTRE POUVOIR SUR LA SCÈNE INTERNATIONALE.

IL FAUT QUE LES EUROPÉENS JOUENT LEUR PROPRE JEU ET NON CELUI DES AMÉRICAINS.

 

 

 



Jean-Michel Quatrepoint (in le Figaro): « En réalité, on assiste à un choc entre deux blocs: d'un côté, l'Amérique qui veut enrôler l'Europe sous sa bannière, et de l'autre, la Chine et la Russie qui de facto se rapprochent ne serait-ce que parce que les Américains mènent à leur encontre une politique de «containment» depuis 2010. Les Américains veulent imposer leur modèle économique et idéologique: le libre-échange et les droits de l'Homme. Le parti au pouvoir en Chine et les Russes ne veulent pas de ce modèle. Dans ce contexte l'Europe, notamment l'Allemagne, est prise en sandwich. Angela Merkel doit choisir et penche plutôt pour le moment pour les Etats-Unis. Cela signifie qu'à terme, tout le développement qu'elle pouvait espérer grâce à la Russie, va devoir être passé par pertes et profits. De la même façon, tous les projets d'investissement sur les transports, notamment la nouvelle route de la soie ferroviaire entre la Chine et l'Europe via la Russie, risquent d'être remis en cause. Si l'escalade des sanctions se poursuit, les Russes pourraient interdire le survol de la Sibérie pour toutes les compagnies aériennes avec pour conséquence une augmentation des coûts exponentielle et in fine l'affaiblissement économique puis politique de l'Europe. La légère récession qu'a connue l'Allemagne au troisième trimestre est un premier signal alors même que les effets du boycott russe ne se sont pas encore fait sentir.

L'Europe en stagnation est dans la situation du Japon dans les années 90-2000. Sa balance commerciale reste excédentaire grâce à l'Allemagne, mais elle vieillit et ne se développe plus. Cela signifie que nous allons perdre notre pouvoir sur la scène internationale.

 

FIGAROVOX : EN QUOI LES ENJEUX POLITIQUES ET ÉCONOMIQUES S'ENTREMÊLENT-T-ILS?

Aujourd'hui, l'investissement en Allemagne chute pour trois raison. D'abord à cause du coût de l'énergie. L'abandon du nucléaire coûte une fortune au pays et le rend dépendant du gaz russe. Deuxièmement, le coût de la main d'œuvre n'est plus aussi bas qu'il ne l'était, notamment avec la mise en place du smic et troisièmement l'Euro est surévalué par rapport au dollar. En conséquence, les industriels quittent l'Europe et préfèrent investir aux Etats-Unis qui redémarrent économiquement grâce à leur énergie à bas coût (gaz et pétrole de schiste) et sa main d'œuvre meilleur marché. L'Europe en stagnation est dans la situation du Japon dans les années 90-2000. Sa balance commerciale reste excédentaire grâce à l'Allemagne, mais elle vieillit et ne se développe plus. Cela signifie que nous allons perdre notre pouvoir sur la scène internationale.

 

DANS CE CONTEXTE, LES SANCTIONS CONTRE LA RUSSIE CONSTITUE-T-ELLE UNE ERREUR STRATÉGIQUE?

Oui, ces sanctions sont contre-productives. Malheureusement, la plupart des pays européens à commencer par les pays de l'Est, préfèrent les Etats-Unis à la Russie. La Pologne, les pays Baltes et la République Tchèque sont viscéralement antirusses et joueront toujours le jeu des Américains car le souvenir de l'occupation par les troupes soviétiques y est encore prégnant. L'Allemagne, elle, est écartelée et tout l'objectif des Américains est de la détacher de la Russie.L'axe entre Paris-Berlin et Moscou pour s'opposer à la guerre en Irak en 2003 est resté dans la mémoire du département d'Etat américain. Les dirigeants américains ont donc décidé de punir la Russie et de ramener l'Allemagne dans leur giron. C'est tout le but du traité transatlantique qui est en fait une grande alliance germano-américaine.

En Ukraine, la situation est plus incertaine car l'affrontement entre la Russie et les Etats-Unis se fait par personnes interposées: les pro-russes d'un côté et de l'autre côté la garde nationale ukrainienne plutôt peuplée d'extrémistes de droites. Ni les Américains, ni les Russes n'ont intérêt à l'escalade, mais le risque est que ces groupes bruts de décoffrage leur échappent. Si les forces ukrainiennes se livrent à des nettoyages ethniques dans la région des pro-russes, Poutine ne pourra pas laisser faire. Il faut que les Américains soient suffisamment responsables pour faire pression sur les Ukrainiens. De la même façon, les pro-russes doivent accepter d'abandonner leur autonomie. C'est un jeu délicat qui peut déraper à tout moment. Pour éviter cela, il faut aussi que les Européens jouent leur propre jeu et non celui des Américains.

 

N'EST-CE PAS CE QUE TENTE DE FAIRE ANGELA MERKEL?

Angela Merkel tente de relancer un accord entre la Russie et l'Ukraine. Un accord que l'on avait presque trouvé, lorsqu'un missile a détruit en vol l'avion de la Malaysia Airlines. L’Amérique ne facilite pas un tel accord. Elle a trop intérêt à détacher l'Allemagne de ses liens avec la Russie, et à mettre définitivement l'Europe sous leadership américain. En ravivant la bonne vieille guerre froide. Mais elle ne peut pas non plus s'y opposer ouvertement. Si Angela Merkel et la diplomatie allemande réussissent malgré tout à apaiser les tensions en Ukraine, Berlin s'imposera, non plus seulement comme le leader économique de l'Europe, mais comme le leader politique.

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