mercredi 13 août 2014

Ukraine : un cessez-le-feu est "indispensable", insiste Moscou


         Le Vif


Un cessez-le-feu pour apporter une aide humanitaire aux populations victimes des combats dans l'est de l'Ukraine "est non seulement possible mais indispensable", a affirmé dimanche le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.


Sergei Lavrov, le ministre russe des Affaires étrangères. © Image Globe

"Nous estimons que cette question est urgente, qu'elle ne supporte pas de retard", a poursuivi devant des journalistes à Sotchi (sud de la Russie) M. Lavrov, ajoutant que la question était suivie personnellement par le président russe Vladimir Poutine.

La Russie assure pour autant ne pas vouloir agir de façon unilatérale, alors que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l'Allemagne, notamment, ont sévèrement mis en garde Moscou contre toute intervention militaire sur le sol ukrainien qui serait menée sous prétexte de mission humanitaire.

"Nous sommes actuellement en train de nous mettre d'accord avec la partie ukrainienne, avec le Comité international de la Croix Rouge et avec les organisations humanitaires des Nations Unies sur la nécessité d'envoyer d'urgence une aide humanitaire dans les régions de Lougansk et de Donetsk", a déclaré M. Lavrov.

Ces deux villes constituent les derniers bastions des séparatistes ukrainiens prorusses, confrontés à une offensive d'envergure des forces régulières ukrainiennes depuis plusieurs semaines. L'Occident accuse la Russie d'alimenter en armes les rebelles, ce que Moscou dément.

Le "Premier ministre" de la république autoproclamée de Donetsk Alexandre Zakhartchenko a déclaré samedi être prêt à un cessez-le-feu si l'armée ukrainienne cesse son offensive contre la ville "encerclée" et au bord selon lui d'une "catastrophe humanitaire".

A Lougansk inaccessible à la presse, les autorités dénoncent un "blocus" depuis huit jours, alors que la ville n'a plus d'électricité, d'eau courante ou de réseau téléphonique, et que l'essence et les réserves de nourriture s'épuisent rapidement.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

MAIS QUE FAIT DONC L’OSCE ?


Il faut lire attentivement l’analyse de Mark Eyskens. Elle montre qu’il existe un vrai danger de recrudescence de guerre froide et de remise en question des grands principes de l’organisation pour la sécurité et la coopération européenne« où les dirigeants de 55 pays membres signèrent la Charte de Paris dont l’une des clauses essentielles est le respect des frontières étatiques existantes et la promotion de la démocratie. Ces engagements sont aujourd’hui remis en cause. »

Je suis personnellement profondément choqué par la passivité dont fait preuve cet organisme essentiel actuellement présidé par le président de la confédération helvétique. Imaginons par simple hypothèse qu’un Mark Eyskens, qu’un Guy Verhofstadt, qu’un Dominique de Villepin ou qu’un Gerhard Schröder voire une Hilary Clinton soit à la tête de cet organisme

L’Europe n’a, selon nous, aucun intérêt à se fâcher avec la Russie. Que du contraire. Ce qui fait tout l’intérêt des six propositions de Mark Eyskens, c’est qu’elles visent à résoudre le conflit et ce, de manière tout à fait concrète et institutionnelle, par le truchement d’un État fédéral dont les régions bénéficieraient d’une belle autonomie de gestion. Vous avez bien compris, il s’agirait d’organiser une structure à la belge et non pas de mettre en place toutes les conditions d’un Gaza ukrainien. En prenant des sanctions économiques draconiennes contre la Russie à l’instigation des États-Unis, les Européens se tirent une balle dans le pied. Un seul exemple, les Belges risquent de se faire une indigestion de poires, celles qui étaient destinées à l’exportation russe. Qu’on ne s’y trompe pas l’Allemagne et la Russie sont en état de symbiose culturelle ou économique et ce depuis Catherine II (qui était allemande) voire depuis Pierre le Grand. Il n’y eut que deux parenthèses dans cette synergie sous la forme de deux guerres mondiales fratricides.

On rappellera le fameux Drang nach Osten, la grande marche « vers l’Est » qui animait déjà les chevaliers teutoniques.  Les russophones de l’Ukraine sont plus proches des Russes que des Ukrainiens, un peu comme ces francophones de la périphérie qui se sentent plus proche des francophones de Bruxelles que de leurs voisins immédiats flamands. La comparaison vous choque ? C’est pourtant évident. Certes, la troïka européenne est en pleine mutation. Il n’empêche que l’on devrait attendre de l’Europe non pas qu’elle soit le gendarme du monde comme le furent longtemps les États-Unis mais plutôt l’arbitre du monde. N’est-ce pas cela la vraie vocation d’une Europe dont les valeurs font l’orgueil de la civilisation ? Les États-Unis embrouillent tout, ils sont incapables de résoudre le conflit israélien, ils vont laisser un chaos en se retirant de l’Afghanistan, ils ont bouleversé l’Irak au point d’y faciliter la création du pire des régimes -selon nous- du nouveau califat de Syrie et de l’Irak dont les mercenaires –beaucoup sont venus d’Europe- se comportent comme les hordes de Tamerlan ou de Gengis Khan.

C’est pourquoi il convient de méditer et de penser activement chacun des six points mis en avant par la belle intelligence de Mark Eyskens dont l’initiative est celle d’un intellectuel de haut vol mais surtout d’un vrai homme d’État.

Il fait partie d’une génération de politiciens belges formés à l’école de la négociation, du dialogue et du compromis. Gageons que la génération des Charles Michel, Gwendolyn Rutten et même Bart De Wever possèdent les mêmes gènes dans leur ADN belge.

MG

 

 

RUSSIE : FAUT-IL CRAINDRE UNE NOUVELLE GUERRE FROIDE ?

Libre Belgique



Une opinion de Mark Eyskens, ministre d’Etat et ancien Premier ministre.

La guerre froide se termina il y a à peine un quart de siècle avec la chute du mur de Berlin. Pendant la période d’après-guerre (1945-89) le monde échappa de justesse à un conflit nucléaire apocalyptique grâce à la dissuasion réciproque des blocs de l’Est et de l’Ouest. L’escalade actuelle concernant l’Ukraine, tragiquement aggravée par la criminelle attaque du Boeing de la compagnie aérienne malaysienne et les sanctions économiques prises successivement par l’Ouest et la Russie, font craindre la recrudescence d’une nouvelle guerre froide.

Est-ce que finalement la déesse de l’Histoire, dont on connaît le cynisme, aurait quand même raison en nous enseignant que la seule leçon que les humains tirent de l’Histoire est que les humains ne tirent pas de leçons de l’Histoire ? Il est évident que l’attitude adoptée par Vladimir Poutine dans le dossier ukrainien est arrogant, téméraire et axée sur la mobilisation nationaliste de l’opinion publique en Russie. Force est toutefois de reconnaître que la population russe, depuis l’implosion du communisme et l’explosion de l’Union soviétique en 1989-91 a dû avaler pas mal d’humiliations. L’empire soviétique, en éclatant, perdit 12 de ses républiques, dont l’Ukraine, alors que les états Baltes devinrent même membres de l’OTAN. Ce qui fut ressenti par Moscou comme une provocation. Michael Gorbatchev, très populaire en Occident, fut ostracisé en Russie car accusé d’avoir bradé l’empire soviétique et de l’avoir sacrifié à sa vanité personnelle, attisée par les louanges de l’Occident, y compris l’octroi du prix Nobel de la paix. Son successeur Boris Eltsine fut un président alcoolique et théâtral sans envergure. Il a fallu attendre l’arrivée de V. Poutine pour qu’une remise en ordre fût possible, suite à une espèce de Bonapartisation autoritaire de la Russie dans le but aussi de reconstituer, ne fût-ce que partiellement, l’empire éclaté.

Les sanctions économiques imposées par l’Occident sont à double tranchant. Poutine a fermé ses frontières aux produits agricoles venant de l’Occident. Beaucoup plus dangereux toutefois est la menace de la Russie de résilier l’accord de désarmement nucléaire INF (Intermediate Range nuclear forces) conclu entre Reagan et Gorbatchev le 8 décembre 1987. En 1990 j’ai eu l’occasion, en tant que ministre des affaires étrangères, d’assister à une conférence à Paris de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE) où les dirigeants de 55 pays membres signèrent la Charte de Paris dont l’une des clauses essentielles est le respect des frontières étatiques existantes et la promotion de la démocratie. Ces engagements sont aujourd’hui remis en cause.

La situation actuelle est vraiment déplorable et inquiétante, d’autant plus qu’encore récemment la Russie a fait preuve d’esprit de coopération dans plusieurs dossiers difficiles, entre autres en contribuant à la dénucléarisation de l’Iran et au démantèlement de l’arsenal chimique de la Syrie. Il est donc de la plus haute importance que les dirigeants de la Russie et de l’Occident se concertent - loin des feux de la rampe médiatiques - afin de trouver un modus vivendi honorable qui écarte tout danger de déflagration. Un préalable est évidemment que la Russie accepte de participer correctement aux enquêtes nécessaires devant établir les responsabilités en ce qui concerne la catastrophe intervenue à l’avion malaysien. Un compromis pourrait ensuite s’articuler autour des points suivants

1/ La Russie devrait accepter tacitement mais fermement sans que cela ne soit rendu public, de renoncer à toute aide militaire aux séparatistes en Ukraine de l’Est. Ceux-ci devraient en outre être convaincus d’organiser leur autonomie régionale à l’intérieur des frontières actuelles de l’Ukraine.

2/ L’Ukraine devrait être transformée en un État fédéral lequel, à l’instar de la Belgique, comporterait une grande autonomie à la fois régionale et communautaire, particulièrement pour la communauté russophone et orthodoxe d’une part et la communauté uniate parlant l’ukrainien d’autre part. Les entités fédérées devraient en outre avoir la faculté constitutionnelle de négocier des accords de coopération internationale. Ainsi l’Ukraine de l’Est pourrait conclure un accord de coopération avec la Russie et l’Ukraine de l’Ouest avec l’Europe.

3/ Le gouvernement de Kiev devrait, dans le cadre d’un armistice, renoncer définitivement à toute tentative de vaincre militairement les rebelles de l’Est, à condition que les points 1/ et 2/ soient mis à exécution.

4/ L’Ouest ne devrait plus remettre la question de l’annexion de la Crimée par la Russie à l’ordre du jour des discussions internationales.

5/ L’Occident devrait donner la garantie à Poutine que l’Ukraine n’est pas susceptible de devenir membre de l’OTAN.

6/ La Russie devrait garantir l’approvisionnement énergétique de l’Ukraine et coopérer avec l’Occident et les instances internationales afin de restaurer le potentiel économique de l’Ukraine et de renflouer sa solvabilité.

 

 

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