dimanche 24 août 2014

Un convoi en Ukraine, le coup de poker de la Russie

AFP 



La Russie s'expose à un risque majeur en faisant entrer une partie de son convoi humanitaire en Ukraine sans l'accord de Kiev, mais reprend l'initiative au moment où les séparatistes perdent du terrain et avant une phase diplomatique très attendue, estiment des analystes.

Qualifiée d'"invasion" par Kiev, de "violation" de la frontière par Bruxelles, la décision de la Russie, qui "veut garder des leviers pour influencer la situation en Ukraine (...), signifie qu'aucun accord susceptible de satisfaire Moscou n'a été trouvé", a déclaré à l'AFP Maria Lipman, analyste indépendante.

"La Russie ne veut rien qui pourrait même ressembler un peu à une normalisation de la situation en Ukraine, ne veut pas que l'Ukraine rejoigne l'+axe de l'Occident+", a-t-elle estimé. "Et les combats en Ukraine aident Moscou à réaliser cet objectif".

Après une semaine d'attente, la Russie a fait entrer en Ukraine vendredi matin une centaine de ses 300 camions chargés selon Moscou de 1.800 tonnes d'aide humanitaire.

"Tous les prétextes pour retarder la livraison de l'aide aux zones en situation de catastrophe humanitaire ont été épuisés. La Russie a décidé d'agir", a annoncé le ministère russe des Affaires étrangères.

Moscou considère qu'il y a urgence face à la situation humanitaire de plus en plus difficile dans l'est de l'Ukraine ravagé par des combats qui ont fait plus de 2.000 morts en quatre mois, et entraîné le déplacement de centaines de milliers de personnes.

Cependant, la décision de Moscou a aussitôt été qualifiée d'"invasion directe" par Kiev redoutant que le convoi russe ne fasse l'objet d'une "provocation" de la part des insurgés et ne serve de prétexte à une intervention russe.

- AUCUN ESPOIR DE PROGRÈS ? -

Après des mois d'intenses combats dans l'Est et une récente annonce du changement de la stratégie militaire, "les autorités ukrainiennes aimeraient évidemment proclamer leur victoire sur les séparatistes à l'occasion de la Fête de l'Indépendance de l'Ukraine, célébrée le 24 août", relève Alexandre Konovalov, président de l'Institut des études stratégiques.

"Mais la Russie veut couper court à ces projets", même au prix des "conséquences les plus imprévisibles et les plus dramatiques", affirme-t-il. "La Russie se trouve en ce moment sur le fil d'un rasoir très dangereux, car ses actes peuvent aboutir à une vraie guerre en plein centre de l'Europe", juge l'analyste.

"La situation est très dangereuse. Le risque de combats directs entre des soldats russes et ukrainiens peut désormais fortement augmenter", lui fait l'écho Mme Lipman.

L'entrée du convoi russe controversé en Ukraine intervient à quelques jours d'un sommet régional auBélarus où doivent se retrouver mardi les présidents ukrainien Petro Porochenko et russe Vladimir Poutine, en présence également de plusieurs hauts responsables européens dont le chef de la diplomatie de l'UE, Catherine Ashton.

M. Porochenko avait promis jeudi de "parler de paix" avec Vladimir Poutine et de le convaincre de "retirer les combattants" rebelles de l'est de l'Ukraine.

"Mais ce qui s'est passé aujourd'hui signifie qu'il ne reste plus aucun espoir d'obtenir un quelconque progrès au cours de cette réunion", conclut Maria Lipman.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

"LA RUSSIE NE VEUT PAS QUE L'UKRAINE REJOIGNE L'+AXE DE L'OCCIDENT »


"La Russie se trouve en ce moment sur le fil d'un rasoir très dangereux, car ses actes peuvent aboutir à une vraie guerre en plein centre de l'Europe", juge Alexandre Konovalov, président de l'Institut des études stratégiques.

"La situation est très dangereuse. Le risque de combats directs entre des soldats russes et ukrainiens peut désormais fortement augmenter", lui fait l'écho Mme Lipman. "La Russie ne veut rien qui pourrait même ressembler un peu à une normalisation de la situation en Ukraine, ne veut pas que l'Ukraine rejoigne l'axe de l'Occident ", a-t-elle estimé. "Et les combats en Ukraine aident Moscou à réaliser cet objectif".

Le nœud du problème est là : les Russes ne veulent à aucun prix que l’Ukraine se rapproche de l’Europe. Ils estiment que l’expansion tentaculaire de l’Europe de l’Ouest a atteint largement ses limites. Au-delà de cette limite plus aucun billet n’est valable comme aurait dit Romain Gary.

La pax Americana, autrement dit l’OTAN, s’étend sur tout le monde occidental et elle déploie ses forces et ses missiles jusqu’aux frontières de l’Ukraine. Et c’est bien là que Vladimir Poutine entend lui opposer le glacis ukrainien. Déjà que l’immense glacis de l’ancienne union soviétique a fondu comme neige au soleil. Faut-il s’en offusquer ? À l’évidence si les Britanniques et les Américains trouvent cette situation totalement insupportable, en revanche les Européens et singulièrement l’Allemagne s’accommodent très bien du voisinage russe. Depuis toujours si l’Allemagne et la Russie vivent dans une espèce de symbiose fondée sur la complémentarité de ces deux Etats. Faut-il rappeler que depuis la conclusion  des  traités de sécurité et de coopération avec l’Est dans le cadre de la Ostpolitik, l’Allemagne et la Russie entretiennent à nouveau d’excellentes et fructueuses relations de coopération commerciale.  Les sanctions économiques voulues par les pays anglo-saxons pénalisent surtout l’Allemagne et ses satellites économiques parmi lesquels la Belgique grosse productrice de fruits.

De toute évidence, les Russes ne sont nullement impressionnés par le tigre en papier européen. Ils savent qu’ils peuvent faire monter les enchères, la molle Europe se contentera d’aboyer mais elle ne mordra pas, elle n'en est d’ailleurs militairement pas en mesure.

Risque de guerre européenne ? Les Européens sont incapables de parler d’une seule voix et de plus ils ne disposent pas d’armée commune. Les forces de l’OTAN sont sous commandement américain et Obama ne prendra jamais le risque d’ouvrir un front sur le terrain ukrainien. Il a trop à faire au Moyen-Orient avec la progression sidérante de l’État islamique de Syrie et d'Irak, avec les conséquences des frappes israélienne sur Gaza. Vladimir Poutine sait qu’il a les mains libres et il en profitera.

Le risque de guerre classique est à peu près nul ; en revanche le risque d’une guerre civile est tangible.

MG

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