jeudi 7 août 2014

Un gouvernement qui devrait jouer la rupture

Béatrice Delvaux Éditorialiste en chef (Le Soir) 


Le gouvernement issu de la coalition suédoise devrait se profiler comme un gouvernement de rupture. Et très vite. Histoire de montrer que ce rassemblement inédit de partis permet de faire les choses autrement. Plus à droite ? Sans doute, mais pas seulement. L’idée devrait être de communiquer vers le public qu’on est pragmatique, de bon sens, qu’on ose des mesures tranchées et pas de compromis, qui répondent aux enjeux difficiles sans se dérober, et qui font prendre à la société et l’économie des virages clairs. Un peu à la manière de l’entrée en matière à Anvers du bourgmestre De Wever. Au fond, le baseline  message publicitaire subliminal – est le même au fédéral aujourd’hui qu’à Anvers à l’époque : « Sans les socialistes, désormais, on peut le faire. »

Les publics cibles visés par les premières mesures seront aussi cruciaux : la suédoise doit très vite faire des « groupes » de satisfaits, idéalement les mêmes pour les deux communautés linguistiques. Car il s’agit au départ de ce gouvernement de prouver que l’objectif de ce mariage noir jaune/orange et bleu, n’est pas le communautaire, mais le socioéconomique, le sociétal et le « gouverner autrement ». On devrait donc viser le Belge moyen (qui veut être rassuré sur sa sécurité, le civisme, la gestion de la problématique « immigration » et des services de l’Etat – justice, police, fonctionnaires), les classes moyennes qui travaillent et les entreprises. Les premières mesures sur lesquelles planchent les négociateurs donnent le ton : la justice rapide ou la réduction du coût de l’énergie pour les entreprises, cité comme un des handicaps principaux de la compétitivité. La prolongation du nucléaire si elle se vérifie participerait elle aussi de la volonté de se montrer pragmatique. Il faut reconnaître que ces orientations avaient été amorcées par le gouvernement précédent : la gestion du dossier de l’asile ou des chômeurs répondait au désir qu’on disait flamand, mais qui était aussi celui d’une partie du public francophone (cf. la popularité de Maggie De Block au sud du pays) de mettre de l’ordre dans les « abus ».

Un autre objectif, plus discret mais non moins résolu, pourrait aussi guider le (possible) nouveau gouvernement : prendre des mesures qui cassent les rouages traditionnels d’exercice du pouvoir par le PS, histoire de faire en sorte que même s’il revenait aux affaires, il ne puisse plus la jouer « comme avant ».

 

Image Globe



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

« FAIRE PRENDRE À LA SOCIÉTÉ ET L’ÉCONOMIE DES VIRAGES CLAIRS »


Comme c’est étrange : dans un premier temps lorsque quelques rumeurs d’une possible alliance entre le MR et la N-VA ont percolé, les médias se sont immédiatement alignés sur la position du PS et ont tiré à boulets rouges contre cette initiative. Et voici que l’éditorialiste en chef du journal Le Soir de tendance centre-gauche se fend d’un éditorial qui met en avant les atouts d’une coalition suédoise. C’est tout à fait remarquable et même extrêmement impressionnant. C’est dire combien Béatrice Delvaux dont nous admirons l’élégance de plume, et la rigueur de ses argumentaires, fait preuve d’une véritable indépendance éditoriale. Il s’agit de « prouver, dit-elle, que l’objectif de ce mariage noir jaune/orange et bleu, n’est pas le communautaire, mais le socio-économique, le sociétal et le « gouverner autrement ».

De fait, la coalition suédoise devrait « se profiler comme un gouvernement de rupture. » Il s’agira donc de faire l’inverse du président Hollande qui a tellement peur de heurter son opinion publique qu’il en est complètement paralysé. Pas question non plus de tomber dans l’hyperactivité à la Sarkozy. Il s’agira tout au contraire d’adopter un ton churchillien pour faire du Angela Merkel. Et pour faire avaler la pilule amère aux citoyens belges, il faudra « communiquer vers le public qu’on est pragmatique, de bon sens, qu’on ose des mesures tranchées et pas de compromis, qui répondent aux enjeux difficiles sans se dérober, et qui font prendre à la société et l’économie des virages clairs ». Sans doute Didier Reynders est-il plus apte à cet exercice que le beau Kris Peeters au français plus qu’hésitant. On comprend de mieux en mieux pourquoi le PS et le CDH se sont à ce point déchaînés contre ce projet de coalition qui les menace « dans leur ADN » pour employer une expression d’aujourd’hui.

MG

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