dimanche 7 septembre 2014

Affaire Nemmouche: «C'est irresponsable pour les otages qui restent en Syrie »


Par Patricia Tourancheau Libération




Un dessin d'audience montre Medhi Nemmouche le 5 juin devant la cour d'appel de Versailles. (Photo Benoit Peyrucq. AFP)


L'ex-otage Didier François réagit à la divulgation par le «Monde» de la présence du tueur présumé du musée juif de Bruxelles en Syrie, comme geôlier pour l'Etat islamique.

Fallait-il révéler que Mehdi Nemmouche avait été geôlier pour l’Etat islamique en Syrie, au risque de mettre en danger des otages encore détenus? Furieux que ce secret sur le parcours du tueur présumé du musée juif de Bruxelles ait étédévoilé par Le Monde, l’ancien otage Didier François n’a «pas souhaité répondre» aux innombrables journalistes français et américains qui l’ont contacté : «J’ai décidé d’attendre 48 heures avec Europe 1, le temps de consulter nos avocats et les services de sécurité», dit-il à Libération.



Ancien de Libération, Didier François (photo) nous réserve la primeur de sa réaction très vive sur la divulgation de cette information que plusieurs journalistes connaissaient, y compris à Libération: «Je trouve que c’est dangereux de sortir cette information. Cela pose un véritable problème pour l’enquête en cours, pour  les témoins et pour les otages restés là-bas. Et cela permet malheureusement d’alerter les autres ravisseurs sur le fait que les services français détiennent des éléments sur les membres de ce groupe terroriste ayant déjà perpétré des attentats. Du coup, ça va leur permettre de se protéger, ce qui met en danger le travail des spécialistes du contre-terrorisme et les citoyens français. C’est irresponsable ».

«LIBÉRATION» AVAIT CHOISI NE PAS PUBLIER CETTE INFORMATION

Libération avait choisi de ne pas sortir ce scoop, et nous n’avons publié ces informations qu’après la décision du Monde de le faire. La DGSI et le parquet antiterroriste nous avaient suppliés de ne pas révéler l’implication de MehdiNemmouche dans la séquestration et la détention des quatre journalistes français entre juin 2013 et mai 2014 « pour ne pas risquer de faire porter les conséquences sur la vingtaine d’autres otages occidentaux restés entre les mains de ses complices », et pour ne pas alerter les autres geôliers de l’Etat islamique en Syrie. Le parquet de Paris avait manifesté «le besoin d’une grande discrétion sur cette enquête sensible où des vies humaines sont en jeu» et comptait sur «le concours intelligent des médias» qui, dans l’ensemble, ont respecté cette demande impérieuse. Le même « discours a été tenu au journaliste du Monde qui, manifestement, a pris ses responsabilités»

De son côté, l’ex otage Nicolas Hénin du Point s’est senti délivré du pacte secret qui unissait les quatre victimes françaises avec «les autorités de police et de justice», «pour protéger les autres otages laissés derrière nous», après la révélation du statut de Nemmouche et a publié sur le site du Point des extraits d’un long récit à paraître dans le prochain numéro de l’hebdomadaire. «L’info n’est plus secrète, la donne a changé»a-t-il expliqué samedi lors d’un point presse au siège du journal , en compagnie de son avocate Marie-LaureIngouf : «La publication du Monde m’a poussé à sortir de ce silence et de ma réserve pour fournir des éléments liés à la personnalité de Mehdi Nemmouche et à tout ce qu’il fait, et qu’il est important de porter à la connaissance du public». Paradoxalement, Nicolas Hénin considère que le «pacte n’est pas brisé» mais se sent «de plus en plus inquiet» pour ses compagnons de cellule encore détenus en Syrie.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

LES HAUTS RISQUES DU METIER


La profession de journalistes paye un lourd tribu au service de l’information. Les journalistes de terrain qui exposent leurs vies sont les héros de la vie (post) moderne.

Ils sont les premières victimes de la terreur islamiste incarnée par des monstres comme Mehdi Nemmouche Opportunes ou non, les révélations du Monde donnent une preuve irréfutable que le « cancer » (Obama) qui ronge la société de là-bas étend bel et bien ses métastases jusqu’ici. C’est certes un scoop, c’est surtout la confirmation d’une abominable tragédie.

Totalitaire, l’islamisme a déclaré une guerre totale à l’Occident.

Indispensable, la résistance sera extrêmement difficile à organiser sans dégâts collatéraux, ainsi le veut la stratégie de cet ennemi aussi implacable que fourbe.

MG

 

 

 

 

 

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