jeudi 4 septembre 2014

BHL: «Le djihadisme est un fascisme, non par métaphore, mais par définition»


 FIGARO VOX 

 Vincent Tremolet de Villers




FIGAROVOX/EXTRAITS - Le philosophe et écrivain Bernard-Henri Lévy revient longuement pour le Figaro et FigaroVox sur les crises qui ont bouleversé cette année le monde.

 Bernard-Henri Lévy est philosophe. Il développe depuis 40 ans une oeuvre sur les totalitarismes et les nouvelles formes de barbarie, dont il cherche, de livre en livre, la source commune. Il est aussi auteur dramatique. Sa pièce «Hôtel Europe» sera jouée au théâtre de l'Atelier à Paris à partir du 9 septembre. Elle est publiée accompagnée d'une réflexion sur un nouvel âge sombre aux éditions Grasset.

 

LE FIGARO.- QUEL JUGEMENT PORTEZ-VOUS SUR CET ÉTÉ TRAGIQUE OÙ NOUS AVONS VU APPARAÎTRE L'ÉTAT ISLAMIQUE ET, COMME EN ÉCHO À LA MORT DE DANIEL PEARL, LA DÉCAPITATION FILMÉE DE DEUX JOURNALISTES AMÉRICAINS?

Bernard-Henri LÉVY.- J'ai beaucoup réfléchi à ces décapitations atroces. Cette façon de vider un homme de son sang pour le vider de son humanité. Cette façon, aussi, de nous obliger à voir ce que nous ne voulons et ne pouvons pas voir - mais qui, eux, les fait jouir et va leur permettre de recruter. Freud distingue la peur (menace précise, identifiée), l'angoisse (menace identifiée, mais diffuse) et l'effroi (menace inédite, indéchiffrable). Eh bien ce sentiment d'effroi dont les Grecs faisaient le ressort de la Tragédie et qui nous avait déjà saisis le 11 septembre, le voilà qui revient face au drapeau noir du califat et à cette nouvelle arme de guerre et de propagande. Un ennemi surpuissant, d'une sauvagerie sans limites et face auquel nous nous trouvons démunis: voilà ce qui est apparu et voilà ce à quoi, dans cette pièce, je tente de me confronter.

L'EUROPE A DES YEUX POUR NE PAS VOIR ET DES OREILLES POUR NE PAS ENTENDRE; ELLE CHERCHE TOUTES LES ÉCHAPPATOIRES POUR N'AVOIR PAS À RÉAGIR NI À LA MONDIALISATION DU DJIHADISME NI À L'OFFENSIVE RUSSE EN UKRAINE.

POURQUOI L'EUROPE TARDE À RÉAGIR?

Parce qu'elle est saisie par cet effroi et qu'elle en est pétrifiée. Mais il y a une autre raison qui tient à ce que mon personnage appelle le penchant suicidaire de l'Europe démocratique. L'Europe est le plus beau continent du monde, un miracle de civilisation et d'excellence, la source de quelques-unes des plus nobles valeurs de l'humanité. Mais c'est, aussi, un continent qui n'a jamais trop su défendre ce patrimoine et qui a toujours, quand on y attente, pour premier réflexe de s'incliner. Il ne bouge pas au moment du génocide arménien. Il ne bouge pas lors de la guerre d'Espagne. Il ne lève pas le petit doigt pour sauver les Juifs de la Shoah. Ni, non plus, quand tombe le rideau de fer. Ni en 1981, quand nous sommes quelques-uns à dire «Nous sommes tous des catholiques polonais» et qu'on nous traite de va-t-en-guerre. Alors, aujourd'hui, c'est pareil: l'Europe a des yeux pour ne pas voir et des oreilles pour ne pas entendre ; elle cherche toutes les échappatoires pour n'avoir pas à réagir ni à la mondialisation du djihadisme ni à l'offensive russe en Ukraine.

L'ÉTAT ISLAMIQUE, EST-CE LE TROISIÈME TOTALITARISME?

Évidemment. Quand mon personnage parle de «fascislamisme», ce n'est pas juste un mot, c'est un concept. Derrière le «totalitarisme» d'Hannah Arendt, il y a quelque chose de plus profond qu'il appelle la «volonté de pureté», ou la «volonté de guérir», ou encore la négation du «mal radical» remplacé par l'idée que la société est «malade», juste «malade», et qu'il convient de «soigner» cette maladie. Pour les nazis, ça voulait dire éliminer le virus juif. Pour les communistes, extirper le mauvais venin de la bourgeoisie. Eh bien les islamistes, c'est la troisième version de cette volonté de pureté avec, dans le rôle de l'insecte nuisible, le Juif, le chrétien et les femmes. L'adversaire varie. Mais la mécanique reste la même. Le djihadisme est un fascisme, non par métaphore, mais par définition.

Retrouvez l'intégralité de l'entretien avec Bernard-Henri Lévy ici ou dans le Figaro du 4 septembre.

 



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

TOUT CECI A ÉTÉ  DIT DIT SUR DIVERCITY


Le lecteur ne voudra bien nous rendre cette justice, tous ces arguments ont déjà été mis en avant sur DiverCity in tempore non suspecto. On attend donc que le très hésitant Barack Obama mette enfin ses menaces à exécution sans faire de quartier. Now or never.

MG




BARACK OBAMA PROMET DE DÉTRUIRE L'ÉTAT ISLAMIQUE


Figaro

Paule Rouzé



La décapitation d'un deuxième journaliste américain, Steven Sotloff, accentue la pression sur Washington.

 

«Notre défi est clair: c'est de décomposer et de détruire l'État islamique», a martelé, hier, Barack Obama, réagissant depuis l'Estonie aux images monstrueuses de la décapitation de Steven Sotloff, le deuxième otage américain tué en deux semaines par les terroristes de l'EI. «Mais, en raison de ce qui se passe avec le vide en Syrie, il faudra du temps…» Or le temps, justement, joue contre lui.

À quelques jours des commémorations du 11 Septembre, l'exécution barbare, froidement mise en scène, de deux de leurs compatriotes bouleverse les États-Unis. Les hommages rendus au travail du journaliste américano-israélien (il avait étudié à Tel-Aviv et avait la double nationalité), rompu aux zones de conflit, parfaitement arabophone, s'achèvent tous dans la presse par cette question: que va faire maintenant Washington? L'Administration attendra-t-elle que le travailleur humanitaire britannique apparaissant à la fin de la vidéo, soit exécuté à son tour? Et après lui, d'autres encore? L'État islamique détiendrait encore au moins une dizaine d'otages occidentaux dont au moins une jeune femme américaine de 26 ans capturée il y a un an, pour laquelle une rançon de 6,6 millions de dollars a été demandée. Et elle ne serait pas seule, a confirmé mardi le département d'État, qui refuse de révéler le nombre exact de personnes détenues, et leur identité.

Si l'opinion comprend l'ampleur du défi que représente l'EI et reste massivement opposée à tout envoi de troupes sur le terrain pour défaire l'entité, certaines hésitations du président sont passées pour de l'indifférence. Les photos de la partie de golf qu'il a disputée, tout sourire, quelques heures seulement après l'annonce de la mort du journaliste James Foley ont marqué les esprits. «L'heure est trop grave pour faire de la politique partisane, résumait mardi soir le républicain Peter King, mais il est essentiel que le président fasse preuve, maintenant, d'un réel leadership. Il ne peut pas continuer, face à une telle menace, à nous dire à nous, et à l'ennemi, ce qu'il ne va PAS faire.»

AMPLEUR DU DÉFI

Depuis Tallinn, en Estonie, hier, Barack Obamaa musclé sa rhétorique. «Quoi que ces meurtriers pensent (…), ils ont déjà échoué. Parce que les gens, partout dans le monde, sont révulsés par leur barbarie. Nous ne nous laisserons pas intimider.» Mais, dans l'entourage de la Maison-Blanche, on n'attend pas de changement majeur de stratégie. Alors qu'une 124e frappe aérienne était conduite mardi par l'armée américaine, en soutien aux troupes de terrain kurdes et irakiennes , 350 soldats supplémentaires ont été envoyés pour défendre les sites diplomatiques américains de Bagdad, des troupes «non combattantes», a tenu à préciser l'Administration. D'éventuelles frappes sur le territoire syrien, où se trouve le cœur de l'EI, restent prudemment à l'étude et pourraient nécessiter l'accord du Congrès.

Si l'objectif final est bien de «détruire» l'État islamique, Barack Obama s'en tient, pour l'instant, à la stratégie de l'endiguement, en attendant de construire une coalition internationale. «Nous mettons tous les éléments en place, nous développons une coalition régionale plus large, tout en travaillant à la constitution d'un nouveau gouvernement irakien», rassure sur CNN BrettMcGurk, conseiller de John Kerry pour l'Iran et l'Irak. Le secrétaire d'État et son collègue de la Défense, Chuck Hagel, s'envoleront pour la région dès la fin du sommet de l'Otan.

 

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