vendredi 26 septembre 2014

En attendant la voix des musulmans d’ici


Pascal Martin 
Le Soir

Aujourd’hui, à 14 heures, la Grande Mosquée de Paris va appeler à dénoncer massivement la décapitation de l’otage français Hervé Gourdel par les djihadistes algériens. En Grande-Bretagne, c’est une campagne nommée « Not in My Name » qui est active depuis plusieurs jours déjà sur les réseaux sociaux. Et en Belgique ? On n’a pas entendu grand-chose. D’où ces questions : les musulmans de Belgique sont-ils imperméables aux images ignobles diffusées par l’Etat islamique ? Craignent-ils de s’exprimer ? Ou sont-ils incapables de formuler une réponse sinon forte, satisfaisante ?

Aligner ces interrogations nous renvoie à un non-dit qui a la vie dure : il y aurait « eux » et « nous ». « Eux », autant dire ceux que nous assimilons à une religion d’importation mal comprise et qui sont priés de rendre des comptes. Et « nous » qui les exigeons, chrétiens tout au moins sociologiques, ancrés à la terre d’Europe depuis des millénaires. En réalité, on en oublierait presque qu’il y a d’abord des Belges, citoyens égaux devant la loi et le droit de vivre hors la suspicion.

Mais l’homme est ainsi fait : les différences engendrent chez lui la méfiance. Une citoyenneté et une carte d’identité ne suffisent pas à les gommer. Etre accepté est autrement compliqué.

D’où la pression que subissent constamment les membres de la communauté musulmane lorsque l’actualité se fait passion. Guerres, terrorisme, décapitations : « Vous, musulmans, ça vous fait quoi ce qui se passe là-bas… ? » Au mieux, leurs interlocuteurs ne demandent qu’à comprendre. Au pire, la question tient de la réprobation. Ce mode de discrimination est un lot quotidien. Culpabilisant.

On peut comprendre que face à cet autisme, la communauté arabo-musulmane peine parfois à rappeler quelques évidences : l’islam est une religion de paix ; l’Etat islamique est le fait d’une minorité fanatique et sanguinaire ; et pour le reste, chacun cherche surtout à accéder à une vie meilleure.

Et pourtant. Même si énoncer pareilles vérités pourrait paraître vain, convenons que les angoisses s’apaisent d’abord avec des mots. Voilà pourquoi il est indispensable que la « communauté » – ce bloc qui n’en est pas un – s’active à communiquer davantage. Au-delà de ses peurs et de ses divisions. Au-delà de la légitime aspiration à traverser la vie sans être identifié comme « l’autre ». Au-delà aussi du peu d’entrain que mettent les pouvoirs publics à rendre possible ce dialogue au motif que le prosélytisme n’est jamais loin.

Facile à dire, difficile à faire. C’est entendu. Mais le moment est crucial et mérite que chacun tente de franchir l’obstacle.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

DIXIT ALI DADDY:

« Voilà ce que j'écrivais en 2000 (Le Coran contre l'intégrisme, pp. 100, 101) : 

 

Le Coran ne donne à Muhammad aucun pouvoir de contrainte, en parfaite conformité avec le verset 256 du chapitre II (La Vache).

 

"Tu ne disposes pas sur eux de pouvoir de coercition" (L, 45)

 

Quant à la rétribution des oeuvres, elle relève de Dieu seul ! (cf., VLVI, 35)

 

Ces dispositions rendent nulles et non avenues toutes les "élucubrations" de ceux qui se présentent comme "le bras armé" de Dieu et qui prétendent faire respecter Sa Volonté par la force, la menace et l'exaction : comme si Dieu avait besoin de vulgaire mercenaires !

Que dire de plus ?

 Ali Daddy

 



 

 

La découverte du « coran contre l’intégrisme » de Daddy  m’a mis sur la voie d’une lecture authentique, libre et critique du texte fondateur des musulmans que j’ai lu et relu, maintes fois, crayon à la main dans l’essai de traduction de Jacques Berque qu’il recommande. J’ai fait cette démarche car je pense qu’il ne saurait y avoir de dialogue interculturel sans une ouverture à l’autre sous forme d’interaction, de dialogue précisément. Mais il n’est pas de dialogue sans réciprocité et je refuse d’être dupe.  J’ai publié sur ce blog, il y a quelques jours  les perles précieuses que j’ai remontées dans mon filet de lecteur attentif. Ce texte peut se lire en effet comme un traité d’éthique rigoureux et exigeant : la voie de rectitude au service de la patience et de l’agir bellement. Je constate, à ma grande consternation, que d’autres, de plus en plus jeunes et de plus en plus nombreux, là-bas et ici, font une tout autre lecture de ce texte y voyant une instigation, voire une injonction à égorger leurs frères humains qui ne partagent pas leur vision réductrice et abêtissante.

Cela me désespère et m’incite à dire aux musulmans de Belgique : levez-vous et témoignez avec cette force tranquille qui est en vous :

Courage donc, indignation et engagement.

MG

 

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