mercredi 24 septembre 2014

Et quant à la communauté, la terre tout entière est notre communauté.

Lettre de Coltrane à Don De Michael

 

John Coltrane (23 septembre 1926 – 17 juillet 1967), le saxophoniste le plus révolutionnaire et le plus influent de l’histoire du jazz après Charlie Parker, concevait sa musique comme une quête spirituelle. À la fin de sa carrière, il s’intéresse au free jazz dont il deviendra l’un des pères spirituels, s’inscrivant dans la révolution sociale et politique des États-Unis des années 1960 : le jazz devient une arme contre les inégalités et pour la paix dans le monde. Dans cette lettre, l’une des rares publiées par Coltrane, l’auteur de A love supreme donne une grande leçon autour du jazz, de l’humanité et l’art. Un coup de maître !

2 juin 1962

Cher Don,

Un grand merci pour m’avoir envoyé le beau livre d’Aaron Copland, Musique et imagination. Je l’ai trouvé très utile d’un point de vue historique et dans l’ensemble bien documenté. Toutefois, je ne crois pas que tous ses principes soient pleinement essentiels ou applicables à un musicien de « jazz ». J’ai l’impression que ce livre s’adresse plutôt à un compositeur américain classique u semi-classique qui est confronté au problème, que Copland a bien vu, de ne pas se sentir comme faisant partie intégrante d’une communauté musicale, ou ayant des difficultés à trouver une philosophie positive ou une justification à son art. Le musicien de « jazz » (cette appellation ou un autre du même genre que celles qu’on nous a collées sur le dos, peu importe) n’a pas du tout ce problème. Il n’y a absolument aucune raison pour que nous nous fassions du souci à propos d’un manque de philosophie positive ou affirmative. Elle fait partie de nous. Le phrasé, le son de cette musique en témoignent. C’est un don naturel. Je peux t’assurer que nous serions tous morts depuis belle lurette si ce n’était pas le cas. Et quant à la communauté, la terre tout entière est notre communauté. Tu vois, pour nous, c’est plutôt facile de créer. Nous sommes nés avec ce sentiment (feeling) qui s’exprime simplement quelles qu’en soient les conditions. Sans quoi comment crois-tu que nos pères fondateurs auraient pu produire cette musique au début, alors qu’il ne fait aucun doute qu’ils vivaient (comme pas mal d’entre nous aujourd’hui) au sein de communautés hostiles, où il étaient sans cesse confrontés à la peur et avaient vraisemblablement peu de choses auxquelles ils pouvaient se raccrocher. Toute musique qui peut grandir et se développer elle-même comme l’a fait notre musique, doit avoir en elle une sacrée dose de conviction positive. Quiconque prétend douter de cela, ou prétend croire que les représentants de notre musique de liberté ne sont pas guidés par cette même idée, est soit de parti pris, musicalement stérile, carrément idiot ou encore a une idée derrière la tête. Crois-moi, Don, nous savons tous que ce monde de « Liberté », qu’un grand nombre de gens semble craindre aujourd’hui, a sacrément à voir avec cette musique. En tous cas, j’ai trouvé chez Copland pas mal de points positifs. Par exemple : « Je ne peux pas imaginer une œuvre d’art qui soit sans convictions implicites. » - Moi non plus ! Je suis sûr que toi et d’autres aurez apprécié et appris beaucoup de choses dans ce livre si bien écrit.

Si je peux me permettre, je voudrais sincèrement exprimer le souhait que dans un futur proche, une étude solide du matériau présenté dans ce livre, et dans d’autres du même genre, aidera à déboucher les oreilles qui sont encore fermées à la musique progressive créée par des artistes d’aujourd’hui qui pensent en toute indépendance. Quand ce sera fait, je suis certain que les porteurs de telles oreilles reconnaîtront facilement les qualités absolument vitales et hautement réjouissantes de cette musique. […]

Tu sais, Don, je lisais aujourd’hui même un livre sur la vie de Van Gogh, et j’ai dû m’arrêter et penser à cette force magnifique et tenace — l’urgence créatrice. L’urgence créatrice était en cet homme, qui se trouvait lui-même en total désaccord avec le monde dans lequel il vivait, et malgré toute l’adversité, les frustrations, les rejets, etc. — un art vivant et magnifique est sorti de lui à profusion… s’il pouvait être là aujourd’hui ! La vérité est indestructible. Il semble que l’histoire montre (et c’est la même chose aujourd’hui) que le précurseur est plus souvent que le contraire confronté à un certain degré d’ostracisme ; habituellement à la mesure de son degré d’éloignement des modes d’expression ou autres qui prévalent. Le changement est toujours difficile à accepter. Nous voyons aussi que ces précurseurs cherchent toujours à revitaliser, développer et reconstruire le status quo dans leurs domaines respectifs, chaque fois que c’est nécessaire. Le plus souvent, ils sont rejetés, hors-la-loi, considérés comme des citoyens de seconde zone, etc. précisément dans ces sociétés auxquelles ils apportent tant de substance. Ce sont des gens qui vivent le plus souvent de terribles tragédies personnelles dans leur propres vies. Dans tous les cas, qu’ils soient acceptés ou rejetés, riches ou pauvres, ils sont toujours guidés par cette constance extraordinaire et éternelle — l’urgence créatrice. Chérissons-la et adressons nos louanges à Dieu.

Merci et mes bons souvenirs à tout le monde. Amitié.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

L’URGENCE CRÉATRICE

Je remercie Milady Renoir de m’avoir fait parvenir ce texte qui magnifie la source du jaillissement  créatif du jazz. « La terre tout entière est notre communauté. » Oui la terre au sens propre, celui de la glaise qui colle aux semelles  et au sens figuré, celui de la grande communauté humaine.

« Tu vois, pour nous, c’est plutôt facile de créer. Nous sommes nés avec ce sentiment (feeling) qui s’exprime simplement quelles qu’en soient les conditions. Sans quoi comment crois-tu que nos pères fondateurs auraient pu produire cette musique au début, alors qu’il ne fait aucun doute qu’ils vivaient (comme pas mal d’entre nous aujourd’hui) au sein de communautés hostiles, où ils étaient sans cesse confrontés à la peur et avaient vraisemblablement peu de choses auxquelles ils pouvaient se raccrocher. »

« Tu sais, Don, je lisais aujourd’hui même un livre sur la vie de Van Gogh, et j’ai dû m’arrêter et penser à cette force magnifique et tenace — l’urgence créatrice. L’urgence créatrice était en cet homme, qui se trouvait lui-même en total désaccord avec le monde dans lequel il vivait, et malgré toute l’adversité, les frustrations, les rejets, etc. — un art vivant et magnifique est sorti de lui à profusion » 

Ces précurseurs cherchent toujours à revitaliser, développer et reconstruire le statusquo dans leurs domaines respectifs, chaque fois que c’est nécessaire. » 

Qu’ils soient acceptés ou rejetés, riches ou pauvres, ils sont toujours guidés par cette constance extraordinaire et éternelle — l’urgence créatrice. » 

Il sera question de cela à la Librairie des Cent Papiers ce lieu où circule la parole de la façon la plus libre et la plus franche. Un lieu menacé par la faillite que notre présence est de nature à soutenir après trois ans de tentative de survie.

DIALOGUE ENTRE RATS DES VILLES ET  RATS DES CHAMPS, ENTRE LA CITADINE MILADY  ET CHRISTINE LA RURALE

De fait c’est un peu de cela qu’il s’agira le mercredi 24 septembre au rendez-vous des Cent-Papiers dans la belle avenue Bertrand à 18h30, je me permets de le rappeler. Cela ne s’adresse pas qu’aux saturés de la cité ou aux néo ruraux qui surfent sur la vague alternative. Simplement à toutes celles et à tous ceux qui en ont marre du bruit, de la puanteur, des moteurs d’avions et autres embarras de Bruxelles. Il est bon de s’immerger quelquefois dans le meuglement des vaches, le tintement d’un clocher, le chuintement d’une source, le caquètement des poules pour se souvenir qu’on est issu de la terre et qu’on y retournera.

Savourer à la campagne les longueurs du temps de la glandouille, de la lecture, l’écriture, la rêverie éveillée à écran fermé, à GSM éteint. Cette invitation à la rusticité, cet angélus littéraire me conforte dans mes envies de campagne et de fumier aux semelles. Trop stimulé par l’air des villes qui rend libre, tellement libre « Stadtluft macht frei » j’éprouve à l’automne de ma vie des velléités de lenteur et une envie de grandes vacances de l’esprit. Un livre à lire donc avant que finisse l’été et que l’on rallume le feu de bois en se préparant un vin chaud à l’orange piquée de clous de girofles.

MG

 

“UN MOIS POUR SAUVER 100 PAPIERS”

Chers amis de la librairie des Cent Papiers,

En ce mois de septembre, 100 papiers fête son troisième anniversaire… qui sera peut-être le dernier si nous ne trouvons pas rapidement une solution pour sortir de la crise financière que nous traversons.

Pour survivre la librairie a besoin de soutien mais plus prosaïquement elle a besoin d’argent.

Malgré notre motivation, notre investissement, notre dynamisme,  l’équilibre économique de la librairie n’est plus assuré et son avenir est en jeu.

Nous avons besoin de vous pour continuer l’aventure. Beaucoup d’entre vous ont déjà manifesté leur attachement à ce lieu. Nous continuons de penser que la librairie, cet espace de rencontre et de partage est essentiel au “vivre ensemble” de notre quartier… Ce projet que nous portons s’est toujours positionné entre le marchand et le non marchand en assurant la gratuité de certaines activités, en cherchant à mettre la culture à la disposition de tous. Aujourd’hui le contexte économique met en péril cette philosophie et la survie de la librairie.

Comment pouvez-vous nous aider?

Venez souscrire à l’opération “Adoptetalibrairie.com”.

Plusieurs possibilité s’offrent à vous :

- un simple don de moins de 25 euros

- acheter une carte de soutien à 25 euros qui donnera droit à 5% sur vos achats

- acheter une carte de soutien dont le montant sera libre et qui donnera droit à 10 ou 15% sur vos achats (en fonction du montant).

Vos “dons” permettront à la librairie de retrouver une trésorerie et de quoi faire face aux factures et charges immédiates. L’opération débutera le 6 septembre à l’occasion de la brocante et se terminera fin septembre. Le temps est compté, nous avons un mois pour sauver la librairie…

Ensuite nous pourrons envisager le développement de nouvelles activités que nous pensons utiles au quartier et qui permettront de diversifier l’offre culturelle et éducative : ateliers, table de conversation en langues, location de l’espace, écrivain public… Toutes les bonnes idées sont les bienvenues…

Le numero de compte de la librairie : BE36 0016 4724 2781 (Cyreno sprl)

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

ESPÉRANCE-DÉSESPÉRANCE

Me voici au café de l’Espérance-Désespérance entre Bertrand et Josaphat, entre un « Cent Papiers » menacé de faillite et la belle expo de Claire Eyckerman, ses magnifiques photos de monuments de guerre“Beauty is in the beholder’s eye” 

Véronique, la libraire des « 100 papiers » me fait de la peine, elle est touchante dans son engagement zélé et discret, trop discret et pas assez engagé. Nos élus communaux sont des myopes : il subsidient une culture turco-turque rue de Locht et femino-féministe rue Josaphat, une maison des Arts au ralenti, des bibliothèques pour sans idées et que sais-je encore. Un échevin schaerbeekois-je ne sais plus lequel- me dit un jour : « il faudrait une librairie à Schaerbeek »

Voilà c’est fait depuis trois ans et ça marche, sans marcher vraiment sur le plan financier.  


A Paris, l'académicien Angelo Rinaldi vole au secours de la librairie Delamain

 


L'écrivain, membre de l'Académie française, veut sauver cette enseigne historique, haut lieu littéraire, niché en face du Palais Royal et menacé de disparition.

«C'est toujours quand grand-mère est malade qu'on se rend compte combien on l'aimait.», raconte Angelo Rinaldi, ému, à la terrasse du Café de la Comédie rue Saint Honoré, à deux pas de sa librairie préférée. L'enseigne Delamain est menacée de disparition. L'écrivain prend conscience de l'importance de ce lieu emblématique du paysage littéraire parisien. »

 

« Je vais alerter mes collègues.» Il n'en voit pas un pour refuser de s'engager à combattre, moralement du moins, pour la survie de la librairie. 

Il compare la situation de la librairie Delamain à celle du Café de Flore, autre maison culturelle menacée en son temps. Le propriétaire était prêt à vendre le café du Boulevard Saint Germain à une grande banque américaine. Mais en 48 heures, le ministre de la Culture d'alors, Jack Lang, avait sauvé le lieu en le classant au patrimoine de la ville de Paris. Une idée parmi d'autres, pour sauver la librairie..

Ce lieu de fréquentation traditionnel des écrivains d'hier et d'aujourd'hui ne peut pas disparaître. Pour lui comme pour le Paris littéraire, la librairie Delamain est immortelle.


Pas sûr que comparaison soit raison. Pour ma part je préfère de loin les « 100 papiers »  à Delamain où je suis entré, une fois, comme disent les Bruxellois, pour en sortir aussitôt.

Je vais en toucher un mot à mon ami le perpétuel qui est venu une ou deux fois aux « 100 papiers » qu’il a aimé (il a vécu toute son enfance rue de l’Est et a fondé les théâtres de l’Esprit frappeur avec Lheureux, rue Josaphat)

Aujourd’hui, Schaerbeek revit, renaît d’un long sommeil nolsien et le quartier Louis Bertrand-Josaphat est désormais à la mode. Les Cent Papiers participent de ce renouveau. Le plus gros reproche qu’on puisse lui faire est de ne pas avoir réussi à devenir un lieu cosmopolite, autrement dit un incubateur interculturel ce qui est, selon nous, sa vraie vocation. A défaut de cela, il risque de devenir le dernier salon bobo où l’on cause devant la machine à café.  Ce manque de ressort, de "pensée" globale, d'inclination à la vie sociale résulte de l’absence d’un vrai libraire dans cette librairie. On le sait la vie est dure pour les librairebruxellois et je ne parle pas des bouquinistes qui ont quasiment disparu du paysage bruxellois, éradiqués par les ventes en ligne.  A part le géant Filigranes omnipotent, impersonnel"librairie tous azimuts », à part lui, personne n'y arrive. C’est aussi et surtout un manque de projet, de dessein qui tue les 100 papiers...Un vrai libraire se doit d’être passionné, érudit, radical, ouvert, fou de livres il faut qu’il/ qu’elle ait du chien, du style et des choix et soit conscient qu'il/qu’elle tient un lieu social, culturel, tranché, et ouvert qui donne du sens, qui ait une vraie vision de son métier.

Cela, le fleuriste génial du parc Josaphat l’a compris et aussi Louise qui tient l’estaminet de la maison des Arts ou les patrons du « Namasté» qui fait recette et je ne parle pas du Gaspi, du Stelle ou de l’ « Ane vert ».

Ce n’est pas un Baxter financier qui sauvera les 100 papiers mais une injection d’hormones de créativité à doses très concentrées.

Toujours l’ « urgence créatrice »

MG

 

 

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