jeudi 25 septembre 2014

L'Etat islamique? #Notinmyname, répondent des musulmans


LIBERATION 



L'une des participantes à la campagne. (DR)


De jeunes Britanniques ont lancé sur les réseaux sociaux une vidéo et un hashtag pour contrer le discours des jihadistes.

«Not in my name» (pas en mon nom) : c’est le nom de la campagne lancée sur Internet par une organisation britannique qui rassemble de jeunes musulmans, Active Change Foundation, pour contrer la propagande de l’Etat islamique et les amalgames entre islam et extrémisme. Cette campagne a été lancée peu avant la décapitation de l’humanitaire britannique David Haines.

«Ces terroristes de l’Etat islamique ne sont pas de vrais musulmans, ils ne suivent pas les vrais enseignements de l’islam comme la paix et la compassion, ce sont des ennemis de l’humanité»explique Hanif Qadir, le fondateur de l’organisation. Aux aspirants jihadistes, il dit «Réfléchissez. Vous ne pouvez pas être plus éloignés de la vérité. Revenez aux livres, revenez au Coran.»

La campagne appelle les musulmans à tweeter pourquoi ils ne se reconnaissent pas dans l’Etat islamique, lui-même très actif sur les réseaux sociaux.

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

ENFIN …

Mieux vaut tard que jamais.

Mais ne gâchons pas notre plaisir. Sans doute faut-il beaucoup de cran pour s’afficher ainsi et subir les menaces des milices djihadistes qui sont partout et agissent dans l’ombre. Et chez nous ? Combien oseront sortir du rang pour s’indigner et témoigner « pas en notre nom, niet in onze naam ? »

Il est insupportable de devoir se demander à chaque fois qu’on croise un jeune barbu en djellabah, une jeune fille voilée en rue ou dans le métro de devoir de poser la question : « islamiste ou musulman ?»  Al Quaïda a commencé le sale boulot que les salafistes achèvent le couteau à la main.

MG 

 



Etat islamique : le bilan comptable des massacres

Par Natacha Tatu


Fiers de leur résultats, les terroristes singent les moeurs du business et produisent un rapport annuel. Assassinats et enlèvements sont présentés en tableaux et graphiques. Effrayant.


C'est un rapport d'activité sur papier glacé, comme en publient toutes les grandes entreprises pour séduire les investisseurs. Un document de 400 pages, disponible en ligne, plein de données chiffrées et de graphiques. Intitulé "Al-Naba", "les nouvelles" en arabe, il montre en couverture un combattant en treillis dans le désert, regard martial, kalachnikov à l'épaule.

A l'intérieur, présentés avec un luxe de détail, les 7.681 "opérations militaires" de l'Etat islamique, comme prétend désormais s'intituler ce mouvement terroriste qui règne sur un territoire plus grand que la France, entre l'ouest de l'Irak et le nord-est de la Syrie : en 2013, il y aurait ainsi eu, juste en Irak, 1.083 assassinats, en hausse de près de 50% par rapport à 2012 ; 4.465 attentats à la bombe ; 537 attentats à la voiture piégée ; 160 commandos suicides ; plusieurs centaines de prisonniers libérés... L'Etat islamique liste aussi par le menu le nombre de villes occupées, d'"infidèles" liquidés, de quartiers "nettoyés", de repentis.

Publié en arabe, pour la deuxième année consécutive, ce document est censé mettre en perspective la croissance de l'activité, la stratégie de l'organisation et ses objectifs. Certes, cette comptabilité macabre, qui n'est bien sûr certifiée par aucun cabinet d'audit, vaut ce qu'elle vaut : selon le think tank américain ISW (1) spécialisé dans les questions militaires, c'est "un pur outil de propagande, ne reposant sur aucun fait vérifiable".  

 

UN MARKETING ULTRACIBLÉ

Mais qu'importe : tous les objectifs du mouvement terroriste sont atteints. Un : mettre en avant la puissance, la bonne santé de "l'entreprise" et l'efficacité de son management pour attirer des financiers ou des mécènes. Deux : convaincre le public que les combattants ne sont pas des terroristes isolés, mais bel et bien une véritable armée en ordre de marche au service d'une ambition politique... Trois : faire la différence avec leurs concurrents, comme Al-Nosra, une filiale d'Al-Qaida, ou d'autres groupuscules plus modérés.

Rien n'est laissé au hasard. En même temps qu'il gagne des parts de marché, l'Etat islamique déploie un marketing ultraciblé.

Pour frapper les esprits et imposer sa marque, les vidéos barbares postées sur YouTube repoussent au-delà de l'imaginable les frontières de l'horreur, mais génèrent des millions de clics. Pour recruter de nouveaux combattants, des clips mettant en scène des rappeurs montrent à quel point le djihad ou les décapitations sont "cool". Et ce rapport digne du département financier d'une multinationale. Bref, "Etat islamique Inc." veut se présenter comme une organisation professionnelle, organisée, qui maîtrise sur le bout des doigts les logiciels les plus sophistiqués et les arcanes de la communication professionnelle :  

Ils copient jusqu'à la caricature le fonctionnement des multinationales, confirme Andrew Liepman, analyste en chef à l'institut de recherche Rand, spécialisé dans l'intelligence économique et le terrorisme. Rien de tout cela n'est complètement nouveau. Les groupes terroristes se professionnalisent depuis plusieurs années déjà. Les logiciels modernes, très sophistiqués, leur facilitent la tâche, d'autant que de jeunes diplômés, passés par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne ou l'Allemagne, ont rejoint leurs rangs."  

Fini l'époque des opérations artisanales à la Ben Laden, des cachettes dans des grottes et des fuites en Mobylette. Entré de plain-pied dans l'ère de la globalisation, le groupe est passé à la vitesse supérieure. Un million de dollars aurait suffi à Ben Laden, dont la fortune était estimée à 300 millions de dollars, pour mettre sur pied les attentats du 11-Septembre. Avec un trésor de guerre estimé entre 1 et 2 milliards de dollars et des sources de revenus récurrentes, l'Etat islamique est de loin la plus riche et la plus puissante des organisations terroristes. 

C'est une erreur de comparer Al-Qaida et l'Etat islamique, commente Andrew Liepman. Ils n'ont pas les mêmes moyens, mais pas non plus les mêmes besoins. D'un côté, vous avez une organisation dont le seul objectif est de semer la terreur en commettant des attentats ponctuels, ce qui ne coûte pas très cher. De l'autre, c'est une logique d'occupation et de gestion des territoires, pour laquelle il faut énormément d'argent."

Le groupe terroriste, qui revendique un statut d'Etat, doit acquérir des armes, payer ses combattants, mais aussi financer une administration, avec des écoles et des hôpitaux, prendre en charge les familles des martyrs.

UN TRÉSOR DE GUERRE

Tout cela demande des moyens, de très gros moyens. Pour des raisons de querelles internes, les sources de financement venues d'Arabie saoudite seraient peu ou prou taries. Le groupe dirigé par le leader Abou Bakr al-Baghdadi, "qui n'obéit qu'à Dieu", doit donc compter sur ses propres moyens et ils sont énormes. Rançons, extorsions de fonds, pillages, mainmise sur les puits de pétrole, trafic d'armes et de carburant, l'organisation est aujourd'hui à la tête d'un véritable trésor de guerre.

Comme les armées de Gengis Khan, ses combattants raflent tout sur leur passage. A elle seule, la prise de Mossoul, deuxième ville irakienne, aurait rapporté 400 millions de dollars confisqués à la banque centrale. D'après une étude de Rand, les puits de pétrole syriens assurent un revenu d'au moins 1 million de dollars par jour. Les recettes augmentent. Mais les besoins de l'organisation aussi.  

La logique d'expansion est inhérente à leur mode de fonctionnement. C'est une logique de prédateur, qui doit conquérir de nouveaux territoires pour accroître ses revenus", explique Andrew Liepman.

Grossir pour ne pas mourir. C'est son moteur. Et sa faiblesse.

Natacha Tatu - Le Nouvel Observateur

 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

COMME LES ARMÉES DE GENGIS KHAN


Comme les nuages de sauterelles qui dévorent tout sur leur passage ne laissant que la désolation derrière eux.

 

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