vendredi 12 septembre 2014

L’Allemagne hérissée par les patrouilles salafistes de Wuppertal

NATHALIE VERSIEUX LIBÉRATION

VU D'ALLEMAGNE



Les habitants de Wuppertal, une petite ville paisible de Rhénanie, ont fait ce week-end connaissance avec une brigade de contrôle des mœurs à la saoudienne. Une bande de barbus, vêtus d’une veste orange fluorescente estampillée «Charia Police», patrouille depuis quelques jours dans les rues du centre-ville, de préférence la nuit, pour apostropher les musulmans. Ils se postent devant discothèques et casinos, distribuant des tracts jaunes rappelant les principes de la charia - pas d’alcool, pas de tabac, pas de musique, pas de jeux d’argent - et incitent les femmes à se voiler. Leur objectif est l’instauration de «zones contrôlées par la charia» dans la petite cité ouest-allemande.

Ces patrouilles suscitent un vif débat en République fédérale. D’autant que leur apparition coïncide avec l’ouverture, lundi, du procès de quatre salafistes soupçonnés d’être les auteurs d’un attentat à la bombe - qui avait échoué - dans la gare de Bonn en décembre 2012. Les déclarations de Wolf-Tilman Baumert, procureur de Wuppertal, ont particulièrement choqué : «Le simple fait de recommander le respect de règles religieuses n’est pas interdit par la loi.» Le gouvernement fédéral ne l’entend pas ainsi. «Nous ne tolérerons pas une telle chose sur le sol allemand. Personne n’a le droit de bafouer la réputation de la police allemande», assure le ministre de l’Intérieur, Thomas de Maizière, dans les colonnes du Bild Zeitung. Les habitants de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, le land le plus peuplé d’Allemagne, sont désormais habitués aux provocations des salafistes. Ce mouvement sunnite fondamentalisteavait déjà fait parler de lui en distribuant des corans dans les zones piétonnes d’Allemagne de l’Ouest.

Le dernier rapport des services de renseignements sur le danger terroriste présente Wuppertal comme l’un des principaux centres du salafisme allemand. Quelque 1 800 des 5 500 islamistes que compterait le pays vivent en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. 10% d’entre eux sont des convertis, à l’image du chef des patrouilles de Wuppertal, Sven Lau, un pompier revenu de Syrie où il assure s’être livré à des «actions humanitaires». Les enquêteurs allemands, convaincus qu’il cherche à recruter des apprentis terroristes, l’avaient interpellé fin 2013. Il a été relâché peu après faute de preuves. «Le nombre des extrémistes islamistes progresse un peu moins vite depuis un an ou deux. Mais on assiste à une radicalisation, avec de plus en plus d’individus prêts à faire usage de la violence, et à se rendre en Irak pour se battre», s’inquiète le président de l’Office de protection de la constitution de Rhénanie, Burkhard Freier. Plus de 400 islamistes allemands se sont rendus en Syrie.

Nathalie VERSIEUX

 



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

ESCALADE


400 islamistes allemands et plus de 300 islamistes belges en Syrie-Irak. C’est pour le moins disproportionné. Un vrai problème. La solution ?

MG  

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