mardi 16 septembre 2014

L’anti-Etat islamique


ROGER-POL DROIT LIBÉRATION 



Dessin Fabien Clairefond pour Les Echos


Le philosophe Roger-Pol Droit rappelle qu’un Etat fonde son existence et sa légitimité sur un contrat : « Cette notion ne peut en aucun cas s’appliquer à une bande de tueurs, fussent-ils encadrés, armés, déterminés. »

Roger-Pol Droit

Des civils enterrés vivants par centaines. Des hommes, femmes et enfants éliminés parce qu’ils ne croient pas ce qu’il faut croire, et doivent donc être effacés. Des otages et des prisonniers décapités, parce qu’ils incarnent l’autre monde, celui qu’il faut abattre. Des exécutions filmées, exhibées pour semer la terreur. Des humiliations obscènes exercées sur les combattants enrôlés de force, pour qu’ils soient soumis à l’ordre nouveau. Un règne de l’effroi, imposé au quotidien par la torture et les mutilations sexuelles. Ces signes désormais connus de la barbarie de « l’Etat islamique » — bien d’autres, sans doute,restant à découvrir – conduisent à se demander ce que la notion d’Etat vient faire dans ce chaos. Le ministre des Affaires étrangères de France vient de le confirmer : cette organisation « n’est pas un Etat ». Reste toujours à préciser pourquoi, à tenter de comprendre pour quelles raisons les djihadistes y tiennent. Car la dénomination même de cet Etat islamique autoproclamé, renferme une étrangeté qui doit retenir l’attention.

 

 

Dans l’histoire de la philosophie et du droit, un Etat se différencie d’une simple communauté humaine. Impossible de le confondre avec une organisation politique, même structurée. C’est pourquoi la notion ne peut en aucun cas s’appliquer à un gang, une bande de tueurs, fussent-ils encadrés, armés, déterminés. Un Etat fonde son existence et sa légitimité sur un contrat, comme l’ont établi d’abord les penseurs dénommés « jurisconsultes » (notamment Grotius, Pufendorf). Thomas Hobbes dans « Le Léviathan », Jean-Jacques Rousseau dans « Le Contrat social » ont développé et transformé la manière de concevoir ce pacte fondateur. Mais quelle que soit la disparité des analyses, la raison d’être de l’Etat est toujours la même : mettre fin à la violence, faire régner l’ordre public, assurer la justice. A l’évidence, les atrocités perpétrées par le pseudo-Etat djihadiste le placent aux antipodes de cette définition classique.

Si l’on change de perspective, on ne trouve pas d’issue non plus. Appelons-en à d’autres approches de l’Etat – « esprit objectif » pour Hegel, outil de domination de classe chez Marx, « le plus froid de tous les monstres froids » selon Nietzsche, sans oublier Max Weber qui en fait « le détenteur de la violence physique légitime » –, aucune ne s’applique ! Pourtant, il existe bien un projet – politico-religieux – de « l’Etat islamique », que l’on a toujours tendance à négliger, ou que l’on refuse de voir, en parlant uniquement d’une troupe d’égorgeurs, de barbares, d’assassins inhumains. Les djihadistes eux-mêmes choisissent de se qualifier d’Etat islamique. Pour saisir quel problème soulève ce choix, il ne suffit pas d’affirmer qu’il ne s’agit pas d’un Etat.

Il ne suffit pas non plus de dire qu’il n’a rien à voir avec l’islam. La volonté d’éviter les amalgames, de ne pas attiser de haine envers les musulmans est louable. En Arabie saoudite, le grand mufti lui-même déclare ces djihadistes « ennemi numéro un de l’islam ». La question clef concerne évidemment la proximité, et souvent la fusion, entre sphère religieuse et sphère politique dans l’histoire des sociétés musulmanes. Cette histoire est très diverse, mais tout le monde reconnaît que les places du religieux et du politique n’y ont pas connu la même évolution que dans la sphère occidentale, chrétienne et post-chrétienne. En prétendant restaurer le califat — pouvoir indissociablement religieux et politique, civil et militaire, spirituel et temporel – l’Etat islamique prétend revenir aux origines.

Il faudrait donc parler d’« anti-Etat », à peu près comme on parle « d’anti-matière ». Ce que projette cette monstruosité, c’est la destruction des Etats de droit, leur remplacement par l’instauration d’une loi supposée divine, mais avant tout sanguinaire, aveugle, d’une violence sans limites.

Entre cet anti-Etat et les régimes classiques — toutes religions confondues, toutes convictions politiques mises ensemble –, il ne peut y avoir que lutte à mort. La coalition internationale semble désormais vouloir l’assumer, en annonçant une guerre inéluctable pour éradiquer ce danger. Les contrecoups d’une guerre sont prévisibles, des répercussions terroristes attenduesLes services de renseignements ne l’ignorent pas, les Etats-majors en ont conscience, les chefs des vrais Etats aussi. Pas encore les opinions publiques. Il serait temps qu’elles découvrent l’étendue de la menace. Et assument cette nouvelle donne.

Roger-Pol Droit

 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY

UN ENNEMI TOTAL, RADICAL, ABSOLU

Cet article va droit à l’essentiel et mérite d’être médité ligne par ligne.

Il s’en dégage une conclusion évidente : ce Califat autoproclamé composé d’une bande de criminels monstrueux est l’ennemi absolu du monde civilisé.

Isemblerait que les plus hauts responsables en soient conscients, pas l’opinion publique occidentale.

Il est donc grand temps que nous tous Européens et en particulier les musulmans d’Europe en prennent toute la mesure et choisissent leur camp qui ne saurait être que celui de la démocratie.

Toutes celles et tous ceux qui pour quelque raison que ce soit (frustration, relégation, exclusion, décrochage scolaire et social) choisissent le camp djihadiste doivent être regardés comme les adversaires du vivre ensemble et de la cohésion sociale ici et partout. Clairement tous ces gens nous ont déclaré la guerre, une guerre sournoise, une sale guerre qui a un commencement mais dont on ignore la fin. L’attaque du 11 septembre 2001 en constitue un épisode tragique de même que l’engrenage des infâmes décapitations.

MG

 

 

 

 

 

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