vendredi 5 septembre 2014

Le pays dont (quasi) personne ne veut être le Premier


Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef
Le Soir

Premier ministre ? La consécration suprême pour l’homme politique belge. Mais on vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne vont pas connaître. Aujourd’hui, les Flamands ne veulent plus être Premier ministre. Mieux, ils jettent le poste à la tête des francophones : « Qui en veut ? » Que la N-VA ne veuille pas être chef de gouvernement fédéral, illogique électoralement, est logique d’un point de vue séparatiste. Mais que le CD&V, ce parti aux hommes politiques congénitalement constitués pour devenir « Premier », passe son tour : il y a de quoi se pincer.

Cela en dit long, primo, sur le degré de confiance que le CD&V accorde à la coalition « suédoise ». Attaqués par leur flanc gauche (mutuelles, syndicats) qui craint l’austérité, les sociaux-chrétiens flamands préfèrent se mettre, au sein de la suédoise, dans la position de ceux qui ont des exigences voire des oppositions, plutôt que du leader qui fait fonctionner un accord de gouvernement.

Cela en dit long, s ecundo, sur le peu de cas que certains semblent encore faire de la Belgique : le refus d’assumer le « job » de Premier ministre, est un autre signe d’un pays qui implose peu à peu, sans que Bart De Wever ait à intervenir. La fin de la Belgique, c’est la N-VA qui en a le projet, mais ce sont les autres qui font le « sale boulot ». Le PS (avec le CDH) a ainsi opté, pour préserver sa présence au pouvoir, pour les échelons régionaux. La N-VA a choisi le poste de numéro un flamand. Le CD&V, via Kris Peeters, dit avoir renoncé aux ambitions personnelles pour assurer le poste de commissaire européen à Marianne Thyssen. Cette grande dame politique mérite amplement ce job. Mais qui croit à la fable qui voudrait qu’un poste de commissaire européen, où l’on « évacuait » traditionnellement les caciques des partis en fin de carrière, devient soudain si important qu’on renonce à celui de Premier ministre ?

Le résultat des courses ? Un cadeau potentiellement empoisonné pour le MR. Ce parti monté dans cette coalition par revanche, pourrait hériter d’un Premier ministre par défaut (si De Wever « tolère » d’œuvrer sous directionfrancophone). Avec pour compagnons de route, deux partis, N-VA et CD&V, qui se sont mis aux abris, en situation d’exiger beaucoup dans le contenu de l’accord « suédois », ou de tirer la prise à tout instant. Ajoutez le huis clos infernal auquel le choix du CD&V condamne le MR : il va devoir accomplir tout ce trajet avec un Reynders humilié et réduit à un poste subalterne, sous Michel.

En prenant de très gros risques, Charles Michel a permis à son parti mais surtout aux Flamands, d’avoir le gouvernement de leurs rêves. Mais le voilà à deux doigts de se retrouver Premier ministre d’un gouvernement auquel personne ne croit vraiment, dans un pays dont personne ne veut plus vraiment. C’est la version noire du scénario suédois. Une autre, plus rose, reste toujours possible. Mais il faut admettre que depuis hier, Charles Michel semble le seul prêt à y lier son sort.

 



COMMENTAIRE DE DIVERCITY

SEUL CONTRE TOUS


Une brillante analyse, certes, mais qui pêche par un excès de pessimisme qui plaira beaucoup à la gauche francophone. Curieusement, les partis de la suédoise se renvoient la patate chaude sans oser s’assoir sur le siège éjectable du premier ministre. C’est certain, ce poste a soudain perdu de son attractivité mais il demeure la cabine de pilotage du boeing Belgique. Il présente à cet égard des zones de lumière que nous allons tenter d’éclairer.

Kris Peeters est un pleutre qui répugne à mouiller son maillot dans l’attente d’un quelconque lot de consolation (président du CD&V ?) sachant qu’il n’est plus question pour lui de redevenir ministre président des Flandres avant très, très longtemps . Le poste de premier ministre fédéral lui offrait un tremplin de carrière inouï. En y renonçant, il renonce à lui-même et prouve qu’il n’a pas la carrure d’un homme d’État. Charles Michel premier ministre disposera de sept ministres libéraux, de quoi placer plus de 200 collaborateurs libéraux dans les cabinets ministériels. Une aubaine pour ce parti, ce n’est pas rien. C’est en tout cas plus que le PS actuellement. À Louis de faire en sorte que le kern (ce mini cabinet qui décide) ne soit pas « noyauté » par la N-VA. Pour le reste il bénéficiera du soutien sans réserve des milieux patronaux pour faire face à la chienlit que lui imposera la gauche qui n’hésitera pas à mobiliser contre lui la rue et le ban et l’arrière-banc syndical, question de se ressouder.  Il devra faire face, comme François Hollande du reste, à l’impopularité dans la presse et se verra imposer une sorte de cordon sanitaire médiatique. C’est périlleux mais c’est jouable, surtout si la conjoncture devait un instant s’inverser, notamment à la faveur d’un changement de politique de la banque centrale européenne qui pourrait très bien, on en a de plus en plus l’impression, faire fonctionner la planche à billets pour financer une espèce de New Deal à l’européenne. En politique, comme en toute chose c’est l’imprévisible qui toujours a le dernier mot. Qu’on se souvienne du mot terrible de Daniel Reynders : un gouvernement sans les socialistes équivaut à une réforme de l’État. La suédoise fera un tabac en se montrant très ferme là où les socialistes se sont montrés tellement laxistes : limitation dans le temps des allocations de chômage, fermeté à l’égard des candidats demandeurs de l’asile politique, intransigeance vis-à-vis des velléités de retour des jeunes djihadistes, réduction voire suppression des allocations sociales aux ennemis de la société belge, exigence de contrôle des imams et introduction de l’obligation d’une formation universitaire pour les responsables des mosquées, renforcement draconien de la sécurité de l’État, réforme du ministère des finances, réforme du système des pensions, limitation du système de prépensions, réforme de l’index, stricte et rigoureuse mise en place de la sixième réforme de l’État. Tout cela est faisable et doit montrer au grand public qu’il existe un autre chemin politique que celui que nous ont imposé si longtemps le PS wallon et son vassal CDh. C’est aussi cela la politique voulue par Bart de Wever qui a tout intérêt à voir réussir un gouvernement Michel tout en demeurant retranché dans la tour d’ivoire de la maison communale anversoise.

Surtout, il reste une solution à laquelle personne ne songe et qui pourtant est de nature à livrer à Charles Michel un joker imparable : confier le poste de premier ministre à Louis Michel son père, un homme aussi expérimenté et respecté en Flandre que feu Jean-Luc Dehaene. Cette solution permettrait d’offrir un super ministère à Daniel Reynders et de maintenir Charles Michel à la tête du parti libéral. Qu’on se le dise.

MG  

 

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